Les maires ruraux dénoncent l'aggravation des déserts médicaux

Une "Étude sur la santé en milieu rural" publiée par l'Association des maires ruraux de France (AMRF) montre que les écarts en matière d'accès aux médecins (généralistes ou spécialistes) ont tendance à s'aggraver au détriment du monde rural. L'AMRF a précédemment publié une étude sur les inégalités hospitalières, ainsi qu'une autre sur le creusement des inégalités d'espérance de vie.

Après l'Association des petites villes de France (voir notre article du 8 septembre 2020), l'Association des maires ruraux de France (AMRF) s'est engagée à son tour dans une action de mobilisation contre les déserts médicaux. Le thème n'est pas nouveau pour l'AMRF, mais la dénonciation s'appuie désormais sur une série d'études égrenées au cours de ces dernières semaines. La dernière parution, consacrée à une "Étude sur la santé en milieu rural" est publiée dans le numéro de février de "36.000 communes", le journal de l'association.

"Une véritable descente aux enfers"

L'étude met en évidence le fait "que le monde rural est en première ligne face aux problèmes de la désertification médicale, avec 10 millions d'habitants qui vivent dans un territoire où l'accès aux soins est de qualité inférieure à celle de la moyenne des territoires français". Elle montre surtout que les écarts ont plutôt tendance à s'aggraver. En effet, la croissance du nombre des médecins ne permet plus de suivre la demande, portée notamment par l'accroissement démographique et le vieillissement de la population. On assiste donc à une stagnation de la densité médicale à partir des années 2000.
En outre, cette stagnation de la démographie médicale recouvre un accroissement des inégalités entre secteurs urbains et secteurs ruraux. L'étude précise même qu'"en en ce qui concerne les médecins généralistes, on assiste à une véritable descente aux enfers, à peine compensée en milieu rural par la hausse du nombre des médecins salariés".
Bien que déjà connue, la carte sur la densité des médecins généralistes par bassins de vie montre, de façon toujours aussi spectaculaire, la césure entre le nord du pays – où l'Ile-de-France n'est pas non plus épargnée – et le sud, qui cumulent les écarts positifs à la moyenne. A l'inverse, des régions entières – Centre, Champagne-Ardenne, Auvergne (hors Puy-de-Dôme) et Bourgogne (hormis l'est de la Côte-d'Or) – figurent parmi les territoires les plus touchés.
Autres phénomènes qui pénalisent les territoires ruraux : une forte polarisation de la médecine générale autour des centres universitaires les plus anciens et une concentration des médecins spécialistes dans les métropoles attractives, ce qui "condamne ainsi au déclassement des pans entiers du territoire". Ce phénomène est encore aggravé par un vieillissement plus marqué à la campagne et, à l'inverse, une tendance à la concentration des jeunes médecins en ville. Enfin, la féminisation rapide de la médecine générale (35% de femmes en 2000, près de 50% en 2020) joue également en défaveur des territoires ruraux, dans la mesure où "les femmes exercent souvent moins longtemps, et privilégient une localisation en ville".

Une série d'études en forme de plaidoyers

Le dossier du dernier numéro de "36.000 communes" complète une série de publications de l'AMRF sur le sujet. En septembre, l'association a ainsi publié dans son magazine un dossier intitulé "Réparer l'accès aux soins en milieu rural", avec un focus sur le rôle et les enjeux de l'hôpital de proximité. Un dossier a également été consacré aux inégalités hospitalières, montrant notamment que les habitants des territoires ruraux ont une consommation de soins hospitaliers inférieurs de 20% à celle des urbains. Avec toutefois quelques surprises, comme une forte consommation de soins hospitaliers dans le Grand Est et une consommation intérieure à la moyenne en Île-de-France.
Dans le numéro de janvier de "36.000 communes", une autre étude pointe le creusement des inégalités d'espérance de vie. En moyenne, les habitants du rural vivent deux ans de moins que ceux des villes et l'écart a tendance à se creuser depuis trente ans. La facilité d'accès aux soins n'est toutefois pas le seul facteur explicatif des écarts d'espérance de vie.
Enfin, un dossier de presse, publié en janvier 2021 et intitulé "Le manque de médecins : aux sources de la désertification" compile une grande part de ces différents éléments et fournit une série de graphiques et de tableaux chiffrés pour éclairer les enjeux.

 

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