Sport - Le handball, première fédération à évaluer son rôle social

Le handball connaît un regain d'intérêt. Sa fédération entend renforcer son ancrage dans les quartiers et structurer la dimension sociale des initiatives prises localement. Elle a signé en ce sens une convention avec l'Agence pour l'éducation par le sport. Une première en France.

"Beaucoup de nos clubs sont engagés de façon volontaire en direction des jeunes dits des 'quartiers défavorisés'. Ces initiatives existent, mais elles me sont adressées de façon un peu sauvage, spontanée. On me les présente à l'occasion de mes déplacements. J'ai pensé que ce travail méritait d'être mieux connu, qu'une méthodologie d'approche devait se mettre en œuvre." Cet état des lieux de Joël Delplanque, président de la Fédération française de handball (FFHB), est à l'origine de la convention signée entre sa fédération et l'Agence pour l'éducation par le sport (Apels) le 30 mai dernier. Une première en France. L'objectif est de mettre en place une méthodologie permettant de bien comprendre les mécanismes qui ont déclenché ces nombreuses initiatives afin de les encourager et de les multiplier.
Pour l'Apels, qui soutient et valorise la dimension sociale du sport, ce partenariat va permettre de combler un vide. "Nous sommes fortement engagés localement. Mais nous nous sommes dit qu'il y avait un maillon essentiel qu'il serait intéressant d'accompagner : le maillon fédéral. Cela fait des années que des fédérations sont adhérentes de l'Apels, mais il faut aller beaucoup plus loin dans l'accompagnement des politiques et des projets d'éducation par le sport des fédérations. Aujourd'hui, aucune n'a d'outil d'observation de sa mesure sociale digne de ce nom", constate Jean-Philippe Acensi, délégué général de l'Apels.

Une multitude de finalités sociales

Pour la FFHB, cette convention va offrir un regard extérieur ainsi que l'expertise de l'agence. "Je ne peux pas être juge et partie, explique Joël Delplanque. En faisant appel à l'Apels, cela me donne un regard original, j'espère, sur notre activité. Nous intervenons déjà dans ce domaine mais je souhaite le faire de façon plus méthodologique, plus construite, plus valorisante, plus équitable."
"On leur a dit qu'on était prêt à se lancer avec eux car c'est un défi qui nous intéresse, précise Jean-Philippe Acensi. Cela fait partie du trépied collectivités-associations-fédérations, qui est important pour développer les choses. On veut une démarche sur le long terme et fouillée, creusée. L'idée avec la FFHB, une fédération au top niveau mondial, qui a des cadres très bien formés, c'était qu'elle ait une réelle action, un réel projet en sachant ce qui se passe à l'intérieur de ses clubs pour pouvoir mieux les aider et donner aux projets une dimension sociale plus forte."
Mais au fait, quelle peut être la finalité sociale d'un club ou d'une fédération ? Pour Jean-Philippe Acensi, "il y en a une multitude" : "Ça peut être de s'engager dans un programme d'insertion professionnelle ou de lutte contre l'obésité, de favoriser la socialisation…". Autant de visées pratiques et opérationnelles qui, selon le délégué général de l'Apels, manquent aujourd'hui aux acteurs du sport.

Définir des axes forts

La première étape du travail sera celle du diagnostic. La FFHB va recenser ce qui se passe réellement en son sein à travers un questionnaire adressé à ses 2.500 clubs d'ici fin 2011. Les réponses seront exploitées pour connaître les leviers d'intervention des clubs, de leurs dirigeants et cadres vers les publics cibles. Les informations feront l'objet d'un approfondissement par des visites sur le terrain, de façon à mieux comprendre les mécanismes à l'œuvre. "Il est difficile de positionner une politique si on n'est pas bien renseigné sur l'état des lieux dans les clubs, leurs difficultés, ce qu'ils réalisent bien, leurs liens avec les collectivités locales, les structures sociales. Il y a vraiment un travail de fond à faire à partir duquel on pourra dégager des profils types d'associations qui s'engagent et relever un certain nombre de problématiques", explique Jean-Philippe Acensi.
Le diagnostic final sera établi à l'échelon national mais aussi région par région. Il sera présenté au congrès de la FFHB en avril 2012. A l'issue de celui-ci, des préconisations vont se dégager. Elles constitueront les éléments à même de définir des axes forts de la politique fédérale dans le domaine social pour la prochaine olympiade. "Il y a plein de pistes. Est-ce que ce sera sur la question de la pédagogie ? De la formation ? La recherche de moyens financiers ? Les moyens de tisser un partenariat local avec des réseaux sociaux ? Ou encore une réflexion sur un nouveau métier, celui d'agent de développement ?", s'interroge Jean-Philippe Acensi.

"Fédération rêvée"

Au-delà de l'évaluation sociale, c'est aussi l'attractivité globale de son sport que Joël Delplanque espère développer. Le handball compte aujourd'hui 445.000 licenciés, ce qui le place en septième position au niveau national, et entend profiter des bons résultats de l'équipe de France (championne du monde chez les hommes en 2011 pour la quatrième fois) pour gonfler ses effectifs. "Le hand est un sport à la une à travers son succès. Il possède aujourd'hui un pouvoir de séduction et il n'y a pas de raisons que les jeunes dans les quartiers défavorisés n'y soient pas sensibles", plaide le président de la FFHB.
Pour Jean-Philippe Acensi, les atouts du handball ne résident pas que dans les bons résultats du haut niveau. Ils sont avant tout d'ordre culturel : "Dans la plupart des clubs de hand, il y a des éducateurs formés, souvent des profs de gym qui ont une culture scolaire très forte, avec une éthique importante." Une comparaison s'impose alors avec le football, sport numéro un à l'image écornée (au-delà de certains points positifs que vient par exemple de mettre en exergue la Fondation du football dans son premier "Panorama sociétal du football français"... - voir ci-contre notre article du 4 juillet). "En football, on a fait un travail il y a quelques années en Seine-Saint-Denis, rappelle le responsable associatif. Chez les moins de quinze ans, les gens ne sont pas formés, vous pouvez être chargé d'une équipe sans avoir de diplôme. Tout se résume à qui va gagner ou, dans les clubs de banlieue, à comment sortir le dernier Zidane. Le volet éducatif est oublié ou très peu traité", estime le délégué général de l'Apels, qui conclut : "Finalement, le hand est certainement aujourd'hui la fédération rêvée pour démarrer ce travail de fond."

 

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