C. Mallet / Localtis

Gilets jaunes - Bientôt un "plan d'action global" pour les villes et leurs commerçants

Développement économique

Des maires de grandes villes étaient reçus ce 13 février à Bercy pour évoquer les conséquences des manifestations liées aux gilets jaunes, qu'il s'agisse des dégâts sur le patrimoine public ou des effets sur le commerce et l'emploi. Les constats sont communs mais il faudra encore attendre une quinzaine de jours pour savoir si les attentes des élus locaux seront toutes satisfaites.

Les maires de grandes villes avaient demandé dimanche une réunion d'urgence à Bercy, ils l'ont obtenue. Ils ont en effet été reçus tôt ce mercredi 13 février par Bruno Le Maire pour discuter du soutien qui pourrait être apporté par l'État face à l'impact économique des manifestations liées au mouvement des gilets jaunes.
Le ministre de l'Économie, accompagné de sa secrétaire d'État Agnès Pannier-Runacher, mais aussi de Laurent Nunez, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Intérieur, a d'emblée fait savoir qu'un "plan d'action global" en faveur des villes victimes de dégâts va être proposé. Il compte revoir les élus locaux d'ici quinze jours, tout comme il doit rencontrer les représentants des commerçants, afin de sceller ce plan qui sera ensuite "soumis au Premier ministre, pour une mise en œuvre rapide". On ne sait pas encore tout à fait ce que contiendra ce plan, ministres et élus n'étant apparemment pas encore tombés d'accord sur tous les points.

S'exprimant devant la presse à l'issue de la réunion, Bruno Le Maire a d'emblée tenu à mettre l'accent sur les "violences inacceptables" auxquelles ont donné lieu les manifestations successives, évoquant "des dégradations de commerces, des pillages, des atteintes aux symboles de l'économie comme les banques, des atteintes aux institutions, aux permanences de parlementaires, aux mairies, aux préfectures, en somme à tout ce qui représente la République et la démocratie". Il a été rejoint sur ce plan par Laurent Nunez fustigeant des rassemblements qui, samedi après samedi depuis près de trois mois, vérolés par "les mouvances ultra", "dégénèrent en scènes de guérilla urbaine". Pour le représentant du ministère de l'Intérieur, la priorité était donc d'"assurer les maires de l'engagement des forces de sécurité".
Les attentes des élus sur ce front de la sécurité sont fortes. Le "maintien de l'ordre" a en tout cas été le premier point évoqué par Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse et président de l'association France urbaine. Et "l'ordre public, c'est l'État", a complété François Baroin, maire de Troyes et président de l'Association des maires de France (AMF), rappelant que le maire n'est pour sa part responsable de "la tranquillité du voisinage"…

Le deuxième grand point mis en avant par les maires : les coûts importants consécutifs aux dégradations. Bruno Le Maire a lui aussi fait état de "l'impact des manifestations sur le budget des villes". Jean-Luc Moudenc évoque une facture totale d'"une trentaine de millions" tant en réparation des dégâts sur le patrimoine communal qu'en charges additionnelles par exemple liées au nettoyage de la voirie ou encore en pertes de recettes. Ces coûts seraient de l'ordre de 15 millions pour Paris, 4 millions pour Toulouse, 2 millions pour Bordeaux, 700.000 euros pour Dijon… France urbaine et l'AMF demandent une "prise en charge totale ou partielle". Et exigent assez naturellement que ces dépenses soient "exclues du périmètre de la contractualisation" avec l'État sur l'évolution des dépenses de fonctionnement. "Les ministres ont pris acte de cette demande, les choses ont été entendues", a simplement indiqué Jean-Luc Moudenc.

Commerce : des exonérations plutôt qu'un simple étalement

Le troisième grand sujet est évidemment l'impact de tout cela sur "la vie économique" des villes. "Qu'il y ait des violences, comme c'est la plupart du temps le cas, ou qu'il n'y en ait pas, la clientèle a déserté nos centres-villes", constate le maire de Toulouse, qui estime que "les gens ont pris d'autres habitudes et donc les chiffres d'affaire s'effondrent". Sur la base des informations fournies par les élus locaux, le ministre de l'Économie a parlé de "pertes de chiffres d'affaires de -20% à -40% pour les commerçants et parfois -60% pour les commerces de centre-ville qui n'ont pas d'autre choix que de fermer leur activité samedi après samedi". Le chômage partiel dû au mouvement des gilets jaunes a concerné quelque 72.600 salariés dans près de 5.000 entreprises, selon Bercy.

Bruno Le Maire a rappelé les mesures annoncées par le gouvernement en faveur des entreprises touchées, comme l'étalement de charges sociales, le financement pour 38 millions d'euros de mesures de chômage partiel ou de soutien à la trésorerie. Selon lui, de nombreux dispositifs "sont déjà en place" mais restent jusqu'ici sous-utilisées.
Pour les maires toutefois, il en faut plus pour ces entreprises. Tout en reconnaissant l'utilité d'un "travail de pédagogie" face à cette sous-utilisation des dispositifs existants, Jean-Luc Moudenc comme François Baroin estiment qu'il "faut aller sur des dispositifs d'exonération et pas simplement de facilités de paiement" par un étalement des échéances sociales et fiscales.

Interrogée sur Radio Classique peu avant la réunion, Agnès Pannier-Runacher avait été un peu plus précise : "Nous avons mis sur la table 38 millions d’euros (…) qui accompagnent 5.000 entreprises et 70.000 personnes", des crédits "débloqués" et "autorisés", sachant que c’est aux entreprises d’en faire la demande, avait-elle expliqué. C'est dès le 26 novembre dernier que Bruno Le Maire a déclenché, a-t-elle rappelé, une "cellule de continuité économique" débouchant sur "toute une batterie de mesures" en faveur des entreprises touchées. Et la secrétaire d'État d'ajouter : "Nous avons débloqué également une enveloppe de 3 millions d’euros pour la relance de l’animation dans les centres-villes, ça ça n’a d’enjeu qu’une fois la crise des gilets jaunes terminée (….) et puis on a un dispositif spécifique qui est du cousu-main, qui permet aux commerçants d’expliquer leur situation et de bénéficier non seulement de décalage d’échéances fiscales, sociales de TVA sur vingt mois, mais en plus, dans les situations extrêmes de difficultés de trésorerie, de bénéficier d’abandon de charges sociales et fiscales… Ce dernier dispositif n’est actif que depuis le 10 janvier." Et n'est apparemment guère connu. "La réalité est que sur la Gironde, j’ai 14 demandes sur l’ensemble du département et 5 sur Bordeaux."

Face à "une coordination qui a fait défaut" jusqu'ici, Jean-Luc Moudenc approuve la mise en place de ce groupe de travail gouvernement-élus. France urbaine se dit toutefois "en attente de réponse concrètes". La réunion de ce mercredi était "un point de départ, pas un point d'arrivée", a résumé François Baroin.

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