Fermetures d’usines : seules deux régions parviennent à sauver les meubles
L'année 2025 constitue pour l'économie française un "paradoxe", selon le cabinet Trendeo qui vient de publier son bilan : avec 125 millions d'euros, les annonces d'investissements atteignent un record. Mais en très grande partie lié aux projets de centres de données. D'ailleurs, la France a enregistré une perte nette de 63 usines. L'hirondelle de la "reconquête industrielle" s'éloigne un peu plus.
© Trendeo et Raimond Spekking CC BY-SA 4.0
Les data centers cacheraient-ils la forêt des fermetures d’usines ? C’est bien l’impression que donne le dernier décompte de Trendeo qui évoque, pour 2025, des "signaux contradictoires". Le pays a enregistré pour 125 millions d’euros d’annonces d’investissements, soit le double de 2022 qui constituait un précédent pic, explique le cabinet. Seulement, ce chiffre est "trompeur", car les data centers représentent à eux seuls 67 milliards d’euros d’investissement. Hors centres de données, les investissements se situent autour des 60 milliards d’euros, soit le niveau de ces dernières années. Le problème est que "ces projets très capitalistiques génèrent peu de postes au regard des montants engagés : environ 2.800 emplois pour 67 milliards investis", précise Trendeo. D’ailleurs, le nombre de projets d’investissements en 2025 (3.200) est plutôt en retrait par rapport aux années précédentes (3.600 en moyenne). C’est "le paradoxe" de 2025" : "une économie qui tourne en dessous de son rythme habituel en nombre de projets, mais qui affiche des montants d'investissement sans précédent, tirés par une poignée de grands projets très capitalistiques et pauvres en emplois." Ainsi, le nombre d’emplois créés se montent à 51.000. Après l’accident de 2024 (-62%), c’est plutôt bon signe. Sauf que le niveau reste "très en dessous" du pic post-Covid et des années qui l’ont précédé, indique Trendeo.
Deux régions en positif
L’autre sujet est celui des créations/fermetures d’usines. Or les résultats ne sont pas bons : - 63 usines en 2025. Après -15 en 2024, l’écart se creuse. La parenthèse 2021-2022 s’éloigne. Trendeo constate un "décrochage" particulièrement marqué chez les PME. Seules deux régions sortent du lot : l’Occitanie et Paca qui affichent un solde positif respectif de 4 et 3 usines, pour 3.757 et 3.243 emplois nets supplémentaires. L’Occitanie surfe sur le spatial toulousain et le solaire montpelliérain, alors que la région Paca bénéficie surtout des projets d’'éolien flottant à Fos-sur-Mer (BW Ideol, 1.300 emplois) et du cloud souverain à Mougins (Evroc). Auvergne-Rhônes-Alpes accuse le choc le plus rude avec un solde de 17 usines en moins, même si elle parvient à conserver un emploi en hausse. À noter la performance des Hauts-de-France qui maintient un très haut niveau d’investissement (près de 22 milliards d’euros, deuxième, derrière l’Île-de-France) et qui, malgré un solde de 8 usines fermées, obtient les créations d’emplois les plus importantes (+5.094). La région capte justement les grands projets de centres de données à Épinoy, Escaudain et Béthune pour un total de 16,5milliards d'euros. Une manne qui masque les difficultés du secteur automobile, avec Stellantis qui supprime 675 postes à Douvrin.
Deux France industrielles
À ce titre, l’analyse par secteurs fait apparaître "deux France industrielles". Avec, d’un côté, les secteurs qui ont le vent en poupe : la collecte et le traitement des déchets (qui affichent un solde de +200 usines), l'énergie (+140), l'aéronautique (+38), les autres industries manufacturières… L’industrie pharmaceutique, elle, "oscille autour de zéro". De l’autre côté, les secteurs en "déclin industriel" continu depuis 2009, date à laquelle Trendeo a commencé à comptabiliser les investissements et désinvestissements en France, au sortir de la crise de 2008 : produits métalliques (-160), imprimerie (-140), fabrication de meubles (-86), métallurgie (-72), textiles (-70), plastique/caoutchouc (-74), automobile (-64). Pour eux, "la courbe ne s'est jamais redressée, même pendant la période faste 2021-2022". "Le rebond post-Covid a au mieux ralenti la pente sans l'inverser", souligne Trendeo. L’étude fait aussi le constat d’un "retournement" en fin de période pour l’industrie alimentaire. Ce qui se confirme par les chiffres des Douanes publiés vendredi : la balance commerciale alimentaire affiche un maigre excédent de 200 millions d’euros, soit le niveau le plus bas jamais atteint depuis vingt-cinq ans.
L’hirondelle de la "reconquête industrielle" de 2021-2022 a surtout bénéficié à des secteurs "déjà en croissance", résume Trendeo. Mais elle n’a pas inversé la spirale du déclin pour les autres.