Sisteron revitalise son cœur de ville en créant des logements sociaux dans son patrimoine ancien (04)

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par
Victor Rainaldi
dans

Aménagement et foncier

Logement

Environnement

Alpes-de-Haute-Provence

Créer des logements sociaux de caractère dans un centre historique, mettre en valeur son patrimoine, stopper l’hémorragie des habitants et relancer le commerce sont autant de défis que Sisteron relève avec des résultats probants. L’Opah renouvellement urbain en cours doit les renforcer et les pérenniser.

Perchée sur un pic rocheux au bord de la Durance, Sisteron (7.300 habitants) fut une importante ville étape à l’époque gallo-romaine avant de devenir au Moyen-Age la quatrième ville de Provence. De sa situation géographique remarquable et de son riche passé, elle tire de nombreux atouts mais aussi des inconvénients tels qu’une forte déclivité, des rues étroites et des immeubles anciens difficiles à adapter aux conditions de confort exigées aujourd’hui par les habitants. Résultats, les habitants quittaient la ville ou partaient en périphérie et les commerces fermaient. En 2008, un quart des logements du centre-ville étaient vacants.

Rues pentues et indivisions favorisent la vacance

En plus de son bâti serré et imbriqué, le centre ancien est pénalisé par des différences d’altitude entre les rues qui génèrent plusieurs niveaux de sous-sols et rendent difficiles les opérations de réhabilitation. Pour compliquer encore la situation de nombreuses successions ont fractionné les copropriétés et multiplié les indivisions souvent détenues par des propriétaires qui n’y habitent pas ou très peu de jours dans l’année. De surcroît, la plupart n’ont pas les moyens financiers de procéder à l’entretien et aux très coûteux travaux nécessaires pour mettre les logements aux standards actuels de confort. La spirale de la dégradation était donc bien enclenchée malgré les opérations mises en place par la ville dès 1978, puis en 1985 et 1997 pour restaurer l’habitat et mettre en valeur l’espace public.

Lutter contre l’habitat indigne pour sauvegarder le patrimoine

"La ville a toujours été soucieuse de sauvegarder le patrimoine de son centre ancien", explique Colette Denié, conseillère municipale Cœur de ville-logement. "En 2001, la commune a lancé une opération de requalification avec l’aide de l’Anah. Elle a aussi confié au Pact 04 (aujourd’hui Logiah04) une assistance à l’organisation des copropriétés". En 2007, une maîtrise d’œuvre urbaine et sociale (Mous) pour lutter contre l’habitat indigne vient renforcer son action. Soutenue par l’Anah, la Mous met en évidence la nécessité d’une opération de réhabilitation de l’habitat indigne (RHI) dans le cadre d’un plan de sauvegarde du patrimoine.

Logements sociaux et musée dans le même édifice

Trois îlots sont concernés par la RHI réalisée en partenariat avec le bailleur social Habitations de Haute-Provence dans le cadre d’une délégation de maîtrise d’ouvrage. L’hôtel d’Ornano, fleuron de ce programme, a vu naître en 1581 Jean-Baptiste d’Ornano, maréchal de France sous Louis XIII. L’âme et le caractère de ce bâtiment d’exception ont été préservés tout en créant neuf logements sociaux. Des éléments tels que les ferronneries, les cheminées ou l’escalier monumental ont été conservés sans que cela empêche l’installation d’un puits de lumière innovant avec un système de miroirs captant la luminosité, de terrasses et loggias et d’un chauffage collectif au gaz. Ce projet a d’ailleurs été lauréat du palmarès régional de l’habitat de Provence-Alpes Côte-d’Azur 2015.
Dans les salles voûtées de la partie basse le musée gallo-romain de Sisteron a ouvert ses portes en 2016. Reconnu Musée de France, il présente des vestiges archéologiques découverts dans la ville, avec une place importante faite aux rites funéraires gallo-romains. Le musée accueille aussi des expositions temporaires.

Les subventions publiques stimulent l’investissement privé

Deux autres îlots d’habitat indigne ont été réhabilités. La résidence du Bras d’Or (11 logements), où séjourna Napoléon en 1815 de retour de l’île d’Elbe, et la résidence Brouchon (5 logements) qui témoigne d’un savoir-faire constructif ancien selon l’architecte des bâtiments de France. Au total ces trois opérations de résorption de l’habitat indigne ont bénéficié de près de 2 millions de subventions de l’Anah. Les 25 logements rénovés sont loués à des tarifs très sociaux (PLAI) et sociaux (PLUS).
Ces réhabilitations ont aussi eu un effet d’entraînement sur les propriétaires riverains qui ont rénové leur bien et profité d’aides de la commune pour les façades et toitures. La ville a également subventionné à hauteur de 50% avec un plafond de 3.000 euros les frais de géomètre et de notaire pour favoriser l’organisation des copropriétés.

Actions sur le commerce divisent par trois la vacance

Parallèlement, la commune a soutenu l’association des commerçants et a mis en place une opération Fisac. Elle a notamment exercé son droit de préemption pour acquérir les murs de quatre locaux commerciaux désaffectés pour les louer à des prix très compétitifs pendant deux ans, le temps de tester la rentabilité d’une activité. La ville a aussi obtenu le label Ville Métiers d’Art afin de préserver le savoir-faire artisanal local et d’en actualiser les traditions. Ces actions ont permis de ramener la vacance commerciale dans le centre ancien de 19% en 2011 à 6% aujourd’hui (la moyenne nationale est d’environ 10%).
Sur la vacance des logements, les premières constatations sont rassurantes. "De nouveaux habitants se sont installés en centre-ville et ceux qui y vivaient déjà y restent", nous dit la conseillère municipale. Un bilan définitif de la redynamisation du cœur de Sisteron pourra être fait d’ici 3 à 5 ans à l’issue de l’opération programmée de l’amélioration de l’habitat - renouvellement urbain (Opah-RU) en cours.
La conseillère municipale Cœur de ville tient à préciser : "L’action de la commune s’inscrit dans la politique de développement durable qui vise la préservation des paysages et du patrimoine historique, l’économie d’espace, et l’harmonisation des fonctions urbaines de l’habitat, des services et des commerces." 

Commune de Sisteron

Nombre d'habitants :

7300
1 Place de la République, BP 100
04203 Sisteron
mairie@sisteron.fr

Colette Denié

Conseillère municipale Cœur de ville, logement
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