Sports - David Douillet contre les aides au football professionnel mais pour des équipements structurants

Lors de ses voeux, David Douillet, après seulement quatre mois passés à la tête du ministère des Sports, s'est notamment exprimé sur le financement des arénas et sur les priorités en matière d'équipements de proximité.

Après seulement quatre mois passés à la tête du ministère des Sports et à moins de cent jours d'élections nationales, l'exercice des voeux, ce jeudi 26 janvier, s'annonçait périlleux pour David Douillet. Entre un bilan dont il ne porte pas toute la responsabilité et des perspectives d'avenir forcément soumises aux résultats des prochains scrutins, le ministre a finalement fait preuve de souplesse pour enfiler le premier et se projeter dans les secondes.
Le bilan qu'il a endossé fut celui du quinquennat tout entier. Et si le nom du président de la République est revenu souvent dans la bouche de David Douillet, ce dernier n'a en revanche pas cité une fois – en plus d'une heure de discours – les noms de ses prédécesseurs. Le ministre est même revenu plus loin que 2007, en rappelant que le budget des Sports avait crû de 58% depuis 2002. "Je dois faire des jaloux au sein du gouvernement. C'est une protection voulue par le président de la République et le Premier ministre", a-t-il commenté, sans préciser que la dernière loi de finances n'avait, elle, rien donné de plus à son budget (lire ci-contre notre article du 24 novembre 2011). Puis avec lyrisme, il a fait allusion à la crise économique actuelle en soulignant que le sport était "un rocher sur lequel la population pouvait s'appuyer dans la tempête". Dans le paysage sportif, David Douillet ne voit en revanche pas d'orage, mais des zones désertiques : "On a encore beaucoup de travail à faire en termes de structuration et d'équipements."

Le football professionnel sévèrement taclé

Sur les grands équipements, il a précisé qu'il y avait "une vraie pertinence à ce que notre territoire accueille des arénas", et ce malgré les difficultés inhérentes aux coûts mais aussi aux difficultés économiques à faire vivre de telles salles. En revanche, le ministre a taclé avec sévérité le monde du football. "Pourquoi l'Etat doit-il financer les stades de l'Euro 2016 [à hauteur de 168 millions d''euros, NDLR] ?", s'est-il interrogé. "A l'avenir, il faudra que certains milieux prennent de la maturité. Le football perçoit des droits télés très élevés. L'Etat n'aurait pas dû avoir à financer la rénovation et la construction des stades. Le football doit investir dans son outil de travail. Dans l'avenir, il serait bon qu'il réserve une part de ses ressources à cela. L'Etat et les collectivités locales ne peuvent pas tout."
Pour les équipements de proximité en faveur du développement de la pratique du plus grand nombre, le ministre a répété que les zones prioritaires étaient la Seine-Saint-Denis, et plus généralement l'Ile-de-France - région la moins bien équipée eu égard au nombre d'habitants -, mais aussi les territoires ruraux. Mais là où l'on pouvait attendre l'annonce d'un effort budgétaire supplémentaire, David Douillet a parlé d'"optimisation des gymnases et piscines 'froides'" – comprenez mal exploités. "Il faut mettre de l'huile dans les rouages pour pouvoir réserver les moyens financiers là où on en a besoin", a-t-il expliqué. Le schéma de cohérence territorial annoncé au mois de novembre (lire ci-contre notre article du 5 décembre 2011) devrait à cet égard présenter sa feuille de route au printemps. Soulignant qu'il n'y avait pas eu beaucoup de progrès en trente ans dans les territoires ruraux en termes d'infrastructures sportives, David Douillet a martelé qu'il souhaitait lutter contre "l'inégalité territoriale" et mettre les équipements à moins de 45 minutes des populations. Toute nouvelle construction n'est toutefois pas écartée. "En 2012, des enfants de 6e ne savent pas nager. Or aujourd'hui, on peut faire une piscine pour deux millions d'euros avec des frais de fonctionnement annuels de 150.000 euros. Pourquoi ne le fait-on pas ?" Il a encore fait la promotion de structures légères, amovibles. "C'est peut-être l'avenir de notre maillage d'infrastructures…"

"Il y avait urgence à adopter la PPL sur l'éthique dans le sport"

David Douillet est également revenu sur deux sujets d'actualité pour les politiques sportives. D'abord l'installation de la Conférence nationale du sport (lire ci-contre notre article du 16 janvier 2012), qui a déjà, selon lui, "montré toute sa pertinence en rassemblant les quatre grands partenaires du sport français". Ensuite le vote de la loi sur l'éthique dans le sport (lire ci-contre notre article du 20 janvier 2012) et son adoption conforme qui a suscité bien des frustrations, tant dans la majorité que dans l'opposition. "Arrivant en fin de législature, le vote de cette proposition de loi a été compliqué car il fallait la mettre à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale. Le mouvement sportif attendait ce texte et on ne pouvait pas envisager une nouvelle navette avec le Sénat en acceptant des amendements. Je suis allé voir le Premier ministre pour lui exposer l'urgence. Et alors qu'il n'y avait pas de place dans l'ordre du jour, il a réussi à en dégager", s'est félicité le ministre des Sports.
A propos d'éthique dans le sport, David Douillet a confié son inquiétude face aux dispositions françaises régissant les sites de paris en ligne. Les premières mesures sur le secteur montrent en effet que le nombre de parieurs sur les sites français légaux est inférieur à ce qui était escompté.  "Il faudra revenir dessus pour éviter que les parieurs s'orientent vers des sites implantés à l'étranger, parfois illégaux", a-t-il expliqué. En jeu : l'équilibre du budget du Centre national pour le développement du sport (CNDS), sachant que 31 millions d'euros issus des paris en dur et en ligne sont prévus dans ses recettes en 2012.
Parmi les autres chantiers évoqués par le ministre des Sports : le développement du bénévolat dans les associations, pour lequel David Douillet s'active. Outre son plan visant à former mille jeunes dirigeants (lire ci-contre notre article du 8 décembre 2011), il a indiqué avoir réalisé 43 rencontres sur le sujet. D'autres pourraient suivre. Tout comme pourrait être soutenue la concertation avec le monde économique qui a pris un nouvel élan avec l'installation récente d'un cercle ad hoc pour encourager la pratique sportive des salariés, accompagner les sportifs de haut niveau en entreprise ou soutenir les grands événements. Le Grand Paris et la nécessité d'inclure le sport dans tout projet de rénovation urbaine ont encore été commentés par David Douillet lors de vœux qui ont pris des allures de décathlon, tant les sujets étaient nombreux, mais aussi de sprint… dans une année qui pourrait se réduire, pour l'action de l'actuel ministre des Sports, à trois mois seulement.

 

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