Service sanitaire des étudiants en santé : un impact fort sur le scolaire, faible sur les Ehpad

Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) publie un rapport relatif sur le service sanitaire des étudiants en santé. Le bilan montre que 75% des actions de promotion de la santé menée par ces étudiants ont eu lieu dans des établissements d'enseignement. Les actions en Ehpad ne représentent que 3% du total. Le reste se répartit en une myriade de lieux : associations, établissements médicosociaux, CCAS... Le HCSP regrette l'impossibilité "de s'assurer de la bonne prise en compte des inégalités territoriales et sociales dans le choix des lieux et des actions" et la "difficulté de faire coïncider priorités territoriales et offre de lieux d'action".

Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) publie un "rapport relatif à l'évaluation du service sanitaire des étudiants en santé". Il s'agit d'un rapport d'étape (après un avis du 18 juin 2020 et une saisine initiale qui remonte au... 30 juillet 2019). Ce document d'une cinquantaine de pages dresse un tableau détaillé de la mise en place et des résultats de ce dispositif. Même si quelques ajustements semblent encore nécessaires, le bilan apparaît plutôt positif. Mais le déploiement du service sanitaire ne s'est pas fait exactement comme l'envisageaient ses concepteurs.

Des cibles et des lieux très divers...

Le service sanitaire des étudiants en santé (SSES) est une mesure phare du plan "Priorité prévention" présenté il y a deux ans par Edouard Philippe et Agnès Buzyn (voir notre article du 26 mars 2018). Ce service doit favoriser la mise en œuvre d'actions de promotion de la santé dans tous les milieux de vie. Le SSES concerne chaque année, pour une durée de six semaines à temps partiel ou trois semaines à temps plein, 47.000 étudiants en médecine, pharmacie, odontologie, maïeutique, kinésithérapie et soins infirmiers. L'objectif est de les initier à la promotion de la santé et à la prévention primaire – des points faibles du système de santé français –, à travers la réalisation d'actions participant à la politique de prévention et de lutte contre les inégalités sociales et territoriales de santé.

S'il était prévu dès l'origine que le service sanitaire vise en priorité les établissements d'enseignement, il était néanmoins précisé que "le service sanitaire a également vocation à se déployer dans les Ehpad, les quartiers prioritaires de la politique de la ville, les prisons, les structures médicosociales, les entreprises publiques et privées...". Des terrains et des cibles confirmés par le décret et l'arrêté du 12 juin 2018 précisant les modalités de mise en œuvre du service sanitaire (voir notre article du 19 juin 2018). Dans le secteur médicosocial, l'arrêté du 12 juin cite ainsi "établissements de santé et médicosociaux, notamment établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes, maisons de santé et centres de santé, structures d'accompagnement social notamment crèches, centres de protection maternelle et infantile, centres d'hébergement et de réinsertion sociale".

... mais qui se concentrent sur les établissements d'enseignement

La pratique relevée par le HCSP révèle une situation un peu différente. En se fondant sur les données de la base OSCARS Service sanitaire, le rapport indique en effet que 75% des actions renseignées en 2018-2019 ont eu lieu dans des établissements d'enseignement : 28% en collège, 27% en école élémentaire, 16% en lycée comme en organisme de formation professionnelle (CAP, BEP), 7% à l'université et 6% en école maternelle. Les actions en Ehpad ne représentent en revanche que 3% du total, de même que celles dans des associations du secteur de la santé. Les 19% restant se répartissent en une myriade de lieux : associations ou centres sportifs, culturels ou de loisirs, établissements de santé, établissements médicosociaux (hors Ehpad), centres sociaux et CCAS, entreprises, structures d'hébergement...

De même, le HCSP regrette l'impossibilité, faute d'outils adéquats, de s'assurer de la bonne prise en compte des inégalités territoriales et sociales dans le choix des lieux et des actions. Il relève également "un mécanisme d'affectation complexe et une difficulté de faire coïncider priorités territoriales et offre de lieux d'action". Il en résulte une forte hétérogénéité des modes de désignation des lieux d'actions selon les régions et les filières. Celle-ci s'ajoute au fait que les étudiants souhaitent disposer d'une certaine autonomie dans le choix des thématiques et des lieux d'action (même si en pratique seuls 29% d'entre eux déclarent avoir choisi le lieu de leur structure d'accueil).

Un bilan globalement positif

Ces observations ne remettent cependant pas en cause le jugement globalement positif que porte le HCSP sur le service sanitaire. La pandémie de Covid-19 a d'ailleurs confirmé tout l'intérêt du dispositif. Un décret du 22 décembre 2020 est ainsi venu modifier le décret originel du 12 juin 2018. Il prévoit que "le service sanitaire peut exceptionnellement inclure la participation encadrée à des actions de dépistage, [...] en garantissant aux étudiants un temps de formation théorique et pratique d'une durée équivalente et en favorisant l'interprofessionnalité et l'interdisciplinarité de l'apprentissage théorique et pratique" (voir l'encadré de notre article du 6 janvier 2021).

Au final, le rapport d'évaluation du HCSP formule une trentaine de préconisations, essentiellement d'ordre technique et organisationnel. Il insiste néanmoins sur "deux points de fragilité, qui nécessitent d'être améliorés". Le premier concerne la nécessité de développer la qualité de la formation des étudiants aux méthodes d'intervention et de communication en prévention. Le second porte sur le renforcement de l'articulation du service sanitaire avec les dispositifs de prévention en région, en particulier ceux portés par l'Éducation nationale. Le HCSP rappelle en effet, que "cette articulation est une des conditions de l'impact attendu du service sanitaire des étudiants en santé sur la prévention et la promotion de la santé".

 

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