Construction : la crise sanitaire aurait entraîné des surcoûts de 9%

Le Commissariat général au développement durable publie les conclusions du comité de suivi chargé il y a un an par le gouvernement d'objectiver les surcoûts directs et indirects dans la construction liés à la crise sanitaire. Si les modèles économétriques utilisés se sont révélés peu adaptés, les retours des entreprises auprès de l'Insee donnent pour leur part une idée des surcoûts directs et indirects.

La crise sanitaire a lourdement impacté le secteur de la construction, avec en particulier l'interruption brutale de nombreux chantiers, suivie d'une reprise très progressive. Cet impact sur l'activité est parfaitement documenté. Selon la note de conjoncture de l'Insee diffusée le 15 décembre 2020, la construction a enregistré au deuxième trimestre 2020 une perte d'activité de 31% par rapport au niveau d'avant-crise sanitaire (quatrième trimestre 2019). Cet impact dans le secteur de la construction est nettement supérieur à celui qui a pesé sur l'ensemble de l'économie française (19%). En revanche, alors que les consignes sanitaires et les contraintes organisationnelles lors de la reprise ont nécessairement eu un impact en termes de coûts, celui-ci n'est pas véritablement connu.

Une méthodologie pointue, mais des résultats pas très probants

Il y a tout juste un an, le 10 juin 2020, le gouvernement avait annoncé des mesures pour aider les entreprises du BTP à compenser les surcoûts et accélérer la reprise complète de l'activité dans le secteur. L'une de ces mesures consistait en la création d'un comité de suivi "pour objectiver les surcoûts liés aux pertes de rendement sur les chantiers compte tenu de l'application des règles de sécurité sanitaire". Piloté par le Commissariat général au développement durable (CGDD), en lien avec les fédérations professionnelles, ce comité devait permettre de "donner des références pour la négociation entre maîtres d'ouvrage et entreprises du BTP". Ce comité – auxquels les associations de collectivités étaient invitées mais n'ont pas participé – a été installé en septembre. Après des réunions à un rythme soutenu jusqu'à la fin de l'année, le CGDD publie aujourd'hui le résultat de ces travaux dans une brève note de synthèse d'une douzaine de pages et met à disposition l'ensemble des documents produits lors des réunions.

Et le moins que l'on puisse dire est que les résultats ne sont pas vraiment probants. L'Insee et le service statistique du ministère (SDES) ont proposé au comité une méthode de calcul d'indicateurs alternatifs pouvant servir de référence (non obligatoire) pour les négociations portant sur la période concernée par la mise en œuvre de règles exceptionnelles de fonctionnement (gestes barrières, distanciation...). Mais cette méthode complexe – dont la note fournit la formule – s'est heurtée à plusieurs difficultés : manque de disponibilité des données idoines compte tenu des délais de production, faible adaptation de ces dernières à la méthodologie proposée... Cela vaut quelle que soit la source utilisée : Esane (élaboration des statistiques annuelles d'entreprises), comptes nationaux de l'Insee, enquêtes Acemo (activité et conditions d'emploi de la main-d'œuvre) et Acemo-Covid...

La construction de logements deux fois plus touchée que le génie civil

Au final, la seule source qui apporte des informations véritablement exploitables réside dans les enquêtes de conjoncture de l'Insee, avec toutefois les limites des enquêtes déclaratives. C'est le cas, plus particulièrement, de l'enquête réalisée au troisième trimestre 2020 auprès de 50.000 unités légales de cinq salariés ou plus sur l'impact de la crise du Covid-19 sur l'organisation et l'économie de l'entreprise. Celle-ci montre que les sociétés – tous secteurs confondus – évaluent à 3,1% du chiffre d'affaires 2019 le coût direct des achats de masques, gel hydroalcoolique... Par ailleurs, 70% des sociétés signalent l'existence de coûts indirects, liés à la distanciation physique (accueil limité de clients, espacement des rendez-vous, réorganisation des salariés dans la chaîne de production...) et à l'exploitation limitée de l'espace (pour les salariés ou les clients). Ces coûts indirects représentent en moyenne l'équivalent de 5,6% du chiffre d'affaires 2019.

À partir de là, le CGDD a demandé à l'Insee une extraction des coûts pour les sociétés du secteur de la construction. Il en ressort que les surcoûts directs pour les entreprises de la construction s'élèveraient à 3,6% et les surcouts indirects à 4,8% du chiffre d'affaires 2019, soit un surcoût total de 8,4%. Mais ces chiffres de coûts directs et indirects diffèrent fortement selon les secteurs. Ainsi, ils seraient respectivement de 3,9 et 5,6% dans le secteur de la construction de logements (soit un surcoût total de 9,5%), de 3,7 et 4,8% dans celui des travaux de construction spécialisée (soit un total de 8,5%), mais seulement de 1,8 et 2,9% dans celui du génie civil (soit un total de 4,7%).

 

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