Sports - Equipements sportifs : les communautés de communes rurales ont la parole

Le ministère des Sports vient de rendre publique l'intégralité de son étude sur l'offre d'équipements sportifs dans les territoires ruraux. Intérêt de ce travail : une approche qualitative qui permet aux élus et représentants du mouvement associatif de cinq EPCI ruraux de mettre en avant leurs forces et leurs faiblesses.

Après en avoir dévoilé les premiers grands enseignements à l'occasion du dernier Salon des maires (voir ci-contre notre article du 25 novembre 2011), le ministère des Sports vient de rendre publique l'intégralité de son étude sur l'offre d'équipements sportifs dans les territoires ruraux. Au-delà des aspects quantitatifs provenant de l'exploitation des données du recensement des équipements sportifs - qui a permis de décrire l'offre en équipements sportifs, leur qualité, leurs usages, leurs conditions d'accès -, le document de 92 pages (voir lien ci-contre) se révèle particulièrement instructif pour son approche qualitative. A travers des entretiens effectués auprès d'élus et de représentants du mouvement associatif dans cinq communautés de communes (CC) rurales aux profils différents*, l'objectif était d'appréhender les dynamiques et freins des territoires ruraux au regard de leurs équipements sportifs. Leurs témoignages sont présents tout au long des quatre parties de l'étude : la première, consacrée à la présentation du contexte des équipements sportifs dans le monde rural ; la deuxième, qui aborde l'état des lieux à travers une analyse de la quantité, de la qualité, de la diversité et de l'usage des équipements sportifs ruraux ; la troisième, qui examine la question des temps d'accès aux équipements sportifs en milieu rural ; et la quatrième, qui porte sur une analyse territoriale poussée.

Une offre élargie pour maintenir la population

Si l'étude juge que "le milieu rural n'apparaît pas comme un désert sportif", elle pointe néanmoins que "le milieu urbain est mieux doté en équipements sportifs" et que "les communes urbaines proposent des types d'équipements spécifiques qui sont peu présents en milieu rural". La situation dans la CC Brenne-Val-de-Creuse illustre cet avis. "De manière générale, toutes les communes ont un terrain de football, des terrains stabilisés, des salles polyvalentes, des terrains de tennis mais cette offre reste somme toute basique", fait-on savoir dans ce territoire qui dispose de 160 équipements sportifs pour 19 communes, toutes dotées d'au moins un équipement. Et pour avoir accès à des équipements plus spécifiques (piscine, stade d'athlétisme, salle de judo…), il faut se rendre au bourg-centre. A la CC du pays de la Châtaigneraie, les équipements structurants sont également concentrés dans la commune-centre. A la CC de Ventadour, en revanche, ce sont trois communes qui concentrent les équipements.
Malgré ces concentrations d'équipements, l'offre s'est toutefois élargie. "Il y a 50 ans on ne pratiquait quasiment que le foot, aujourd'hui on a le choix", note-t-on à la CC du Pays de Luchon. Sans oublier qu'"en milieu rural, les activités de sports de nature viennent très largement compléter cette offre". Même satisfaction du côté de la CC de Ventadour qui recense aujourd'hui une centaine d'activités culturelles ou sportives sur son territoire. Un moyen pour son président de "maintenir la population sur place".

L'accessibilité en question

En affirmant que "la répartition des équipements sportifs dans l'espace rural est fortement inégale : un tiers des communes rurales est dépourvu d'équipements et les équipements spécialisés sont localisés principalement dans les bourgs centres", l'étude pointe un point noir important : celui de l'accès aux équipements. "La desserte en transports en commun des équipements sportifs dans l'espace rural est faible. L'accès en transports en commun aux bassins de natation, courts de tennis, salles multisports, salles spécialisées et non spécialisées et aux terrains de grands jeux n'est que de 15,8%", précise-t-elle.
Les communautés de communes ont conscience de ce handicap et y apportent des solutions : la CC de Ventadour prête un minibus aux associations pour les déplacements à l'extérieur de la commune, les associations ne finançant que le carburant. A la CC du pays de la Châtaigneraie, en l'absence de transport en commun, la population pratique depuis longtemps le covoiturage pour aller aux activités sportives et pour transporter les joueurs lors des compétitions du week-end. De plus, les clubs du territoire préfèrent faire appel aux parents pour transporter les joueurs et ainsi les impliquer dans la vie du club. A la CC de Luchon, en revanche, le ramassage en minibus organisé les mercredis pour permettre aux enfants d'accéder aux structures sportives a été rapidement supprimé car les enfants étaient majoritairement déposés par leurs parents.

Des approches intercommunales diverses… à conforter

Autre aspect intéressant, bien que ne relevant pas uniquement de la problématique des équipements : les modes d'intervention intercommunale. En matière de sport, les CC peuvent opter pour la compétence "construction, aménagement, entretien et gestion d'équipements culturels et sportifs" et/ou pour la compétence "animation sportive". Mais sur ce dernier aspect, l'étude note que "certains EPCI craignent que cette compétence se révèle coûteuse ou que les communes rechignent à s'en dessaisir".
Dans la CC du pays de la Châtaigneraie, l'EPCI privilégie le développement de la pratique du sport des jeunes en ne subventionnant que les clubs ayant une section "jeunes", soit 26 des 37 associations sportives du territoire. Un employé à tiers temps est par ailleurs affecté au sport. Il prépare les dossiers pour les élus et sert de relais entre les associations et l'EPCI. Dans la CC Brenne-Val-de-Creuse, c'est la compétence "éducation" qui permet à la collectivité d'équiper les écoles primaires en installations sportives. Autre approche dans la CC de Ventadour, avec une intervention relevant de la compétence sociale à travers l'action des centres de loisirs sans hébergement (CLSH). Présents sur quatre sites du territoire, ces centres "jouent un rôle prépondérant dans la pratique sportive des enfants" : sortie piscine, VTT, découverte d'un sport…
Dans sa conclusion, l'étude relève que si "en milieu rural, la majorité des équipements sportifs est actuellement gérée par les communes […] qui construisent des équipements pour répondre, souvent au cas par cas aux attentes et demandes de leur population [,] cette approche communale ne permet pas d'appréhender dans sa globalité l'offre en équipements sportifs à l'échelle d'un bassin de vie". "Pour la réalisation d'équipements structurants nécessitant des investissements financiers conséquents, les collectivités peuvent mener des actions à l'échelle intercommunale", précise l'étude, selon laquelle "la complémentarité entre les EPCI et les communes est en cours" mais reste "à conforter".

Jean Damien Lesay

* Communauté de communes du pays de la Châtaigneraie (Vendée), située à proximité d'une zone urbaine ; communauté de communes Brenne-Val-de-Creuse (Indre), située dans un parc naturel régional ; communauté de communes de Ventadour (Corrèze), située en zone de revitalisation rurale et en territoire de montagne ; communauté de communes du Pays de Luchon (Haute-Garonne), située en territoire de montagne et en zone touristique ; communauté de communes Marne-Rognon (Haute-Marne), située en zone de revitalisation rurale.

 

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