Entre aide sociale et appui à l’insertion, les missions locales face à la diversité des besoins des jeunes

Sept missions locales du Val-d’Oise, en Île-de-France, ont conduit une étude dressant une typologie des jeunes fréquentant ou susceptibles de fréquenter leurs structures. En ressort une diversité très nette des profils, qui appelle les missions locales à décliner une offre de services au cas par cas.

Il y a les "pressés", les "angoissés", mais aussi les "préparés" et les "accompagnés" : ces quatre profils de jeunes ont été identifiés par le cabinet Asdo, auteur d’une étude restituée début novembre qui a exploré les attentes des jeunes et les évolutions à apporter au métier de conseiller en mission locale. L’enquête en Île-de-France mais aussi à Lille et à Rennes va alimenter l’évolution de l’offre de services de sept missions locales du Val-d’Oise. Touchées par une moindre fréquentation des moins de 25 ans, ces structures sont en recherche de solutions pour se rendre plus attractives auprès des jeunes.

Si cette remise en question précède la pandémie, elle gagne en actualité à l’heure de la crise sanitaire et économique. Les missions locales seront à la manœuvre pour accompagner les jeunes. Le plan de relance du gouvernement vise à augmenter de 23% les entrées en Pacea (parcours contractualisés vers l’emploi et l’autonomie) et de 50% les places en garantie jeunes. "On a un besoin massif des missions locales dans la période actuelle", a insisté la ministre du Travail, Élisabeth Borne, lors de son audition auprès de la commission des finances de l’Assemblée nationale, mercredi 28 octobre dernier. "Il faut s’assurer qu’elles aient les moyens", a-t-elle ajouté, indiquant être "à l’écoute" en cas d’alerte. Les missions locales ont un agenda d’autant plus chargé que l’obligation de formation des 16-18 ans, qui s’applique à partir de cette année, leur impose d’augmenter leurs efforts en direction des mineurs décrocheurs (voir notre article).

Un accompagnement social nécessaire

Reste ensuite à répondre aux besoins de jeunes dont les profils, situations et attentes divergent. "La clarté des attentes et la capacité à se mobiliser sont les deux grandes dimensions structurantes pour comprendre les attentes des jeunes et leur vécu", explique Anaïs Dubreucq Le Bouffant, cheffe de projet au cabinet Asdo. Sans attente précise, les "angoissés" voient leur envie de s’insérer freinée par des difficultés psychologiques et leur rejet du cadre scolaire ; également en difficulté sociale, les "accompagnés" viennent sur recommandation d’autres institutions (Pôle emploi, mairie, éducateurs spécialisés...).

Face à ces profils, les conseillers sont ainsi amenés à s’éloigner de leur mission d’insertion professionnelle pour se concentrer sur la levée de divers freins périphériques à l’emploi (logement, santé, mobilité…). Si cette pratique relevant de l’accompagnement global est revenue en force ces dernières années, "elle s’est réduite", estime Christian Laubressac, directeur associé d’Asdo études. La légitimité des conseillers à intervenir sur ce champ est aussi remise en question par les pratiques de "co-accompagnement" qui associent les missions locales à des partenaires spécialisés sur ces thématiques. C’est le cas sur les missions de repérage des "invisibles", où interviennent des équipes de prévention spécialisée.

Des faiblesses sur l’apprentissage

Les deux autres profils attendent en revanche des solutions plus concrètes : les "préparés" ont déjà un projet professionnel en tête qu’ils souhaitent concrétiser avec l’appui des conseillers ; tandis que les "pressés" sont en attente de solutions immédiates, privilégiant les petits boulots aux formations.

Cependant, les capacités des missions locales à répondre à ces besoins sont inégales d’un territoire à l’autre. Alors que le gouvernement veut préserver au maximum l’apprentissage face à la crise sanitaire et économique, Christian Laubressac souligne la faiblesse des réseaux des missions locales sur ce point, pourtant très attendu des jeunes. "Il y a eu historiquement des moyens mutualisés ou des postes financés par les régions pour développer ce réseau mais on voit que les missions locales et les conseillers peuvent être démunis", poursuit le directeur associé.

Mutualisation

Pour mieux agir sur tous les tableaux, les missions locales sont appelées aux rapprochements. Sur le front de l’aide à la recherche d’emploi ou de formation, "certaines missions locales sont très outillées, ce qui les rend réactives face aux évolutions du marché du travail et les besoins locaux avec des postes spécialisés, des référents d’entreprise, une prospection ciblée, des services aux entreprises pour l’aide au recrutement. C’est d’autant plus vrai, quand les missions locales font partie d’un réseau plus intégré des maisons de l’emploi par exemple ou lorsqu’elles ont des conseillers Plie", remarque Christian Laubressac. Il cite le cas du réseau des missions locales du bassin d’emploi de Rennes et la maison de l’emploi de l’insertion et de la formation professionnelle de la vie, qui ont fusionné pour créer "We Ker". Très implantées, ces missions locales ont aussi développé des services spécialisés pour répondre aux différents profils (migrants, jeunes SDF, jeunes handicapés…) et besoins (gestion du budget, santé mentale, illettrisme…).

De leur côté, les missions locales de Normandie ont décidé d’entreprendre la "révolution culturelle" de la mutualisation, reconnaît Sylvie Saintemarie. Un sujet difficile, associé à des fusions douloureuses ou une perte d’autonomie que la directrice de l’association régionale des missions locales Normandie veut déminer : "Il faut déconstruire tous ces a priori pour essayer d’être dans un vrai partage qui apporte une vraie plus-value au réseau." Une étude leur a permis de déterminer les postes de dépenses à mutualiser (achats, postes en RH, comptabilité, communication…) dans l’optique de réallouer ces ressources.

 

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