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Crise des transports publics : la filière réclame trois milliards d’euros de soutien

Auditionné ce 22 juillet par la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire de l'Assemblée nationale, Thierry Mallet, président de l’Union des transports publics et ferroviaires (UTP), a témoigné des difficultés inédites que rencontre ce secteur et de son besoin pressant de visibilité économique. Il défend la nécessité de pérenniser l’offre actuelle en mettant en œuvre au plus vite un plan de soutien de trois milliards d’euros.

"Si nul signal clair ne vient, les autorités organisatrices et leurs opérateurs seront contraints de revoir et de redistribuer dès la rentrée leur offre de services de transports publics sur leurs territoires". Dans la foulée d’une lettre adressée au Premier ministre avec d’autres acteurs du secteur (voir notre article du 10 juillet), Thierry Mallet, président de l’Union des transports publics et ferroviaires (UTP), est revenu ce 22 juillet sur ces questions et craintes qui taraudent tous les professionnels des mobilités. 

Devant les députés de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire, celui qui dirige par ailleurs Transdev a pressé à nouveau la puissance publique de mettre en œuvre un grand plan de relance au bénéfice des transports du quotidien, dont les finances ont été mises à mal par la crise du coronavirus. L’amputation de leurs ressources atteint les quatre milliards d’euros sur l’année, dont plus de la moitié pour les transports franciliens. La baisse du versement mobilité (VM) cause une moitié des pertes, l’autre étant due à la chute des recettes commerciales. "Dans le troisième projet de loi de finances rectificative pour 2020 (PLFR 3, voir notre article du 20 juillet), une réponse est apportée sur la compensation de la baisse du versement mobilité mais pas sur la perte de recettes commerciales", observe-t-il. Un trou financier d’autant plus inquiétant que les marges des opérateurs du secteur sont "déjà extrêmement faibles, de l’ordre de 2%".

La crise sanitaire risque d’affecter durement des entreprises par ailleurs peu capitalisées et dans l’impossibilité d’absorber un tel choc. "Pour l’instant, les collectivités les soutiennent et ont payé en avance, même si nous avons peu roulé. Un niveau de trésorerie raisonnable est maintenu. Mais nous allons au-devant d'une période difficile et de réels problèmes", poursuit-il. Ses mots ont également fait écho à ceux prononcés par les douze vice-présidents de région de France métropolitaine, chargés des transports, dans une tribune récemment signée dans Le Monde (voir notre article du 15 juillet). Ces élus ont rappelé l’impact essentiel des transports publics locaux sur notre économie. Ils représentent 230.000 emplois directs et indirects. "Si on est amené à réduire de 20% l’offre, cela impactera 20.000 emplois", estime-t-il.

Un soutien de trois milliards d’euros

Pour accompagner les autorités organisatrices et leurs délégataires à surmonter cette crise et pérenniser l’offre de transport public, le président de l’UTP appelle la puissance publique à mettre en œuvre rapidement un plan de soutien massif aux transports publics : "Il faut apporter la visibilité économique qui manque cruellement aujourd'hui pour que les opérateurs puissent décider en connaissance de cause, se repositionner, aller voir leurs banques, etc. Nous évaluons le soutien financier nécessaire à trois milliards d’euros". D’autres pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas, le Canada ou les Etats-Unis ont mis en place des fonds s’adressant soit aux AO, soit à leurs opérateurs, afin de les aider à supporter des coûts ou à compenser des pertes. 

D’ici à ce que le secteur se relève de ces difficultés, d’autres enjeux comme la décarbonation des transports terrestres doivent-ils être relégués au second plan des priorités ? Thierry Mallet ne le conçoit pas ainsi, "le verdissement des motorisations et des flottes de matériels roulants, bien avancé pour les bus, plus complexe pour les cars, doit rester une priorité". Et figurer comme tel dans le plan de relance préparé par Bruno Le Maire, qui présentera sa copie fin août. "Car si ces thèmes du transport public, du ferroviaire et du verdissement sont bien identifiés dans ce plan, cela donnera au secteur la possibilité d’accéder aux 40 milliards d'euros de subventions d’investissement prévus pour la France dans le cadre du plan de relance européen" (voir notre article), éclaire pour terminer Valérie Beaudouin, directrice du département Législation et affaires européennes de l’UTP.

 

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