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Caroline Megglé, avec AFP, pour Localtis

Faire entendre la voix des personnes fragilisées : le Grand défi des associations de solidarité

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Personnes sans domicile fixe, personnes ayant un handicap mental, personnes âgées pauvres et isolées, personnes en détention… Comment écouter les plus fragiles de la société ? Dans le cadre du Grand Débat national, des associations s'organisent pour recueillir et faire porter des voix qu'on n'entend pas souvent. En Gironde, Emmanuel Macron est également allé à la rencontre, le 28 février, de femmes en difficulté.

Dans le cadre du Grand Débat national, un événement dédié au "point de vue des personnes en situation de fragilité" aura lieu le lundi 11 mars au Conseil économique, social et environnemental (Cese), à l'initiative de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS), la Fondation Armée du Salut et l'Uniopss. Les organisateurs annoncent "un temps fort de mise en valeur des résultats des débats organisés avec les personnes en situation de fragilité", en présence d'"une dizaine de délégations de personnes".
Dès le début du mouvement des gilets jaunes puis l'annonce de la tenue du Grand Débat fin 2018, les associations de solidarité ont alerté sur le risque d'occulter la réalité des plus fragiles de la société. Et se sont organisées pour faciliter l'expression de personnes en situations de grande précarité, de handicap ou encore en détention. A Reims ou Belfort, des débats ont ainsi eu lieu en présence de détenus volontaires, avec l'appui d'associations telles la Ligue de l'enseignement et l'Uriopss.
Des débats sont également organisés pour recueillir la parole de personnes âgées en situation de précarité, avec notamment les associations Citoyennage et Les Petits Frères des pauvres, et celle de personnes ayant un handicap mental, avec l'Arche et les Adapei. Impliqué dans plusieurs initiatives, le Cercle Vulnérabilités et Société recense un certain nombre de démarches sur son fil Twitter.

Relayer les "propositions des publics les plus fragiles, trop souvent écartés des débats publics et médiatiques"

Insistant sur la nécessité de faire remonter "l’expertise et les propositions des publics les plus fragiles, trop souvent écartés des débats publics et médiatiques", la FAS a notamment impulsé une "consultation citoyenne complémentaire". Invitant les acteurs de la solidarité à "encourager la participation des personnes qu'ils accompagnent au Grand Débat national", elle a diffusé en janvier une note méthodologique et un kit ajoutant des thématiques et questionnements par rapport au kit "officiel".
Dès décembre, le Secours Catholique avait pris les devants en organisant des débats locaux - une centaine étaient prévus entre mi-décembre et mi-février - destinés à "faire entendre la voix des personnes en précarité et de ceux qui travaillent à leurs côtés".

Un "Pacte du pouvoir de vivre" présenté le 5 mars par 19 organisations  

Si elles jouent le jeu du Grand Débat, les associations de solidarité se mobilisent aussi à travers d'autres formes, plus revendicatives. 36 associations du Collectif des Associations Unies appelaient ainsi le 21 février, dans les rues de Paris, Mulhouse et Saint-Maur, à "activer en urgence tous les leviers" pour mettre à l'abri les plus vulnérables, ces "oubliés de la République". Autre démarche : 19 associations, ONG et syndicats présenteront le 5 mars un "Pacte du pouvoir de vivre, déclinant une série de 66 propositions visant à allier justice sociale, lutte contre les inégalités et transition écologique". Parmi ces organisations (1) : la CFDT, France Nature Environnement, le Mouvement associatif, l'Uniopss, le Pacte civique, ATD Quart Monde, le Réseau Action Climat ou encore la Fondation Abbé Pierre.

