Crise sanitaire : la mise sous cloche de l’économie affecte surtout les PME

A fin mars, un quart des salariés du privé était au chômage partiel, un autre quart en télétravail, et un troisième quart travaillait sur site, révèle une étude spéciale Covid co-réalisée par la Dares et l’Insee. Quatre secteurs sont touchés de plein fouet par la crise : hébergement-restauration, fabrication de matériels de transport, construction et culture. Les PME, plus affectées par la baisse d’activité, ont davantage recours au chômage partiel que les grandes entreprises.

A fin mars 2020, la moitié des salariés du secteur privé se trouve dans une entreprise dont l’activité s’est arrêtée (19%) ou a diminué de plus de moitié (30%) (graphique 1). Plus les entreprises sont petites et plus la baisse d’activité est importante : 39% des PME de 10 à 19 salariés sont à l’arrêt et 25% en forte diminution, contre respectivement 11% et 32% des entreprises de plus de 500 salariés. L’étude co-réalisée par la Dares et l’Insee indique que cette baisse résulte essentiellement d’une perte de débouchés, des fermetures administratives ou de problèmes d’approvisionnement (85%), et dans une moindre mesure d’un manque de personnel pouvant travailler.

Il ressort que les fermetures administratives affectent surtout l’enseignement privé (59%), l’hébergement et la restauration (57%), et les autres activités de service (49%) du fait surtout des arts, spectacles et activités récréatives. Le manque de débouchés est particulièrement mis en avant dans l’information et la communication (46%), alors que les difficultés liées à l’aval sont plus importantes dans l’industrie agro-alimentaire et les activités de fabrication industrielle. Le manque de personnel se fait sentir plus fortement dans les secteurs de la pharmacie et de la chimie, mais aussi dans la recherche et développement ainsi que dans l’action sociale.

Peu de réduction d’effectifs

Dès lors, un quart environ des salariés est au chômage partiel, un autre quart est en télétravail, et un troisième quart travaille sur site ou sur chantiers. Les autres sont en arrêts maladie (13%) - y compris garde d'enfant liée à la fermeture des écoles - ou en congés (9%). Très peu de salariés (moins de 1%) auraient exercé leur droit de retrait. Les entreprises ayant réduit leurs effectifs "ne représentent que 11% des salariés", indique également l’étude. Il s’agit soit d’annulation ou de report d’embauches prévus (51%) et de non-renouvellement de CDD (49%).  

Le recours au chômage partiel est plus fréquent dans les petites entreprises (41% des salariés dans les PME de 10 à 19 salariés) que dans les grandes (18% dans celles de 500 salariés ou plus). Ce sont les principaux secteurs affectés par la baisse d’activité qui utilisent le plus le chômage partiel (graphique 3), à savoir :  l'hébergement restauration (67% des salariés), la fabrication de matériels de transport (48%), la construction (49%) et les autres activités de services (culture 41%).

Les raisons diffèrent en revanche selon les secteurs (graphique 4). Dans la construction, le chômage partiel est dû à l’impossibilité de maintenir l’activité en assurant la sécurité des salarié alors que dans l’hébergement et la restauration, il résulte des fermetures administratives.  

Les questions sanitaires pèsent plus que les difficultés financières

Alors que le télétravail est plus utilisé dans les grandes entreprises (29%) que dans les petites (18%), il est particulièrement fréquent dans les secteurs de l'information et de la communication (63% des salariés), ainsi que dans les activités financières et d'assurance (55%), secteurs dans lesquels il était déjà nettement plus répandu avant la crise.

Dans ce contexte d’économie qui tourne au ralenti, les principales difficultés éprouvées par les entreprises relèvent avant tout de la gestion des questions sanitaires (62%), notamment dans les plus grandes d’entre elles,  suivies, de loin, par les préoccupations financières (34%) qui concernent les plus petites. Ce sont encore une fois dans les secteurs de l’hébergement et de la restauration (59%), de l’information et de la communication (47%) et ceux liés à l’énergie, l’eau, et la gestion des déchets (45%) que les difficultés financières sont les plus souvent citées. Les problèmes d'approvisionnement (28% des entreprises) touchent majoritairement l’industrie (équipements électriques, électroniques, informatiques et de machines 71%), la construction (70%) et la fabrication de matériels de transport (64%). 

 

(1)L'enquête Acemo spéciale Covid, réalisée par la Dares avec l’appui de l’Insee, a interrogé les entreprises de 10 salariés ou plus du secteur privé non agricole entre le 1er et le 10 avril 2020, sur leur situation et les conditions d’emploi de la main-d’œuvre à fin mars.

 

Risque d’exposition au Covid19 : de 4,7 à 7,8 millions de salariés en présentiel concernés

Les informations fournies par les enquêtes Sumer 2017 et Conditions de travail 2013 permettent de répartir en quatre catégories les salariés plus ou moins exposés au risque du Covid-19. Pour chaque salarié enquêté, ces enquêtes déterminent s’il est en contact direct avec le public, s’il travaille de façon étroite au sein d’une équipe ou est exposé en temps ordinaire à un risque infectieux.

Ainsi, pour environ 30% des salariés (soit 7 millions), le télétravail est possible (en retenant les métiers où plus de 2% des salariés étaient en télétravail). 12% (2,8 millions) peuvent travailler en présentiel avec un faible risque d’exposition. Sont concernés les ouvriers agricoles, les ouvriers qualifiés travaillant par enlèvement de métal, les ouvriers non qualifiés de l’électricité-électronique ou du textile, ou encore les employés de maison.

 

Les agents publics exposés ponctuellement

Le  risque d’exposition en présentiel est ponctuel pour une population estimée entre 26% et 35% des salariés (de 6 à 8 millions). Figurent dans cette catégorie des métiers comme marins, ouvriers qualifiés et non qualifiés (bois, industries graphiques, industries de process, etc.), ouvriers non qualifiés du bâtiment (gros œuvre, second-œuvre) et des travaux publics, secrétaires, conducteurs de véhicules, catégories A, B et C de la fonction publique…

En revanche, le risque est fréquent pour 20% à 32% (4,7 à 7,6 millions) qui sont exposés à au moins deux des trois facteurs. Parmi les métiers les plus caractéristiques, figurent ceux d’aides-soignants, infirmiers, police-armée, vendeurs, caissiers et employés de libre-service, employés et agents de maîtrise de la restauration et de l’hôtellerie, aides à domicile et aides ménagères, professions paramédicales, professionnels de l’action sociale, agents d’entretien, assistantes maternelles, coiffeurs, ouvriers qualifiés du BTP. En 2017, 19% des salariés qui seraient les plus exposés au Covid19 disposaient d’un masque.

 

 

 

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