À Nantes, une microfilière autour de la vache nantaise (44)

Pour développer la vache nantaise qui a failli disparaître, l'association L’Étable nantaise soutient les installations d’éleveurs, en amorçant la constitution de leur troupeau. Ce troupeau « de réserve » pâture sur des espaces naturels sensibles ou de futurs terrains constructibles, propriétés des communes de Nantes Métropole ou d'aménageurs publics. D'ici 3 ans, c'est une véritable microfilière locale qui devrait voir le jour.

Nantes est la seule grande ville française à avoir une vache à son nom. Elle a pourtant bien failli disparaître car « c'est une vache mixte, lait, viande et traction, à croissance lente, qui ne rentrait pas dans les critères d'intensification de masse de l'agriculture d'après-guerre », indique l'éleveur Benoît Rolland, président de l’association l’Étable nantaise. Sauvée grâce à l'action de passionnés, la race compte aujourd'hui 1.200 bêtes chez une trentaine d'éleveurs, dont 10 sur la métropole nantaise. Avec l’Étable nantaise, ils souhaitent passer à l'étape suivante : créer une microfilière locale, installer des jeunes et structurer la commercialisation.

Un troupeau de réserve pour aider à l'installation

Le projet germe en 2014 dans la tête de quelques éleveurs, repérant que des jeunes agriculteurs souhaitent s'installer mais peinent à trouver des bêtes, car le cheptel global est encore limité. D'où l'idée de créer un « troupeau de réserve », alimenté par des éleveurs suffisamment solides, qui puisse aider à l’installation. Fin 2014, les rencontres nationales de l'écopâturage se tiennent dans la métropole nantaise. « Nous prenons alors conscience que les collectivités disposent de nombreux espaces à entretenir, sur lesquels notre troupeau de réserve en projet pourrait être une solution, poursuit l'éleveur. Notre idée est aussi de moraliser l'écopâturage en le proposant dans le cadre d'un cycle d'élevage et pas seulement pour faire beau. » L’association prend donc contact avec Nantes Métropole en 2015.

D'un projet agricole à une microfilière

« Nous avons tout de suite repéré un projet bien plus fort que le simple pâturage », indique Mahel Coppey, vice-présidente de Nantes Métropole à l’économie sociale et solidaire. Pour nous, il s'agissait de faire éclore un vrai pôle d'élevage, intégré à la ville et au paysage. » La collectivité facilite alors les premières rencontres qui mettent autour de la table éleveurs, restaurateurs, livreurs, Coopérative d’installation en agriculture paysanne (CIAP), services espaces verts… Le repérage de la centaine d'hectares pouvant être entretenus par les bovins s'opère en parallèle : des réserves foncières d'urbanisation future ou des espaces naturels sensibles où la « Nantaise », habituée des prairies humides, entretient le milieu et préserve la biodiversité mieux qu'un engin mécanique.

Un an d'incubation dans le cadre de Nantes ESS Factory

En 2019, le projet passe un nouveau palier : il est retenu dans la « promo » annuelle de Nantes ESS factory, un incubateur de projets d'économie sociale et solidaire. « Cet accompagnement permet au porteur de projet de consacrer du temps à son projet, qui soit financé, poursuit l'élue. Le travail se fait en ateliers d'intelligence collective : chaque membre de la promo faisant progresser le projet des autres. » Un projet de filière prend alors corps, qui prévoit de former de jeunes éleveurs en partenariat avec le lycée professionnel agricole Jules Rieffel, de soutenir leur installation avec la création d'un espace test d'élevage porté par la CIAP qui en gère déjà un en maraîchage, de créer des groupements d'achats, de déposer une IGP pour la viande et de rejoindre la demande d'Appellation d’origine protégée (AOP) en cours pour le gwell, un produit laitier typique de Bretagne. L'objectif à terme est d'installer 1 à 2 porteurs de projets par an sur la Métropole et 1 à 2 à l'échelle du département de Loire-Atlantique.

