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Permanence des soins ambulatoires : le dispositif se maintient, les difficultés aussi

Selon l'enquête annuelle du conseil de l'Ordre des médecins sur la permanence des soins ambulatoires (PDSA), seuls 38% des praticiens ont participé aux gardes médicales en 2019.  35% des territoires de PDSA sont aujourd’hui couverts par moins de 10 médecins volontaires et 17% le sont par moins de 5 médecins. En revanche, l'âge moyen des médecins participants diminue légèrement. L'enquête se penche aussi sur les difficultés de la permanence des soins au sein des Ehpad (établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes). Seuls neuf départements ont aujourd'hui mis en place une organisation spécifique pour la PDSA au sein de ces établissements.

Alors que la question des déserts médicaux occupe, plus que jamais, le devant de la scène (voir nos articles ci-dessous des 5 et 18 février 2020), le conseil national de l'Ordre des médecins (Cnom) publie sa 17e enquête annuelle sur la permanence des soins ambulatoires (PDSA), autrement dit les gardes médicales. Si l'Ordre évoque, en tête de son communiqué présentant les résultats, "une PDSA qui fonctionne globalement bien", les conseils départementaux de l'Ordre, interrogés dans le cadre de l'enquête, semblent moins optimistes. Ainsi, seuls 22% estiment que la permanence des soins fonctionne bien dans leur département, 70% qu'elle fonctionne bien mais que certaines zones sont en difficulté et 9% qu'elle ne fonctionne pas bien sur l'ensemble du département.

Les tendances de fond se poursuivent

A la lecture de la centaine de pages du rapport de restitution de l'enquête, c'est plutôt le sentiment d'une certaine stabilité qui prédomine. Un résultat au demeurant plutôt positif, puisque la PDSA avait tendance à se dégrader ces dernières années (voir notre article ci-dessous du 8 avril 2019). Le rapport d'enquête constate ainsi que "la dynamique de changement engagée en 2018 se poursuit en 2019". Les évolutions constatées concernent principalement des modulations des plages horaires de la PDSA, la sectorisation et le renforcement de la régulation libérale.

De même, les grandes tendances observées les années précédentes se poursuivent en 2019 : réduction du nombre de territoires de PDSA, développement de l'effection fixe (permanence assurée dans un lieu dédié, comme une maison médicale de garde) et élargissement de la régulation libérale au samedi matin. Par contre, le rapport estime qu'"en termes de couverture territoriale, la part de 'zones blanches' en nuit profonde s'est stabilisée en 2019, a légèrement augmenté en soirées de semaine et diminué les week-ends et jours fériés".

Un taux de participation des médecins de 38%

La principale faiblesse du dispositif tient à la participation des médecins à la PDSA. Comme l'explique le rapport d'enquête, celle-ci "demeure fragile". L'an dernier, 38,1% des médecins ont ainsi participé à la PDSA, contre 38,6% en 2018. Il s'agit, à 89%, de médecins libéraux installés. Certains signaux positifs se font toutefois jour. Ainsi, l'âge moyen des médecins participants diminue légèrement, passant de 47,4 à 47 ans. De même, la part des femmes médecins a progressé d'un point pour la participation à la PDSA et de deux points pour la régulation.

Enfin, des réquisitions ont dû être décidées dans 15 départements, contre 22 en 2018. Malgré ces signes encourageants, il reste néanmoins que 35% des territoires de PDSA sont aujourd'hui couverts par moins de dix médecins volontaires, et que 17% le sont par moins de cinq médecins.

Permanence des soins : les Ehpad en déshérence

Cette édition de l'enquête annuelle se penche également sur une difficulté spécifique : celle de la permanence des soins au sein des Ehpad (établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes). Comme l'explique le rapport, "la prise en charge des soins non programmés en Ehpad est une problématique constante en et hors horaires de PDSA". Or, l'intervention des médecins de garde au sein des Ehpad suppose la mise à disposition de moyens (chariots de soins type notamment), la présence de personnels durant les horaires de la PDSA, ainsi que l'accès au dossier médical des patients.

Dès lors, "lorsque à l'absence de personnel soignant s'ajoute un manque d'information disponible sur place, il devient très compliqué pour les médecins effecteurs intervenant au sein de ces établissements d'assurer une bonne prise en charge du patient, ce qui peut contribuer à une réticence de leur part à intervenir au sein de ces établissements". Conséquence : seuls neuf conseils départementaux de l'Ordre ont déclaré qu'une organisation spécifique avait été mise en place au sein de leur département. Elle prend alors notamment la forme de conventions passées entre les Ehpad et les associations de PDSA, comme c'est le cas en Seine-et-Marne, en Isère, en Gironde et dans l'Orne.

A signaler : l'initiative de la région des Pays de la Loire, qui a lancé une expérimentation pour développer les prises en charge en Ehpad au-delà du seul cadre de la PDSA. Cette expérience prend la forme d'une "visio-régulation" entre le Samu et plusieurs Ehpad de Loire-Atlantique. L'objectif est d'éviter le passage aux urgences et le déplacement de transports sanitaires. Cette expérience pourrait être généralisée dans le cadre du pacte de refondation des urgences.

 

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