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Municipales - Changements de majorité en vue dans les métropoles, dont le Grand Paris... et peut-être au Sénat

Après ses multiples défaites aux municipales, le Parti socialiste devrait perdre par ricochet la présidence de plusieurs dizaines d'EPCI, depuis les communautés de communes jusqu'aux métropoles. Et ce au moment même où pour la première fois, dans les villes de plus de 1.000 habitants, les conseillers communautaires ont été élus par fléchage en même temps que les conseillers municipaux. "Les électeurs ont d'abord élu un maire. Mais savoir qui détient l'interco est le plus stratégique pour la ville centre et les partis politiques car les intercos cumulent de plus en plus de responsabilités", souligne Yves-Marie Cann du CSA.
Si les conseils communautaires ont jusqu'au 3 mai pour élire leurs présidents, beaucoup souhaitent aller vite, prévoyant un vote autour du 10-15 avril. Plusieurs communautés urbaines ou grandes communautés d'agglomérations détenues par la gauche vont passer à droite. Mais si Bordeaux, Aix-Marseille, Saint-Etienne sont certaines de devenir bleues, il faut rester "prudent", prévient-on à l'Assemblée des communautés de France (ADCF) quant à la bascule d'autres communautés comme Lille, Toulouse, Strasbourg ou Lyon, "même si l'avantage est à la droite". Autant de communautés qui, au premier janvier 2015 se mueront en métropoles avec des pouvoirs considérablement élargis.
Des négociations intenses ont commencé dès la proclamation des résultats des municipales. "Un groupe de communes disposant d'un siège à la communauté urbaine peut enrayer une bascule", avertit l'ADCF, qui rappelle que la communauté urbaine de Marseille avait à la surprise générale été prise par le PS Eugène Caselli alors que la droite était majoritaire.

Métropole du Grand Paris : changement de programme ?

Ainsi, à Lille, la présidence de Martine Aubry à la communauté urbaine (LMCU) semble fortement remise en cause, plusieurs villes PS ayant basculé à droite dimanche, dont Roubaix et Tourcoing. Elle dépendra des maires indépendants rassemblées dans deux groupes, Métropole Passions Communes (MPC) et Groupe indépendant des élus communautaires (Gidec) qui pourraient aussi  candidater. L'élection à Lille aura lieu le 18 avril.
Réélu à Lyon pour un troisième mandat, Gérard Collomb pourrait perdre la présidence de la métropole dont il a pourtant été l'artisan, la gauche ayant perdu de nombreuses mairies dans les 58 communes du Grand Lyon.
Si à Toulouse, le basculement de la communauté urbaine est une "affaire entendue" pour le vainqueur UMP Jean-Luc Moudenc, qui a annoncé son intention d'en briguer la présidence, l'ADCF recommande là encore la "prudence".
A Strasbourg, la gauche conserve une majorité de 49 sièges sur 95, soit un siège de plus que la majorité absolue. Plusieurs maires "divers droite" de petites communes devraient continuer à soutenir la majorité communautaire sortante. "La majorité sera plus serrée, mais il n'y a pas de risque de voir la communauté urbaine basculer", selon Robert Herrmann, le premier adjoint sortant (PS). Le vote aura lieu le 11 avril.
Enfin, la future métropole du Grand Paris, qui doit regrouper en 2016 Paris et les départements de la petite couronne, devrait échapper au PS pourtant porteur du projet. La droite et le centre seraient majoritaires avec 180 sièges sur 350. Philippe Dallier (UMP) a d'ailleurs déjà annoncé sa candidature à la présidence. Et la mission de préfiguration va être majoritairement composée d’élus de droite. Mais la droite est divisée. Et certains, dont le sénateur Roger Karoutchi, demandant justement une "renégociation" voire une révision de la loi Mapam, avec un "moratoire sur le texte actuel". D'ailleurs, même à gauche, certains en conviennent : "Ce basculement politique crée une situation paradoxale où des élus très majoritairement hostiles héritent d’une métropole intégrée dont ils ne veulent pas. La Métropole du Grand Paris ne peut pas être lancée dans ces conditions", déclare par exemple Jean-Luc Laurent, député-maire MRC du Kremlin-Bicêtre, qui plaide personnellement pour que l'on reprenne l'ouvrage "sur la base des travaux de Paris Métropole".

Sénat : rester prudent

Les résultats de la droite aux municipales risquent par ailleurs d'entraîner un autre renversement de majorité… celle du Sénat, à gauche depuis 2011. Et ce, dès septembre prochain.
"C'est le double effet Kiss Cool", résume Gaël Sliman, de l'institut BVA, en référence à un spot publicitaire : "Dans un premier temps, la très large domination de la droite aux municipales entraîne la perte des communautés d'agglomération à gauche. Ensuite elle provoque un retour du Sénat à droite", explique-t-il.
"Le Sénat devrait repasser à droite en septembre", prédit lui aussi Jérôme Lavrilleux, directeur de cabinet du président de l'UMP Jean-François Copé. Il en veut pour preuve "le nombre de villes de plus de 9.000 habitants, pourvoyeuses de grands électeurs, qui ont basculé dans notre camp".
La gauche dispose actuellement d'une très faible majorité dans la Haute Assemblée, avec 178 sièges sur 348. En septembre, 178 sénateurs sur 348 seront renouvelés au suffrage universel indirect par un collège comprenant députés, conseillers généraux, régionaux et conseillers municipaux, ces derniers représentant 95% des votants.
Le chef de file des sénateurs UMP, Jean-Claude Gaudin, qui a gardé dimanche sa mairie de Marseille, décrit "un avantage d'au moins dix sièges d'avance pour la gauche sur le tapis vert". "Il est clair que les socialistes ont pris toutes les précautions pour que le Sénat ne bascule pas à droite", grince-t-il. Et de citer l'abaissement de la proportionnelle aux départements élisant trois sénateurs ou le poids électoral accru accordé aux villes de plus de 30.000 habitants "aux dépens de la France rurale". Autant de mesures qui seraient défavorables à la droite.
Pour François Rebsamen, "au vu des résultats des municipales, la situation est complexe". "Il faut faire une analyse très fine et très ciblée, je n'ai pas encore eu le temps de le faire", ajoute le chef de file des sénateurs socialistes.
Cette année, ce sont les sénateurs des départements compris, par ordre alphabétique, entre l'Ain (01) et l'Indre (37), puis du Bas-Rhin (67) à l'Yonne (89), hors ceux de l'Ile-de-France, ainsi que ceux de Guyane, de Polynésie française, de Saint-Barthélemy, de Saint-Martin, des Iles Wallis et Futuna qui sont renouvelés. A cette liste s'ajoutent 6 des 12 sénateurs des Français établis hors de France.

 

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