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Les programmes Action cœur de ville et Petites Villes de demain au cœur de la relance ?

Le programme Action cœur de ville, lancé en mars 2018, pourrait être la pierre angulaire de la relance des centres-villes et des commerces de proximité. Se recentrant sur trois pistes principales - la modernisation des commerces, la rénovation de l'ancien et la transition écologique - il sera prochainement complété par Petites Villes de demain pour les villes de moins de 20.000 habitants, dont les détails devraient être annoncés au cours de l'été.

Après une année 2019 difficile sur fond de manifestations et de grèves, les commerces sont l'une des premières victimes de la crise du Covid-19. Des chiffres de Knight Frank (spécialiste de l'immobilier d'entreprise) publiés en mai 2020 montrent l'étendue des dégâts : un chiffre d'affaires en baisse de 18,7% pour les commerces du secteur de l'habillement-textile au premier trimestre 2020, de 92% pour la restauration, une consommation de biens en chute de 17,9% en mars 2020 et une épargne "forcée" du confinement de 55 milliards d'euros… Et le déconfinement ne permettra pas, tout du moins pas tout de suite, de rattraper le retard, les mesures sanitaires limitant le nombre de clients dans les boutiques, et les clients eux-mêmes n'étant pas forcément très enthousiastes à l'idée de repartir faire leurs courses.
Face à cette situation, quel levier pour aider les commerces de centre-ville ? Bercy a rapidement déclenché des mesures d'aides au niveau national, d'abord pour faire le dos rond à travers le fonds de solidarité notamment, mais aussi avec des allègements de loyers et charges et des plans de soutien par secteur qui commencent à émerger, comme celui destiné à l'hôtellerie-restauration annoncé le 24 avril.

Action cœur de ville : "Plus qu'un changement, une amplification"

Le programme Action cœur de ville, lancé en mars 2018, dédié à la redynamisation des centres-villes de 222 villes moyennes, devrait contribuer à cet effort sur le plan territorial. C'est en tout cas le souhait de Rollon Mouchel-Blaisot, directeur du programme. "Il faut traiter l'urgence et préparer la relance, et dans ce domaine le programme peut être un acteur important, explique-t-il. Cette relance s'inscrit dans les fondamentaux du programme." Un bilan, assez positif, a été dressé lors du comité interministériel et partenarial du programme le 14 mai, estimant à 1,2 milliard d'euros le montant déjà engagé, sur un total de 5 milliards d'euros prévus sur cinq ans. "1.200 projets d'investissement ont été identifiés qui peuvent démarrer dès 2021 et représentent 1,4 milliard d'euros de travaux", détaille aussi Rollon Mouchel-Blaisot.
La crise ne va pas réorienter les objectifs du programme, mais au contraire les amplifier. "Plus qu'un changement, c'est une amplification qui va être réalisée", explique ainsi le directeur du programme. Une amplification qui se fera autour de trois axes principaux, dont le premier correspond au soutien à la numérisation et à la modernisation des commerces de centre-ville. "La revitalisation commerciale est un des axes majeurs du programme, détaille Rollon Mouchel-Blaisot, il s'agit là d'aider les commerces à mener des opérations de modernisation, à passer au numérique, d'améliorer le portage foncier, de travailler sur la fiscalité et la logistique urbaine." Les deux autres axes envisagés sont la rénovation de l'ancien et un travail sur les outils actuellement disponibles pour les collectivités ciblées (tels que les nouvelles opérations de revitalisation du territoire) pour les faire davantage converger vers un objectif de transition écologique.

Une action renforcée de la Banque des Territoires

La Banque des Territoires, partenaire financier du programme, compte mettre les bouchées doubles pour aider les villes moyennes en cette période de crise. "En plus de ce que la Banque des Territoires fait déjà, nous allons avoir une action très soutenue sur la question du commerce pour aider les villes qui vont se réveiller progressivement dans les mois qui viennent, les aider à analyser, comprendre et organiser leurs dispositifs consacrés aux commerces", explique ainsi Michel-François Delannoy, directeur du programme à la Banque des Territoires. Autres orientations pour faire face à la crise : le renforcement du financement des managers de commerce et des interventions en matière de logement. La Caisse des Dépôts, à travers sa filiale CDC Habitat, a déjà lancé un appel à projets pour la production de  40.000 logements dans ces villes. "D'autres mesures seront précisées prochainement, car c'est une période très critique qui arrive, insiste Michel-François Delannoy, nous souhaitons accompagner les villes, les aider à réfléchir et à prendre les premières mesures. Nous ne pouvons pas tout renvoyer au plan de relance, les défaillances vont arriver au fil de l'eau, cela va être sévère."

