Beaucouzé réinvente le lotissement périurbain avec "la forêt qui pousse" (49)

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Claire Lelong
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Aménagement et foncier

Maine-et-Loire

En bordure d'Angers, la petite ville de Beaucouzé remet le lotissement périurbain au goût du jour. Économe, mixte, participatif, le lotissement des "Nouveaux Échats" se construit au bord d'une "forêt qui pousse" constituée de jeunes plants. Un choix qui interroge le "clé en main" et redonne de la valeur au temps pour construire la ville et ses espaces verts.

35.000 ! Ce sont le nombre de jeunes plants d'arbres qui ont été mis en terre cet hiver 2018-2019 à Beaucouzé, commune périurbaine à huit kilomètres à l'ouest d'Angers dans le Maine-et-Loire. Les enfants des écoles et du périscolaire ont mis la main à la pâte, tout comme les habitants volontaires et même des salariés de la zone d'activité toute proche. Cette "forêt qui pousse" vient prolonger un bois existant dont elle reprend la biodiversité, et constitue l'élément fort du cœur vert de trois hectares des "Nouveaux Echats" - 560 logements à terme, dont 40 % sont déjà sortis de terre. 

Écoquartier dès l'origine

Lancé en 2008, les "Nouveaux Échats" (voir encadré) adoptent des objectifs environnementaux ambitieux : logements BBC (orientation pertinente, incitation à la construction bois...), gestion efficace des eaux de pluie (cuves enterrées sur chaque lot, noues), surfaces de pleine terre conséquentes, trame de déplacements doux. L'enjeu est aussi d'augmenter la densité en mixant logements collectifs et individuels. Objectif à terme : 30 logements à l'hectare, là où le dernier lotissement réalisé sur la commune en comptait moitié moins ! "Nous avons aussi inscrit la création d'un espace vert de cœur de quartier, proche des secteurs les plus denses," indique le maire adjoint à l'urbanisme de Beaucouzé, Gérard Nussmann. La première tranche développée (les Échats II) permet à l'équipe municipale de bien maîtriser le processus et de gagner petit à petit en agilité opérationnelle. "Nous avons alors décidé de travailler les Échats III en mode participatif, en associant promoteurs, bailleurs sociaux et habitants", poursuit l'élu.

Nouvelle tranche en territoire test bas carbone

De cette concertation de deux ans est née une exigence environnementale encore plus poussée, fruit de la volonté des élus et de l'intérêt des promoteurs et bailleurs à innover sur Beaucouzé ; la commune dispose désormais d'une "image de marque" dans l'agglomération angevine. En 2017, les Échats III sont ainsi choisis, parmi sept autres au plan national, comme territoire test de la stratégie bas carbone en s’appuyant sur le label E+C- mise en place par E Cosse. Il s’agit ici de passer de l’échelle du bâtiment à celle du quartier.
Le premier bâtiment E+ C- livré en mai 2019 est celui du bailleur social Angers Loire Habitat. Dans la foulée, une opération de promotion immobilière de 32 logements est sortie de terre et un autre projet immobilier est en cours de définition (50 logements en accession et logement social) via une démarche participative avec les futurs occupants. La mise en vente prochaine des 70 premiers lots libres est attendue avec impatience. "Nous avons réuni une trentaine de constructeurs locaux pour les aider à prendre le tournant bas carbone, en proposant un label à ceux qui s'engagent, précise l'adjoint. Et chaque acquéreur individuel sera accompagné via un outil d'aide à la décision pour concevoir un logement le plus efficace possible au plan énergétique."

Habitants associés à l'évolution du paysage

La "forêt qui pousse" est aussi née de cette concertation, là où un espace vert classique était au départ préfiguré. Plutôt que de planter des arbres déjà grands pour "aller plus vite" et créer un espace clé en main, les habitants et les élus de Beaucouzé font alors un choix inverse. "Il nous a semblé intéressant de faire comprendre le processus de création d'un espace vert et de la ville qui se transforme sur le temps long, souligne l'élu. Et nous faisons le pari que ça peut avoir un impact sur le choix d'un mode de vie individuel plus adapté aux enjeux environnementaux, dans l'esprit des villes en transition." Un choix qui a aussi l'avantage de coûter 40% moins cher, "des sommes que nous allons dédier aux actions pédagogiques d'observation de l'évolution de la biodiversité". Un travail de suivi et d'animation est notamment assuré par les enseignants et étudiants d'Agrocampus, école d'agronomie et de paysage toute proche.

La voiture reste indispensable dans le périurbain, malgré tout

À l'heure où les promoteurs marquent le pas pour redéfinir leurs modèles économiques (fin du dispositif Pinel) avant de s'engager plus en avant sur les Échats III, l'adjoint de Beaucouzé concède finalement deux ombres principales à ce projet particulièrement vertueux : "Un certain risque spéculatif du fait de son attrait et la place de la voiture, que l'on n'arrive pas encore à contraindre, du fait d'une offre trop limitée en transports en commun." L'hypothèse de desservir Beaucouzé par un tramway a été abandonnée en 2014 par Angers Agglomération et l'offre de bus ne permet pas de rivaliser avec un accès facile et rapide au centre-ville d'Angers ; les ménages conservent donc encore généralement deux voitures.

Les Échats, des lotissements qui évoluent

Les "Nouveaux Échats" compte deux ZAC : les Échats II (8 hectares, 180 logements réalisés de 2008 à 2014) et les Échats III (14 hectares et 380 logements, dont 68 déjà réalisés). Le projet global prévoit 50 % de logement libre, 25 % d'accession sociale et 25 % de locatif social. Maisons individuelles et logements groupés constituent la moitié de l'opération, le reste étant du collectif. Les Échats II et III jouxtent les Échats I, un lotissement périurbain constitué exclusivement de maisons individuelles, fruit d'une époque révolue.

Commune de Beaucouzé

Nombre d'habitants :

5115
Esplanade de la Liberté
49071 Beaucouzé

Gérard Nussmann

Adjoint à l'urbanisme
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