Industrie - De l'urgence à la "reconquête" industrielle, l'automne sera chargé

Après les premières mesures d'urgence déployées en deux mois, le redressement productif passera par le "grand pacte national pour la croissance, la compétitivité et l'emploi" annoncé pour l'automne.

"Redressement productif" : l’apparition de cet ovni dans le nouveau gouvernement aura fait couler beaucoup d’encre en deux mois. C’est que la tâche s’annonce particulièrement difficile. D’emblée, de gros dossiers se sont amoncelés sur la table d’Arnaud Montebourg : Doux, PSA, Arcelor-Mittal, Fralib, Petroplus… Dès son arrivée, la CGT évaluait à 75.000 les emplois menacés par les plans sociaux dans l’industrie.
Sans conteste, le ministre aura été l’un des plus en vue ces dernières semaines. Il s’est doté d’une armée de 22 commissaires au redressement productif venant compléter en région le rôle du Ciri (comité interministériel de restructuration industrielle), s’est rendu dans plusieurs usines menacées, a apostrophé des dirigeants pour leur manque de patriotisme économique, et a déjà mis sur les rails une série de plans… De quoi contredire la porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem qui, à l’issue du séminaire gouvernemental du 1er août, a déclaré : "Se donner du temps, c’est gagner du temps."
"Donner du temps au temps", oui, sauf que "la maison brûle" pour paraphraser un autre président. L’automobile est particulièrement déprimée : sur les sept premiers mois de l’année, les immatriculations ont chuté de 13,5% en France.

De l'Etat pompier à l'Etat stratège

Dans l’urgence, le ministre a présenté le 25 juillet un plan de soutien à la filière, plus précisément aux véhicules propres, comme le suggérait l’Association des collectivités sites d’industrie automobile (Acsia), en juin dernier. Les collectivités vont devoir y contribuer à double titre : par l’installation d’infrastructures de recharge électrique et par l’achat de véhicules pour leurs propres flottes. A terme, le gouvernement a annoncé que tous les véhicules à usage urbain, hors services d’urgence, devraient être électriques…
Le dossier PSA, avec 8.000 suppressions annoncées par le constructeur le 12 juillet, est traité à part. Mandaté pour effectuer un diagnostic de la situation du groupe PSA Peugeot-Citroën, Emmanuel Sartorius, ingénieur général des Mines, remettra un rapport le 11 septembre, au lieu du 31 juillet comme prévu initialement. "Ce diagnostic sera un élément important porté à la discussion entre les organisations syndicales, les représentants de la direction de PSA et les élus locaux", indique le ministère du Redressement productif.
A côté de l’Etat pompier, l'Etat stratège et les mesures de long terme : compétitivité, coût du travail, dialogue social... Là, les attentes des entreprises sont très fortes. Fin juin, Arnaud Montebourg et la ministre déléguée aux PME, Fleur Pellerin avaient annoncé un plan PME pour "l'automne 2012". Celui-ci s'est mué en "grand pacte national pour la croissance, la compétitivité et l'emploi" au tournant de la conférence nationale de l’industrie du 11 juillet, présidée par le Premier ministre. Bref, on est toujours dans la logique du "pacte productif" de la campagne de François Hollande. Pour le mener à bien, le gouvernement s’est adressé à Louis Gallois, commissaire général à l'Investissement. L’ancien patron d’EADS rendra des conclusions à la mi-octobre. Une conférence "grand format" devrait ponctuer ses travaux. Au menu : la compétitivité, le financement des entreprises, la maîtrise des ressources énergétiques, la promotion du "made in France"...
Sévère avec les anciens commissaires à la Réindustrialisation tombés en désuétude et remplacés au pied levé par les commissaires au Redressement productif, Arnaud Montebourg n’a pas hésité à reconnaître les bienfaits de certains dispositifs mis en place par ses prédécesseurs. Il a ainsi salué le travail du commissaire à la Sous-Traitance Jean-Claude Volot sur les relations entre grands groupes et PME, axe qui devrait occuper une place importante dans ce pacte. Par ailleurs, il n’entend pas renoncer aux pôles de compétitivité initiés en 2005 et dont la dernière évaluation recommande de poursuivre dans cette voie.

Protectionnisme

En matière de financement des entreprises, la grande nouveauté tient à la création de la banque publique d'investissement (BPI). Arnaud Montebourg défend l’idée d’une régionalisation de la BPI, mais le chantier est surtout piloté par le ministre de l’Economie, Pierre Moscovici. Quoi qu’il en soit, la banque sera portée sur les fonts baptismaux plus vite que prévue. D’abord annoncé pour début 2013, un projet de loi sera prêt à la mi-octobre, a assuré le gouvernement à l’issue du séminaire du 1er août. L’Association des régions de France (ARF) recevra Pierre Moscovici début septembre pour affiner avec lui certains points. Car dans son rapport remis à Pierre Moscovici, le 31 juillet, la mission de préfiguration de la BPI s’est montrée assez prudente sur l’implication des régions. 
Mais le bel édifice de la "reconquête industrielle" promise par Arnaud Montebourg repose en grande partie sur l'Europe. Une Europe dont il a dénoncé la "naïveté" au moment de négocier l'accord de libre échange avec la Corée du Sud entré en vigueur l'an dernier. A son initiative, la France a transmis le 3 août à la Commission européenne une demande de mise sous surveillance des importations de voitures coréennes qui ont explosé depuis le début de l'année. Seulement, le chantre de la démondialisation a beau dire que le protectionnisme n'est pas un gros mot, il n'est pas sûr qu'il soit entendu jusqu'à Bruxelles. L'Union européenne vient justement d'engager des négociations pour un accord de libre échange avec le Japon, annoncé comme l'un des plus gros de ce type...

 

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