Un acte fort pour tous les commerçants de centre-ville

S'agissant des moyens qui sont consacrés au programme, Rollon Mouchel-Blaisot se dit  favorable à l'élargissement de la palette des outils disponibles plutôt que d'injecter des milliards d'euros supplémentaires, car "à ce stade, il n'y a pas de problème financier ; il s'agit plutôt d'adapter nos outils aux projets territoriaux". Même écho du côté de la ministre de la Cohésion des territoires, qui lors d'une audition par la commission du développement durable et la délégation aux collectivités territoriales de l'Assemblée nationale le 18 mai a signalé que l'enveloppe des 5 milliards d'euros destinée à financer le programme n'était pas encore dépensée et qu'elle pourra l'être dans un objectif de relance.
En complément du programme, et dans la même logique, le plan Petites villes de demain, annoncé en septembre 2019 et s'adressant aux communes de moins de 20.000 habitants devrait pouvoir démarrer à l'été 2020.

De son côté, l'association Centre-Ville en mouvement, qui organise la semaine des centres-villes du 8 au 12 juin en visioconférences, demande des mesures nationales fortes et symboliques pour le commerce de centre-ville en général. "Durant la crise, les villes ont fait des efforts pour offrir la livraison aux commerces, leur permettant de poursuivre leur activité, explique à Localtis Pierre Creuzet, directeur-fondateur de Centre-ville en mouvement. Pour garder cet élan, si l'État veut relancer le centre-ville, et au lieu de faire du saupoudrage, il pourrait financer la livraison à domicile au moins pendant un an. Cela représente quelque 500 millions d'euros. Si vous commandez dans vos commerces de quartier, la livraison est assurée partout, gratuitement. Après un an, petit à petit, le coût est répercuté sur le consommateur (deux euros) et le commerçant (un euro). Il faut un acte fort qui concerne tous les commerçants de centre-ville, géré par les villes et financé par l'État."

Un plan de relance global des centres-villes

Centre-ville en mouvement a transmis le 12 mai à Jacqueline Gourault, ainsi qu'à Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, et à la secrétaire d'État Agnès Pannier-Runacher, un rapport intitulé "Solutions et idées pour la relance de l'attractivité de nos centres-villes" mentionnant toutes les actions engagées par les maires pour faire vivre leur cœur de ville, malgré le confinement. Exemples : un livre blanc des bonnes pratiques pour les marchés ouverts, rédigé par la Fédération des marchés de France, des éléments de décoration des centres-villes à La Ciotat, Saint-Raphaël et Issoire pour pallier le manque de manifestations dans les cœurs de ville, des bons d'achat offerts par Saint-Raphaël (150 euros) pour tout le personnel communal qui se mobilise dans la crise, des chèques cadeaux offerts pour les seniors à Issoire…
Un site a été créé pour mettre en avant ces actions, issues de 40 auditions menées auprès des acteurs du centre-ville (maires, managers de centre-ville, fédérations et confédérations nationales des commerces…). Centre-ville en mouvement appelle aussi à un plan de relance global des centres-villes. "Nous voyons le plan récemment annoncé par le gouvernement pour les Petites villes de demain comme une aide majeure à la relance. Il s’agira dans un même temps de revoir certaines lignes budgétaires pour faire face à cette crise très importante et simplifier les démarches administratives, précise le rapport, il faut faire attention à ce que les villes qui ne font pas parties du projet ne se sentent pas exclues. Il nous paraît très important parallèlement à ces deux plans d’avoir un plan de relance global des centres-villes."

L'Association des petites villes de France (APVF) a déjà eu l'occasion à plusieurs reprises de demander que le programme Petites Villes de demain soit partie intégrante du plan de relance du gouvernement, en abordant d'un seul tenant les problématiques de commerce, d’habitat, d’aménagement du territoire et de patrimoine. "Ce programme doit, d’abord, être mis en place très rapidement, et devra donc être accompagné de mesures fortes, car les conseils municipaux lorsqu’ils seront installés, auront besoin d’un soutien à l’ingénierie territoriale de qualité. Cela s’avérera déterminant à la capacité de redynamisation de nos petites villes", a récemment fait valoir l'association. Les petites villes attendent "un plan massif de relance du commerce traditionnel" mais aussi la "mise en place de plateformes de commerces et de services pour les commerces de centre-ville et les producteurs locaux". Elles demandent un accès automatique des communes du programme Petites Villes de demain aux opérations de revitalisation de territoire (ORT) et une extension du dispositif Malraux (qui permet des déductions fiscales en contrepartie de rénovation dans l'ancien).

 

 

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