Ségur-le-Château : un tiers lieu anime toute l’année le village de 200 habitants (19)
À Ségur-le-Château, village de Corrèze de 200 habitants, le tiers lieu « La Ruelle » a ouvert ses portes au public en juillet 2023. Avec un café-restaurant, un espace épicerie et un coworking, la commune a désormais un lieu de vie ouvert toute l’année.
© Julien Tuyeras
Pour pallier l’absence d’un lieu de services et de rencontre ouvert à l’année, des habitants de Ségur-le-Château ont créé un tiers lieu coopératif rural. Une forme originale de développement économique qui participe à animer le village toute l’année et crée du lien entre les habitants. Située au cœur du bocage corrézien, à la frontière de la Dordogne et de la Haute-Vienne, entre Brive-la-Gaillarde et Limoges, la cité médiévale bénéficie du label Plus beaux villages de France et attire des touristes et de nouveaux habitants. Le village connaît un dynamisme économique essentiellement saisonnier : des restaurants ouvrent pendant la saison estivale mais restent fermés l’hiver.
En 2018, le dernier commerce ouvert à l’année – une épicerie – ferme ses portes. Le local est vendu et devient une habitation. Trois associations locales se mobilisent. L’association Paysages Nourriciers, aidée d’un étudiant en service civique, lance une enquête auprès des habitants pour recueillir leurs envies. Dans la quarantaine de réponses reçues, le besoin d’avoir un lieu de vie et de convivialité ressort. Les associations se heurtent toutefois à l’absence de locaux disponibles et au manque de moyens financiers de la commune. En parallèle, les nouveaux propriétaires d’une maison d’habitation du XVe siècle souhaitent ouvrir leur jardin au public, avec l’envie de rendre la vue sur le château accessible à tous.
D’une maison d’habitation à un tiers lieu coopératif rural
Avec le soutien des associations et des habitants du village, les propriétaires s’orientent vers la transformation de leur bâtiment privé en un tiers lieu. « Nous souhaitions habiter dans un village qui reste vivant en basse saison, c’est pourquoi nous avons décidé de contribuer activement à son animation en comblant un vide, avec la création d’un lieu ouvert toute l’année », explique Tony Berraud, propriétaire à l’initiative du projet et cogérant. La maison d'habitation est entièrement transformée en local pour accueillir du public.
En octobre 2022, la Société coopérative d'intérêt collectif (SCIC) La Ruelle est créée, avec l’objectif de tisser des liens sociaux autour d’une animation culturelle et d’activités économiques créatrices d’emplois. Cette forme de société permet d’associer toute personne physique ou morale de droit privé ou de droit public autour du projet commun (par principe, au moins 57,5 % du résultat est affecté aux réserves impartageables). Tous les bénéfices sont réinvestis dans la structure et ses offres de services pour les habitants. Aucune rémunération n'est prévue pour les associés. « Ce statut en SCIC s'est imposé comme un compromis idéal pour créer de l’emploi, tout en maintenant un ancrage local fort, explique le cogérant. Nous voulions travailler avec les habitants et les acteurs locaux, notamment pour l’approvisionnement du restaurant. » La SCIC compte 56 adhérents. Le projet a bénéficié de subventions pour l'investissement matériel, comme l’équipement de cuisine, le mobilier ou encore le matériel de sonorisation. Le Groupement d'acteurs locaux, La Châtaigneraie Limousine, a joué un rôle clé, en accompagnant les porteurs de projet dans le montage des dossiers de subventions.
Trois activités en un seul lieu
La Ruelle propose trois activités permanentes : un café-restaurant, un espace épicerie et un coworking. Avec 35 couverts en intérieur et 60 en extérieur, le café-restaurant est ouvert 7 J/7, midi et soir en haute saison. En basse saison, il est ouvert du jeudi au dimanche. L’espace de coworking accueille essentiellement des télétravailleurs, dont six abonnés réguliers. Le lieu propose également des formations (audiovisuelles, graphisme), une programmation culturelle à l’année ainsi que des cours de français pour les étrangers. La Ruelle développe une offre de production vidéo. La Ruelle emploie 2,5 équivalents temps plein (ETP) en basse saison et jusqu'à 6,5 ETP en août. Un poste de coordination à mi-temps est financé via un agrément Espace de vie sociale de la Caisse d’allocations familiales. L’équipe se compose également d’une vingtaine de bénévoles actifs qui organisent et gèrent, via des groupes de travail autogérés, la programmation culturelle, les événements ou l'entretien du jardin.
La SCIC s'autofinance à 97 %. Le café-restaurant est la source principale de recettes, tandis que l’espace épicerie représente seulement 2 à 3 % du chiffre d'affaires. Le modèle économique coopératif repose sur la diversification et l’attractivité touristique du village. « Le café-restaurant est vital pour le modèle économique de La Ruelle, précise Tony Berraud. Les marges générées en haute saison sont réinjectées pour assurer l'ouverture et l'animation en basse saison. »
Un projet d’économie sociale et solidaire pour le territoire
La Ruelle, c’est aussi un lieu de vie. On s’y rend pour assister à une pièce de théâtre, un concert, une conférence, des ateliers de cuisine ou pour manger entre voisins. « Les cantines solidaires sont des repas à prix libre, organisés une fois par mois, précise le cogérant. Ces événements conviviaux sont très attendus et rassemblent vraiment tout le village. » En 2024, La Ruelle est labellisée Bistrot de Pays. « Le label certifie notre offre de restauration, qui s’appuie sur un approvisionnement local pour les légumes, le pain et la viande, précise le co-gérant. Il nous apporte une visibilité dans le réseau Bistrot de Pays, sur le guide et le site internet. »
La municipalité, sans pour autant s’être engagée dans la SCIC, voit la démarche de façon positive. « Le maintien d’un lieu de vie ouvert toute l'année avec des services a un impact positif sur l'attractivité du village pour les touristes et les nouveaux habitants, conclut Luud Berings, adjoint en charge du tourisme et du développement économique du village. Aussi, le lieu crée du lien entre les habitants. Nous sommes fiers d’avoir un tiers lieu à la campagne. »
Le projet en quelques chiffres
Coût total du projet : 500 000 euros
Coût total de l’investissement matériel : 180 000 euros, dont 140 000 € provenant principalement de la région Nouvelle-Aquitaine (50 000 euros via l'AMI Tiers Lieux), l'Union européenne (49 000 euros via le FEDER) et l’ANCT (12 000 euros).
- Les propriétaires ont financé l'intégralité des travaux du bâtiment. La Ruelle a également reçu le Prix d'inspiration en économie sociale et solidaire du Crédit coopératif en 2023 (3 000 euros).
Commune de Ségur-le-Château
Nombre d'habitants :
Société coopérative d'intérêt collectif (SCIC) La Ruelle
Tony Berraud
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