Bayonne se convertit aux livraisons « vertes » en centre-ville (64)

Depuis 2014, la ville de Bayonne a profondément remanié les conditions de livraison dans son centre-ville piéton. Aujourd'hui, 1/3 des livraisons de son cœur historique piéton est réalisé en véhicules propres. La dynamique vertueuse est désormais lancée, la collectivité n'a plus qu'à l'accompagner à la marge.

Avec ses rues médiévales enserrées dans des remparts Vauban, son plateau piéton à très forte densité commerçante et circulation restreinte, Bayonne fait partie des villes moyennes dont les centres-villes préservés ont été largement remis en valeur au cours des 10 dernières années. Derrière l'expérience apaisée du promeneur se cache aussi une logistique du dernier kilomètre efficace, qui privilégie des livraisons propres pour approvisionner le commerce local. « La commande politique de départ date de 2010. L'objectif était de réfléchir à un système de livraisons en centre ville plus vertueux, avec un enjeu pour la santé mais aussi pour le confort visuel et la limitation du bruit en centre ville », indique Martine Bisauta, conseillère municipale, ancienne adjointe au développement durable.

Un projet global de logistique de proximité

« Nous avons commencé par des choses simples : requestionner la localisation des aires de livraison, harmoniser leurs dimensions et la signalétique », note Gilles Delhaie, directeur des infrastructures et des espaces publics de la ville de Bayonne. Puis, l'échange avec une administratrice de l'association Centre-ville en mouvement fait germer l'idée d'un projet logistique de proximité plus conséquent. La ville de Bayonne commence par chiffrer le potentiel de livraisons : il est de 22.000 mouvements par jour. Le nouveau projet logistique de proximité va viser 10 % de livraisons propres en centre-ville (véhicules hybrides ou électriques) dans un premier temps, avec des facilités horaires accrues pour les livraisons propres : jusqu'à 11 h 30 contre 10 h 30 auparavant. À l'inverse, les livraisons en véhicules non-propres subissent une restriction des horaires de livraison : jusqu’à 9 h 30 contre 10 h 30. Enfin, pour faire évoluer les pratiques des commerçants, la ville veut faire émerger une offre locale de livraisons « vertes ».

Une concertation essentielle pour un projet qui bouscule les habitudes

En 2013, la concertation publique est lancée. « C'est une étape à ne pas négliger, poursuit l'élue. Elle permet de bien positionner le curseur d'acceptabilité du projet avec les commerçants, les transporteurs et les habitants et de compléter le dispositif de mesures d'accompagnement. » La concertation a permis de créer une « carte habitant », qui a élargi leur accès au centre-ville en soirée. Pour les transporteurs travaillant dans le centre-ville, la ville s'est engagée à amplifier la rotation sur les places de livraisons, elle a créé de nouvelles places de livraisons en limite du plateau piéton et acté un principe d'aides à l'achat de véhicules propres de livraisons. « Il faut accorder une oreille attentive aux transporteurs et ne pas croire qu'ils vont supporter le coût du projet car leurs marges sont extrêmement réduites », souligne le directeur.

Le soutien à l'émergence d'un transporteur « vert » sur le territoire

Plutôt que de créer un service public de livraison, Bayonne a choisi de faire émerger un partenaire logistique « vert » de proximité sur la base d'un appel à projets, en lui sous-louant un espace logistique de proximité à bas tarif. L'opérateur retenu, un transporteur local, débute ses livraisons « propres » en septembre 2014. Très rapidement, le local s'avère trop éloigné du centre-ville (2,1 km). En 2017, l'opérateur préfère déménager plus près du centre-ville, même s'il se prive du loyer aidé. En démarchant le centre européen de fret, plateforme logistique de la périphérie de Bayonne, il réussit à récupérer les « mauvais colis » des gros transporteurs, ceux qui leur coûtent trop de temps et d'argent pour être rentables. En faisant preuve d’initiatives variées, la branche « verte » du transporteur retenu devient rentable dès 2018. Elle s'est désormais autonomisée en Société coopérative et participative (Scop) de 4 salariés avec plus d'1 million de chiffre d'affaires annuel.

Un tiers de livraisons propres en centre-ville

Aujourd'hui, un tiers des livraisons en centre-ville de Bayonne se fait en véhicule propre. « Des entreprises livrant directement leurs produits s'y mettent aussi », note le directeur. Un brasseur livrant de nombreux établissements sur le plateau piétonnier s'est doté d'un véhicule hybride, des artisans du bâtiment envisagent de livrer leurs chantiers en triporteur électrique, une entreprise souhaite acquérir un véhicule électrique frigorifique. La dynamique vertueuse est en place et s'autoalimente. « Mais nous devons rester attentifs à la soutenir, être dans le dialogue et ouverts à des adaptations nouvelles », souligne l'élue. La ville a ainsi relancé la subvention à l'acquisition de triporteurs électriques, suite à de nouvelles demandes. Mais attention, « si c'est trop facile de livrer en centre-ville et qu'il n'y a pas de bornes d'accès, ce projet manque son but ! », précise l'élue. Enfin à Bayonne, les contraintes nouvelles en termes de logistique ont été contrebalancées par l'impact positif d'une politique ambitieuse de rénovation de l'hypercentre : le plateau piéton a triplé de surface, tout comme la valeur des baux commerciaux !

Un projet autofinancé

Le coût du projet de logistique du dernier kilomètre est de l'ordre de 100.000 €. La dépense comprend l'aide au loyer, les subventions à l'achat de véhicules propres, la rénovation des aires de livraison et les dépenses de communication. L'ensemble a été autofinancé par la ville de Bayonne.

Commune de Bayonne

Nombre d'habitants :

51228
1 avenue du Maréchal Leclerc
64100 Bayonne
contact@bayonne.fr

Martine Bisauta

Conseillère municipale

Gilles Delhaie

Directeur des infrastructures et des espaces publics