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Distributeurs de billets : la France bénéficie (encore) "d'une très bonne accessibilité aux espèces"

La France métropolitaine a perdu 3.000 distributeurs de billets en trois ans, mais avec 53.000 automates et 23.000 points de distribution (chez des commerçants ou autres), elle reste un des pays les plus accessibles, constate un rapport de la Banque de France. Toutefois, le contexte est "fortement évolutif" et nécessite "une attention particulière au cours des années à venir".

C’était un rapport très attendu depuis que le Sénat avait alerté fin 2018 sur le problème de "désertification bancaire des territoires ruraux". La Banque de France devait remettre un état des lieux précis de la situation. Et ses conclusions divergent sensiblement de celles de la Haute Assemblée qui, dans une proposition de loi, cherchait les moyens de freiner les fermetures de guichets et de distributeurs de billets (voir ci-dessous notre article du 29 novembre 2019). La France métropolitaine a "une très bonne accessibilité aux espèces", juge ainsi l’institution dans son état des lieux, "grâce à un réseau de près de 53.000 distributeurs automatiques de billets et de plus de 23.000 points de distribution d’espèces, par exemple chez des commerçants ou des débitants de tabac".

Ce qui fait dire au ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, dans un communiqué, que "l'accès aux espèces et l'implantation des distributeurs de billets demeurent très satisfaisants dans notre pays". "C’est une priorité pour le gouvernement", assure-t-il, totalement à rebours d’un rapport du comité Action publique 2022 qui, en juin 2018, faisait la promotion d’une "société zéro cash", afin de mieux lutter contre la fraude. "Parmi l’ensemble des moyens de paiement, les espèces continuent à jouer un rôle important dans notre vie quotidienne", insiste François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, dans le même communiqué.

Quatre intercommunalités totalement dépourvues

98,9% de la population réside ainsi à moins de quinze minutes en voiture d’un DAB (distributeur automatique de billets), d’après le rapport préparé conjointement par la Banque de France, la direction générale du Trésor, les établissements de crédit et les sociétés de transport de fonds. La moyenne est de huit minutes. Seulement 0,1% de la population est à plus de quinze minutes en voiture d’un point d’accès, DAB ou point d’accès privatif tel que les relais commerçants, les points Nickel de BNP Paribas, les points verts du Crédit agricole, les points relais du Crédit mutuel, ainsi que les différents points de contact de La Banque postale. Ce qui représentent 600.000 personnes âgées de 15 ans et plus. En abaissant le curseur à dix minutes, on monte à 3,6 millions de personnes éloignées d’un point d’accès. Seulement, en affinant la cartographie, il apparaît que 175 communes représentant 20.508 habitants de 15 ans et plus sont particulièrement isolées avec un temps en voiture de 30 à 61 minutes de la commune équipée la plus proche.

La Banque de France a aussi voulu voir si les intercommunalités pouvaient jouer leur rôle d’équilibre ; elle relève en outre que le morcellement communal peut fausser les comparaisons avec d’autres pays, sachant que la France La France "possède le troisième parc en nombre de distributeurs de billets, derrière le Royaume-Uni et l’Allemagne". Il apparaît que quatre intercommunalités sur les 1.245 ne dispose d’aucun DAB. Il s’agit des communautés des communes du Canton d'Oulchy-le-Château (Aisne), du Pays de Sanon (Meurthe), des Côtes de Meuse Woëvre (Meuse) et d’Entre Aire et Meuse-Triaucourt-Vaubécourt (Meuse). Mais elles comptent au moins un accès privatif.

Contexte fortement évolutif

Ce qui avait alerté les sénateurs, c’était le nombre important de fermetures depuis 2015 : 2.000 en deux ans, dans un contexte de fermetures de nombreuses agences. Ce que ne dément pas le rapport. Ainsi, en trois ans, le nombre de distributeurs de billets a diminué de 5,3% en métropole, passant de 55.629 automates à fin 2015 à 52.697 automates à fin 2018. Soit presque 3.000 de moins. Un phénomène qui a plus largement touché les villes de plus de 10.000 habitants, plutôt bien équipée et qui correspond donc à un effort de "rationalisation", avec par exemple des regroupements d'agences. Dans les communes de moins de 10.000 habitants, la baisse s’établit à 2,8% en moyenne. Cependant l’impact en termes d’aménagement du territoire est plus important pour les petites communes qui ont souvent perdu le seul DAB dont elles disposaient. "La commune-type ayant perdu le ou les distributeurs présents sur son territoire entre 2015 et 2018 est une commune de moins de 5.000 habitants", note le rapport. D’ailleurs, les communes de moins de 2.000 habitants représentent 97% des 28.664 communes métropolitaines non équipées d’un distributeur. Les deux tiers des personnes résidant dans une commune sans distributeur vivent dans une commune rurale. Or dans les petites communes, le maintien de l’unique distributeur s’apparente souvent à un bras de fer avec la banque, comme l’avait fait remarquer le sénateur de la Nièvre et président des Nouvelles Ruralités, Patrice Joly, lors des discussions au Sénat. "Le contexte fortement évolutif des usages des moyens de paiement requiert toutefois une attention particulière au cours des années à venir, afin de garantir à tous l’accessibilité aux espèces", souligne le rapport. Mais la situation n'est pas irréversible. Ainsi depuis 2015, 191 communes (pour un total de 287.000 habitants) ont perdu tous leurs distributeurs, mais dans le même temps, 131 communes qui ne disposaient d'aucun automate ont été équipées.

Bruno Le Maire estime pour sa part que "la diversification des moyens de paiement et le développement des paiements électroniques constituent également une opportunité pour améliorer et diversifier les services offerts à nos concitoyens et à nos entreprises". Parmi ces nouveaux moyens figurent le "cash back" (qui consiste à payer à un commerçant plus que la somme due pour se faire restituer le solde en espèces), qui n’est autorisé que depuis un décret du 24 décembre 2018. Il n’a donc pu être pris en compte dans le rapport.

 

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