Conserver la mémoire du champagne pour faire vivre le terroir (51)

Une ethnographe chargée d’assurer la « collecte de mémoire » de la filière viticole champenoise est missionnée depuis dix ans par la communauté de communes de la Grande Vallée de la Marne. Un travail de recherche qui vise à valoriser l’histoire et la culture du terroir.

Champagne. Si le mot fait pétiller les pupilles autant que les papilles (et encore plus en temps de confinement !), il incarne aussi un vaste territoire façonné depuis des siècles par les vignobles et les caves. C’est pour recueillir, conserver et diffuser le patrimoine immatériel lié à cette production que la communauté de communes de la Grande Vallée de la Marne (CCGVM) a créé il y a une dizaine d’années un poste de « collecteur de mémoire ». Son rôle consiste à aller à la rencontre des acteurs du vignoble champenois afin de recueillir et d’enregistrer leurs témoignages, leurs expériences, leurs savoir-faire, leurs valeurs et représentations.

Une démarche ethnographique

La collecte de mémoire est une discipline liée aux sciences humaines et sociales qui s’appuie sur l’approche de « terrain » et la méthodologie d’enquête qualitative. Dans la droite ligne des arts et traditions populaires, cette démarche ethnographique est celle qui anime les écomusées et les musées de société.

« Nous ne rassemblons pas de vieux outils, comme dans certains écomusées, mais sommes aujourd’hui en possession de nombreux témoignages oraux, de personnalités, d’ouvriers, de syndicalistes, qui racontent l’histoire de la filière viticole », indique le président de la CCVM et maire d’Aÿ, Dominique Levêque. Il faut préciser que douze des quatorze communes de la CCGVM vivent essentiellement du champagne et de son exploitation : au-delà du vignoble classé 100 % grand cru, le secteur compte de nombreux emplois induits (cartonnerie, capsulage, embouteillage…). « La collecte de mémoire a une vocation de recherche, précise l’élu ; des partenariats sont noués avec l’université de Reims Champagne-Ardenne, et le département de la Marne et la région Grand Est participent également à des actions ponctuelles. »

Une coopération public/privé

Cette démarche est née en 2000 d’une initiative bénévole au sein de la Villa Bissinger / Institut international des Vins de Champagne. Cette association propose des activités œnotouristiques, des dégustations, ainsi que des formations auprès des cadres et des équipes des maisons de champagne. En 2004, la CCGVM décidait de pérenniser la collecte de mémoire en professionnalisant et en finançant ce poste. « Ceci montre comment des structures privées et des collectivités publiques peuvent travailler ensemble pour développer le territoire », précise l’élu. Embauchée en 2010 par la communauté de communes, Aurélie Melin est en détachement au sein de la Villa Bissinger-Ecole des vins de Champagne, où est installé son bureau. Ethnographe de formation, son rôle consiste à recueillir des témoignages de vignerons, noter ses observations, puis conserver ces « archives orales ». Ses enquêtes sont indexées et archivées au sein du fonds de la Villa Bissinger et sont consultables librement. « Ma mission consiste également à diffuser ces connaissances : organiser des expositions, publier des articles, des montages sonores et parfois vidéos, animer des conférences et visites commentées etc. », précise la jeune femme.

Redéployer structure et recherches

Mais aujourd’hui, ce travail de recherche a largement dépassé les frontières de la communauté de communes. Depuis 2014, les Coteaux, maisons et caves de Champagne font partie du patrimoine mondial de l’Unesco au titre de paysage culturel… Ce qui a contribué à développer l’œnotourisme. Et à inciter les élus locaux à réévaluer le cadre de la collecte de mémoire : « L’appellation champagne concerne 34.000 hectares sur quatre ou cinq départements et génère un chiffre d’affaires de 5 milliards d’euros par an, dont la moitié à l’export », observe Dominique Levêque. La communauté de communes Grande Vallée de la Marne ne peut donc plus être seule à financer ce travail de recherche. C’est la raison pour laquelle son président espère voir évoluer son mode de financement avec la montée en puissance de l’université, au travers de l’Alliance Institut Georges Chappaz / Villa Bissinger et le soutien financier espéré de la région Grand Est, du Département et de la profession.

Par ailleurs, le président de la CCGVM, qui est également maire de Aÿ, se prépare à inaugurer « dès que les conditions sanitaires le permettront » un Centre d’interprétation sensorielle des vins de champagne dans sa commune, « représentant un investissement de 10,5 millions d’euros. Ce dispositif muséal va proposer une découverte sensorielle dans un ancien pressoir Pommery, afin que les visiteurs aient les clés du champagne et aillent ensuite visiter les grandes maisons, les coopératives et les vignerons. » Et déguster bien sûr…

Financement de la collecte de mémoire par la CCGVM

  • Salaire du poste « collecte de mémoire » : 40.000 € par an
  • Cahiers de la Villa Bissinger : 15.000 € par an (dont 50 % financés par le département de la Marne)
  • Actions diverses et ponctuelles : 10 à 15.000 €

Communauté de communes Grande Vallée de la Marne

Nombre d'habitants :

16000

Nombre de communes :

17
place Henri Martin
51160 Aÿ
info@ccgvm.com

Dominique Leveque

Président