Nantes métropole : une zone libre d’art et de culture pour inventer la ville de demain (44)

En développant une cité éphémère, Transfert, sur un espace en friche voué à un aménagement urbain, Nantes métropole offre une –grande– place aux arts et à la culture dans la fabrique de la ville. Bilan, à l’issue de quatre années d’expérimentation.

Zone libre d’art et de culture habitée d’architectures fantasques, Transfert est un projet d’urbanisme culturel expérimental : créations artistiques, moments conviviaux, réflexion partagée et fabrication collective viennent questionner les capacités de la culture à inventer la ville de demain. L’aventure Transfert a vu le jour en 2018, sur un espace en friche de près de 15 hectares, à Rezé, commune de 39 649 habitants, située au sud de l’île de Nantes. Là, le nouveau quartier Pirmil – Les Isles, prévoit à l’horizon 2040 quelque 3 300 logements. Dans l’attente de son aménagement, Nantes métropole s’est engagée, avec l’association Pick Up Production, dans un projet artistique et culturel expérimental de longue haleine.

Faire découvrir la création contemporaine

Depuis une trentaine d’années, Nantes expérimente une vigoureuse politique d’ouverture à l’art dans le domaine public. Les Allumées de Nantes, Royal de Luxe, les Machines de l’Ile et plus récemment le Voyage à Nantes, ont permis à des milliers de Nantais (et de touristes) de découvrir la création contemporaine sous toutes ses formes. « C’est parce que ces démarches ont bien pris avec les Nantais que nous souhaitions aller plus loin. Un des enjeux pour nous est de mettre en avant la promotion artistique et culturelle pour permettre à des artistes de créer, et d’accueillir des événements qui rassemblent, explique Fabrice Roussel, 1ervice-président de Nantes métropole, et par ailleurs maire de La-Chapelle-sur-Erdre, et président de Voyage à Nantes. À Rezé, nous voulions à la fois faire vivre le site pendant la transition, entre démolition et aménagement du nouveau quartier, mais aussi donner une vraie place à la culture dans la ville et les espaces publics existant, afin d’irriguer le quartier futur. »

Une étonnante cité éphémère surplombée de tours improbables et colorée d’œuvres et d’installations est ainsi née sur le site des anciens abattoirs de Rezé. Si le lieu est particulièrement festif lors des événements qui rassemblent des milliers de personnes, c’est aussi un espace de réflexion sur le long terme, voué à laisser des traces. Après quatre ans d’expérimentation, à l’heure où la phase 1 de l’aménagement du nouveau quartier va bientôt s’engager (les consultations sont en cours et le début des travaux est prévu pour 2024), se pose la question du legs que laissera l’aventure artistique Transfert.

Inventer une méthodologie

« Il s’agissait pour nous d’expérimenter la collaboration entre artistes, architectes et urbanistes pour créer une méthodologie, poursuit l’élu. Pick Up est une association avec laquelle nous travaillons depuis longtemps et elle était très intéressée par le projet. Nous lui avons confié pour mission de programmer des événements estivaux, de travailler en lien avec les écoles et les structures scolaires de Rezé, et d’assurer une offre d’accueil de compagnies, résidences d’artistes, etc. toute l’année. » À noter que les élus ont fait le choix de confier cette mission à Pick Up, une équipe connue et appréciée, qui a proposé un projet qui leur plaisait particulièrement, sans appel d’offres.

Un laboratoire de recherche sociologique et urbaine

Car l’équipe de Pick Up production s’investit bien au-delà de la programmation d’événements. Elle réfléchit et analyse autant qu’elle agit. Elle a ainsi créé un véritable laboratoire de recherche, conviant des chercheurs et des professionnels de l’aménagement à s’interroger sur ces démarches, pour aller plus loin que la simple occupation transitoire d’un site. Fanny Broyelle, directrice adjointe, responsable des projets et du laboratoire chez Pick Up Production, est aussi sociologue et chercheuse depuis plus de dix ans dans le domaine de l’art dans l’espace public. Elle insiste sur l’implication exemplaire de la collectivité « qui nous a donné au départ des objectifs très clairs, et qui nous finance exclusivement par des crédits Culture. »

Au départ, Pick Up a proposé un projet écrit sur la base d’un récit : imaginer une tribu de nomades pionniers découvrant un espace désert : en l’occurrence le périmètre de la Zone d’aménagement concertée (Zac), alors vaste espace nu et non viabilisé, au sol composé de béton concassé. Ils vont y créer une cité. « Cette fiction sert de process narratif : nos pionniers s’installent sur le site, s’adaptent aux éléments perturbateurs, et inventent quelque chose. » Ce scénario s’est déroulé avec un succès total, malgré l’élément très perturbateur qu’a été la crise du Covid…

Laisser des traces tangibles

Aujourd’hui si la question du legs n’est pas encore tout à fait tranchée, plusieurs héritages sont évoqués, par la collectivité, et par l’association. La première piste est de conserver des traces artistiques de Transfert dans l’espace public, et de faire don aux futurs habitants des œuvres réalisées pendant l’expérimentation. La seconde est d’inscrire une clause culture dans les contrats avec les promoteurs et les bailleurs du futur quartier, et/ou un budget pour prévoir des actions artistiques à terme. La troisième est de continuer à élaborer le projet urbain avec les habitants, au moyen de la concertation citoyenne. Enfin, et plus largement, il s’agit pour Nantes métropole d’analyser comment ce travail mené pendant cinq ans pourra infuser d’autres projets métropolitains, « sachant que nous n’avions jamais monté de projet d’une si grande ampleur, souligne l’élu. Comment rendre le travail plus fluide entre les acteurs de la culture et de l’urbanisme, notamment pour ce qui concerne la réglementation, la sécurité, etc. Il faut toujours améliorer ce type de démarche et analyser ce qui a bien fonctionné dans le projet Transfert. »

L’autre enjeu, c’est de réussir la fin du projet. Car ce projet « éphémère » qui a duré cinq ans devra un jour être démonté. Et même si des traces restent sur les murs et surtout dans les cœurs, il faudra un jour tourner la page. Pour continuer ailleurs…

 

Budget global projet Transfert : 15 M€

Coût du projet pour la collectivité Nantes Métropole : 8,60 M€ en cinq ans

dont : 2,40 M€ d’investissement pour la viabilisation et les bâtiments précaires

Budget assuré par des fonds propres + mécénat + recettes bar/restauration/privatisation.

Nantes Métropole

Nombre d'habitants :

672420

Nombre de communes :

24
2 cours du Champ de Mars
44 923 Nantes Cedex 9
contact@nantes-metropole.fr

Fabrice Roussel

Vice-président

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