Emmanuel Macron et Christelle Dubos à la rencontre de personnes fragiles

Côté Etat, Jean-Philippe Vinquant, directeur général de la cohésion sociale, a fait savoir sur compte Twitter le 28 février que ses agents étaient "mobilisés pour l'animation des ateliers", à l'occasion d'une réunion de restitution des travaux du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale. Le CNLE dont le "huitième collège" est composé de personnes en situation de précarité et qui, dès 2011, publiait des "Recommandations pour améliorer la participation des personnes en situation de pauvreté et d’exclusion à l’élaboration, à la mise en oeuvre et à l’évaluation des politiques publiques".
Dans le cadre du Grand Débat, Christelle Dubos, secrétaire d'Etat auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé, était en Gironde ces jeudi et vendredi. Elle était notamment aux côtés du président de la République, en "visite surprise" dans un Centre d'insertion professionnelle de Caudéran accueillant principalement des mères isolées à Bordeaux, puis au "Grand Débat au féminin" organisé à Pessac le soir même par la secrétaire d'Etat à l'égalité femmes-hommes.
Avant cela, Christelle Dubos avait participé le 27 février à un débat organisé par le Samu social de Paris. Une soixantaine de personnes sans domicile fixe étaient présentes pour s'exprimer sur les thématiques définies par le chef de l'Etat, mais aussi pour parler de leurs difficultés quotidiennes – logement, papier, travail, intégration… - et du rôle de l'Etat dans l'exercice de la solidarité (voir notre encadré ci-dessous).

(1) Les 19 organisations : France Nature Environnement, la CFDT, l'Unsa, Humanité et Biodiversité, l'UNIOPSS, la Ligue de l'enseignement, le Secours Catholique, la Fage, le Pacte Civique, ATD Quart Monde, France Terre d'Asile, le Mouvement associatif, la Fondation Nicolas Hulot, la CFTC, la Cimade, les Francas, le Réseau Action Climat, la Fondation Abbé Pierre, la Mutualité française.

Grand débat du Samu social de Paris : "Nous ce qu'on demande, c'est être intégrées"

Répartis en quatre groupes de réflexion, une soixantaine de personnes hébergées ou accompagnées par le Samu social de Paris ont abordé, ce 27 février, une diversité de sujets, dont les enjeux de transition écologique.
"C'est pas parce qu'on n'a pas de toit qu'on doit manger mal", défend Jean-Philippe, hébergé depuis neuf mois par le 115. "Dans les centres, c'est barquettes et gobelets en plastique. On nous empoisonne à petit feu", a-t-il dit en réclamant la fin du plastique "pour les générations futures". Plus tôt sur la scène, Marvin, un sans-papier de 46 ans hébergé par le 115 depuis un an et auto-proclamé "homme des tropiques, utopique, avec un regard poético-écologique", avait enchaîné d'une voix forte les rimes autour des mégots jetés dans la Seine et la Terre-mère menacée.
Pour d'autres, les préoccupations sont plus immédiates. "Moi quand je mange au dîner, je ne sais pas ce que je mangerai le lendemain", a ainsi avoué une jeune femme sans-papier, qui vit à l'hôtel. "Moi je souffre du travail", a raconté une autre, aide-soignante dans son pays d'origine. Titulaire d'un titre de séjour, elle n'a pas le droit de travailler en France. "Aujourd'hui, je vis des aides sociales, alors que j'ai la capacité de travailler. Le système nous écrase", a-t-elle déploré d'un ton las.
Entre débat et plaidoyer pour faire avancer leur cas personnel, les discussions ont abouti au bout de deux heures à des propositions qui seront inscrites sur le site officiel du grand débat. Parmi elles : autoriser les personnes à étudier en France même si elles sont en situation irrégulière, évaluer les droits aux aides sociales sur les revenus de l'année en cours, donner l'argent directement aux familles au lieu de financer des chambres d'hôtel, organiser des week-ends au château de Versailles pour les personnes hébergées et manger bio dans les structures d'hébergement.
"Le risque dans le Grand débat, c'est que la parole des plus vulnérables ne soit pas entendue, dans une période où on a très souvent dit que ceux qui sont dans un moment difficile de leur vie n'ont qu'à se bouger", a mis en garde la directrice générale du Samu social, Christine Laconde.
Dans le groupe de femmes, certaines venues avec des enfants, un grand nombre n'a pas forcément de propositions mais le besoin de dénoncer des "injustices". Ainsi pour l'une d'elles : "On nous donne à boire, à manger et de quoi dormir. Mais ça ne suffit pas ! Ca nous abrutit. Nous ce qu'on demande, c'est être intégrées."

Source AFP

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