Projets urbains - Co-conception : "Certains élus ne font pas la différence entre architectes et urbanistes"
La co-conception des projets d’aménagement urbain est-elle utopiste ? L’ensemble des acteurs du secteur étaient réunis le 30 mars autour d’une table ronde organisée par l’Acad (Association des consultants en aménagement et développement des territoires) pour répondre à cette question majeure pour les années à venir. En effet, l’intervention de toutes les compétences mais aussi des habitants et des collectivités locales dans la phase d’élaboration des projets permet d’anticiper toutes les problématiques qui y sont attachées. Une démarche qui répond bien aux enjeux du développement durable comme le reconnaissent les architectes, les ingénieurs, les géographes, les juristes, les urbanistes ou les sociologues. Selon le président de l’Acad, "la participation de tous les métiers à la conception des villes durables est une garantie de réussite". Pour preuve, quelques "ratés" comme la ville de Sarcelles, conçue dans les années 1960, sans prendre en compte les aspects sociaux essentiels à ce type de projets. Tandis que selon Jean-Paul Lebas "le projet Paris Rive Gauche est dans la ligne de pensée de l’Acad. Il offre différents angles de vue sur la ville. C’est un bel exemple d’éco-conception réussie". Mais, le président de l’Acad reconnaît qu’il y a "encore de nombreux freins à la co-conception". Parmi les obstacles : l’inconscient collectif qui souhaite de nouveaux logements alors qu’il refuse toute nouvelle construction mais aussi le langage. Comme le souligne l’architecte-urbaniste François Grether, "les relations avec les élus posent problème dès lors que le langage n’est pas le même. Certains ne font même pas la différence entre architectes et urbanistes". Autre idée pour faire avancer la co-conception : penser des projets évolutifs, ouverts à tous et sortir les acteurs de leurs domaines de compétences. Enfin, selon Jean-Paul Lebas, un obstacle majeur doit être dépassé : le surcoût des projets lié à l’intervention de nombreux professionnels. Certains architectes évoquent des excédents pouvant aller jusqu’à 40% du montant des projets. Pour Olivier Ortega, membre du groupe Bâtiment public du plan Bâtiment Grenelle, "il faudrait créer des outils permettant aux initiatives privées d’être assurées du financement des études qu’ils ont menées avant de répondre aux appels d’offres". Une idée qui demande une grande réflexion car l’organisation actuelle de la commande publique ne permet pas du tout cette opération. Comme le rappelle Olivier Ortega, "l’anonymat qui prévaut en matière d’appel d’offres empêche tout financement des études préliminaires". Selon le président de l’Acad, il faudrait même aller plus loin en mettant au point une méthode de calcul du coût global permettant de relativiser les coûts initiaux. Le coût global prévoit les charges de fonctionnement qui vont peser sur l’usager et la collectivité locale. Il permet ainsi de moduler le montant de l’investissement initial. L’Acad entend bien promouvoir cette démarche auprès des pouvoirs publics. Mais il va falloir, pour cela, lutter contre deux obstacles majeurs : le frein culturel tout d’abord car aujourd’hui "on ne lie pas le coût d’investissement et le coût d’exploitation" et le frein lié à l’organisation de la commande publique car, comme le souligne Olivier Ortega, "pour les élus locaux, le prix est un moyen de choix tellement plus objectif que tout ce qui a trait au mieux-disant. Le mieux-disant est subjectif donc contestable. C’est pourquoi les élus prennent souvent le moins-disant parce qu’ils le perçoivent comme plus sécurisant". En effet, en cas de contrôle, on ne pourra pas les accuser d’avoir privilégié tel projet pour des raisons personnelles. Seul le prix aura compté à leurs yeux. Le président de l’Acad est bien conscient de tous ces obstacles mais il reste confiant car "le Grenelle de l’environnement a donné une impulsion qui offre aujourd’hui un contexte favorable". L’Acad va donc mobiliser d’autres organisations professionnelles afin d’envisager des actions communes.
Muriel Weiss