Eclairage public et confinement : couper n'est pas jouer

Le maintien de l’éclairage nocturne des espaces publics extérieurs interroge en cette période de confinement et d’interdiction de circulations et rassemblements. L’Association française de l’éclairage (AFE) remet au clair cet enjeu dans une note publiée le 20 avril.

Si le confinement réduit drastiquement les usages nocturnes, faut-il pour autant penser que l’extinction des lumie?res la nuit nuirait peu, tout en générant des e?conomies significatives ? Pour l’association française de l’éclairage (AFE), qui vient de publier une note sur le sujet ce 20 avril, le raccourci n’est pas si simple car d’autres paramètres entrent en ligne de compte.

Economiser, un objectif à large portée

Sa publication intervient après l’interpellation par l'Association nationale pour la protection du ciel et de l'environnement nocturne (ANPCEN) sur le sujet de la réduction de l’éclairage nocturne (voir notre article du 15 avril 2020). Pour cette association, la crise que nous traversons est l’occasion d’interroger nos pratiques. Une vision que le club me?tropoles et collectivite?s de l’AFE partage mais qu’elle approfondit en rappelant que l’extinction de l’e?clairage public ne peut se fonder que sur des critères d’économie. "Il serait contre-productif de négliger les aspects énergétiques et techniques", confie Roger Couillet, co-animateur du groupe de travail dédié à l’AFE et responsable de l’éclairage public à Douai (Nord).

Lumière sur le compromis à trouver

En guise de rappel de circonstance, l’AFE souligne que "la ville nocturne n’est pas si vide que cela et que des professionnels utilisent encore l’espace public la nuit pour se rendre sur leur lieu de travail ou se déplacer (personnel médical, logistique, forces de sécurité, transports en commun)". L’association invite à prendre en compte le cas des sans-abris pour qui "l’extinction de l’éclairage public serait une source de vulnérabilité supplémentaire". S’il revient au maire d’user de son pouvoir de police pour trancher par voie d’arrêté sur l’utilité ou non d’éclairer les espaces publics et privés ouverts à la circulation publique dont il a la gestion, notamment les parcs et jardins, il doit au préalable concerter ses usagers, leur signaler tout changement "pour qu’ils ne soient pas surpris et ne se mettent pas en danger". Et aussi, avant d’appuyer sur le bouton, réaliser un état des lieux et une "analyse pertinente, objective des besoins". C’est donc au maire et à son conseil municipal de "trouver le meilleur compromis à long terme entre la sécurité des déplacements, le confort des usagers, la protection de la vie nocturne et les contraintes économiques".

Eteindre temporairement : est-ce rentable ?

Sur le plan technique, l’AFE remet en perspective l’aspect réseau. Dans une ville, plusieurs armoires d’alimentation desservent chacune des dizaines de luminaires. Chaque armoire dispose d’un contrat de fourniture d’électricité. L’association fait ses calculs et observe qu’à raison d’un éclairage allumé dix heures par nuit au printemps et d’un coût moyen de l’électricité (hors abonnement) consommée de l’ordre de cinq euros par nuit (fourchette haute) par armoire d’alimentation, le coût par heure d’allumage au mois d’avril revient à 0,5 euro.
Certains réseaux ont été conçus pour pouvoir modifier techniquement les installations présentes. Mais une majorité de celles-ci ne peuvent pas l'être. "Or, modifier la programmation ou ajouter une horloge astronomique programmable dans les armoires d’alimentation pour permettre une extinction temporaire présente un coût", prévient Roger Couillet. Estimé à 200 euros/armoire, "en prenant en compte la modification durant le confinement ainsi que celle permettant le retour à la normale", cet investissement minore le gain attendu dans le scénario qui est couramment proposé, à savoir éteindre de minuit à 6 h du matin comme le pratiquent certaines villes et métropoles (Grenoble, Nantes).

Douai, un exemple local

"Ces interventions exposeraient aussi des techniciens aux risques sanitaires en les faisant intervenir sur le terrain. En outre, le matériel d’éclairage est conc?u pour fonctionner en continu pendant des nuits entières. Doubler le nombre d’extinctions et d’allumages engendre un vieillissement prématuré de plusieurs composants et double les plages de surconsommation à froid", poursuit l’ingénieur de Douai.
Dans cette ville de 40.000 habitants, l’éclairage extérieur public représente 10.000 points lumineux, 170 armoires de commande en partie dotées d’horloges et une facture de 820.000 euros par an. En équipant son parc en LED, un gain énergétique au kilowattheure fourni par installation est obtenu : "Mieux vaut moderniser son parc que de procéder à des extinctions temporaires". La technologie LED offre des solutions d’éclairage adaptées aux besoins, dans l’espace et dans le temps. Douai s’efforce ainsi de mettre en oeuvre une trame sombre pour concilier l’éclairage, la protection de réservoirs de biodiversité (colonies de chauve-souris) autour de la rivière traversante, la Scarpe, et les usages humains. "Nous optimiserons les niveaux d’éclairement en fonction des piétons et cycles présents (détecteurs de présence) et ferons varier la couleur lumineuse, du jaune au blanc chaud, en fonction de la faune et flore présentes". Porté par la ville, ce projet a bien avancé mais attend désormais une demande de subvention Feder.
 

 

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