Crise Covid : l'alimentation revient au centre des préoccupations

Si le Projet alimentaire territorial (PAT) de Nantes Métropole date déjà de 2018, la crise Covid a remis l'alimentation au centre des préoccupations. Au printemps 2020, la ville de Nantes a créé des espaces solidaires de production maraîchère en cœur de ville : « les paysages nourriciers ». « Après cette première étape, ramener des vaches en ville a une vertu d'interpellation sur la filière, souligne Julie Laernoes, vice-présidente à l'agriculture de Nantes Métropole et responsable du projet alimentaire territorial. Le soutien à la vache nantaise est inscrit dans la feuille de route du PAT car il coche toutes les cases : il permet le maintien de la diversité des races, l'entretien des bocages humides, nombreux sur le territoire. Il répond aussi à l'impératif de manger moins de viande mais de meilleure qualité et répond aux attentes des consommateurs qui plébiscitent le local. » Nantes Métropole vient donc d'accorder une nouvelle subvention à l’Étable Nantaise pour poursuivre la structuration de la filière.

Une montée en puissance progressive des espaces de pâturage

Aujourd'hui, le troupeau de réserve compte déjà une trentaine de bêtes qui pâturent sur une cinquantaine d'hectares appartenant au département de Loire-Atlantique (un espace naturel sensible), à la ville de Nantes, à celle de Bouguenais et à l'aménageur Nantes Aménagement. « 5 porteurs de projets toquent à la porte avec un besoin de 70 vaches, c'est à flux tendu », souligne l'éleveur Benoît Rolland. 30 hectares supplémentaires seront donc conventionnés à l'automne 2021 sur deux nouvelles communes (Saint-Herblain et Rezé) et la construction de deux étables est aussi en projet. Chaque collectivité propriétaire est chargée de clôturer l'espace de pâturage et de verser à l'association une somme forfaitaire à l'hectare entretenu.

Demain, une SCIC associant éleveurs et collectivités ?

3 ans après son lancement, le projet d’Étable Nantaise doit passer au stade de la consolidation. Comme l’expérience constitue un véritable projet de territoire, Nantes Métropole s'interroge sur l'opportunité de s'associer avec les éleveurs dans le cadre d'une Société coopérative d'intérêt collectif (SCIC). « Nous en étudions actuellement la faisabilité, le projet est en cours d’instruction » , confirme Mahel Coppey. En attendant, les scolaires nantais vont pouvoir découvrir la vache nantaise dès la rentrée 2021 : un des sites de pâturage va les accueillir dans le cadre d'animations proposées par la direction Nature et jardins de la Ville de Nantes. La question d'un abattoir local est aussi en réflexion car il n'existe pas de site en Loire-Atlantique.

Faire reconnaître la vache nantaise

« Aujourd'hui, on ne peut vivre de la vache nantaise qu'en circuit court, celle-ci n'étant pas une race à viande officielle », souligne Benoît Rolland.

Une dizaine de restaurateurs la proposent à leur table (le nom l'Etable nantaise est d'ailleurs un écho aux Tables nantaises, association qui met en avant des restaurateurs faisant place aux produits locaux), le reste s'écoule en vente directe dans les AMAP ou marchés de producteurs. « L'idée désormais c'est de ne pas travailler chacun dans son coin », souligne l'éleveur.

Éléments financiers

En 2018, le projet d'Etable Nantaise a bénéficié du soutien financier de Nantes ESS Factory à hauteur de 10.000 €, complété d'une subvention de 10.000 € de Nantes Métropole. Chaque collectivité proposant un terrain de pâturages finance la prestation d'entretien par les vaches nantaises, 1.000 € l'hectare environ. En 2021, une nouvelle subvention de 20.000 € a été accordée au projet par Nantes Métropole. Le soutien métropolitain est en cours d'arbitrage pour l'année 2022.

Nantes Métropole

Nombre d'habitants :

656000

Nombre de communes :

24
2 cours du Champ de Mars
44923 Nantes Cedex 9

Mahel Coppey

Vice-présidente, en charge de l'économie sociale et solidaire

Julie Laernoes

Vice-présidente, en charge de l'agriculture

Dominique Barreau

Chef de projet agriculture alimentation