Élections régionales : les transports mobilisent peu les candidats, la sécurité s'impose

Déception pour TDIE : les candidats aux élections régionales ont été peu nombreux à répondre au questionnaire que le think tank spécialisé dans les transports leur avait adressé début mai sur leur programme en matière de mobilité. Un désintérêt que l'association juge en décalage avec le poids des transports dans le budget des régions, même si elle est consciente – tout en le déplorant – que le sujet ne mobilise guère les électeurs. Contrairement à la sécurité, objet de toutes les attentions, y compris dans les transports.

Les candidats aux élections régionales boudent-ils la thématique des transports, ou seulement le questionnaire que leur a adressé TDIE sur ce thème ? Toujours est-il que l'association a déploré ce jour que seuls 24 candidats se soient pliés à l'exercice, soit moitié moins que lors de la session de 2015 : 4 en Auvergne-Rhône-Alpes, 3 en Occitanie, et 2 pour chacune des autres régions, à l'exception de la région Sud (1 seule réponse) et de la région Centre, où aucun candidat n'a daigné répondre. On relèvera encore que seuls quatre sortants ont pris leur plume : Laurent Wauquiez (LR, région Auvergne-Rhône-Alpes), Jean Rottner (LR, Grand Est), Valérie Pécresse (Libre ! -LR, Ile-de-France) et Alain Rousset (PS, Nouvelle-Aquitaine). Un faible intérêt que TDIE juge "en décalage" avec "le poids des transports dans le budget des régions (première dépense en valeur, un quart des dépenses moyennes des régions)", même si Philippe Duron, co-président de TDIE, concède que les transports ne figurent pas parmi les premières préoccupations des électeurs, comme peut l'être la question de la sécurité.

Le thème de la sécurité s'impose aussi dans les transports

Signe des temps, TDIE retire des réponses reçues que "le thème de l'insécurité, qui n'est pas développé sur la base d'une compétence régionale, s'est pourtant largement immiscé dans les programmes transports des candidats, toutes tendances politiques confondues" (et pas seulement dans les programmes – voir notre article du 24 mars 2021). TDIE souligne que "certains candidats ont construit la quasi-intégralité de leur campagne transports sur ce sujet". Parmi les mesures envisagées, on retrouve la vidéosurveillance, l'expérimentation de la reconnaissance faciale ("principalement soutenue par des candidats de droite, elle est résolument critiquée par des candidats de gauche qui en remettent en cause la légalité"), la création d'applications de signalement des incivilités ou d'atteintes à la personne, la hausse des effectifs des services de sécurité, voire la création d'une force de police régionale des transports, proposition qui "trouve notamment sa légitimité dans l’ouverture à la concurrence, puisqu’elle permettrait d’éviter que chaque opérateur crée sa police", explique l'association.

Beaucoup de sujets sous les radars

Contre toute attente, cette "question de l'ouverture à la concurrence est peu développée malgré le fait que l’échéance de sa mise en œuvre ait lieu avant la fin du prochain mandat", constate TDIE. Relativement ignorés également, en dépit de leur acuité, les conséquences de la crise du Covid sur le financement des transports collectifs, "les exécutifs sortants sembl[a]nt plus sensibles à ce sujet" toutefois, non sans logique. Dominique Auverlot, chef du département développement durable au Commissariat général à la stratégie et à la prospective (services du Premier ministre) et membre du conseil scientifique de TDIE, relève ainsi que "l'écotaxe régionale", pourtant d'actualité avec le projet de loi Climat, reste un "tropisme Grand Est", seuls les candidats de cette région l'évoquant  – et tous souhaitant "la mettre en place sans toucher les opérateurs locaux". La question de "la gouvernance des mobilités", pourtant mise en avant par le questionnaire, n'a pas non plus mobilisé. Et si "les défis de la transition écologique ne font pas débat sur le fond", TDIE relève que le sujet de la décarbonation est principalement traité "sous la forme d'orientations générales", davantage pour "légitimer les orientations ou les propositions formulées en faveur du développement de l'offre de transport collectif" qu'objet d'objectifs chiffrés. Plusieurs candidats font toutefois part de leur intention de contribuer au développement des infrastructures de recharge électrique sur le réseau routier, de la nécessité de contribuer à la recherche et au développement de l'hydrogène décarboné, de mettre en place des dispositifs d'incitation et de soutien à la décarbonation des flottes de véhicules des opérateurs de transport public ou encore de poursuivre l'électrification du réseau ferroviaire.

Le rail et le vélo vent dans le dos

Le secteur ferroviaire a, lui, le vent en poupe. "On a gagné la bataille du rail", se félicite Louis Nègre, également co-président de TDIE, constatant que ce mode de transport est désormais "plébiscité". "Tous les candidats veulent développer le ferroviaire pour les voyageurs, et notamment en préservant, voire en les développant, les petites lignes", corrobore Dominique Auverlot, qui souligne en outre une volonté partagée d'améliorer le service "tant en qualité qu'en quantité". "La thématique du confort de l'usager s'impose de manière assez générale", relève TDIE, ce qui ne manquera pas de satisfaire la Fnaut, la FUB et l'UFC Que Choisir (voir notre article du 28 mai 2021).
Le vélo continue lui aussi d'avoir le vent dans le dos, la quasi-totalité des candidats mettant un accent particulier "sur la nécessité d’une contribution active des régions au développement de son usage". Pour ce faire, les candidats entendent user de "deux leviers principaux : une offre d'infrastructures (développement du réseau cyclable, pôles intermodaux et parkings-relais) et la possibilité d'emporter son vélo dans les trains et cars des services régionaux", ce qui là-encore satisfera les trois associations précitées.

Les transports, sujet désormais consensuel ?

"Éternel optimiste", Louis Nègre tire en conclusion de cet exercice un enseignement positif : "Les transports, notamment collectifs, ne sont désormais plus un enjeu structurant, voire discriminant de la politique", tous les candidats soulignant la nécessité de poursuivre les efforts conduits en la matière. "Les candidats ne remettent pas en cause les grandes orientations suivies en matière de transports depuis 20 ans", lui fait en quelque sorte écho Philippe Duron. Il reste toutefois quelques pierres d'achoppement, comme certains grands projets d'infrastructures. Ainsi, par exemple, du projet Lyon-Turin, de la LGV Bordeaux-Toulouse ou de certains éléments du Grand Paris Express. Ou encore l'aérien, aux allures de boîte de Pandore, que d'aucuns ont pris grand soin de ne pas ouvrir…

 

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