Francis Levy (Fédération française des Geiq) : "L’arrêt des aides aux contrats de professionnalisation nous a lourdement touchés"
La Fédération française des groupements d’employeurs pour l’insertion et la qualification (Geiq) a annoncé l’ouverture de quatre nouvelles structures en fin d’année dernière. Son délégué général Francis Levy croit plus que jamais en la pertinence d’un modèle fondé sur les besoins des entreprises dans les territoires (les Geiq étant des regroupements d’entreprises qui cherchent à répondre collectivement à leurs besoins de recrutement par l'insertion).
© VDEF/ Francis Levy
Le réseau des Geiq s’est étoffé en fin d’année dernière de quatre nouvelles structures. Est-ce pour vous le signe d’un regain d’intérêt de la part des entreprises pour ce type de dispositif en matière d’emploi ?
Nous avons communiqué en fin d’année autour de quatre nouvelles ouvertures, mais en réalité on en dénombre onze pour l’année 2025. La création d’un Geiq intervient toujours au croisement des besoins sectoriels, de ceux d’un territoire et aussi d’un porteur de projet qui va mobiliser les entreprises autour de son projet. Il s’agit en réalité d’une dynamique difficilement planifiable avec cependant quelques exceptions : c’est actuellement le cas dans le domaine du sport et de l’animation qui a généré en 2025 près de la moitié des ouvertures nouvelles de Geiq, en lien avec une feuille de route nationale soutenue par la Fédération nationale profession sport & loisirs. On n’a jamais eu un développement aussi rapide que dans ce secteur d’activité.
Plus largement, comment le contexte économique impacte-t-il l’activité des Geiq ?
Quand les entreprises sont fragilisées, les groupements d’employeurs le sont également. Entre 2023 et 2024, près de 65 Geiq sur les 200 existants ont clôturé leur exercice en déficit, ce qui suscite dans le réseau une certaine inquiétude. L’arrêt des aides aux contrats de professionnalisation l’an dernier nous a lourdement touchés et globalement, même si l’enveloppe allouée par l’Etat se maintient, cela reste insuffisant. En parallèle, il y a une réelle nécessité de réévaluer le financement des Opco dans beaucoup de cas où les niveaux de prise en charge n’ont pas évolué depuis une quinzaine d’année. Il existe, de ce point de vue, un véritable enjeu d’ajustement.
Cela remet-il en cause le modèle même des Geiq ?
Concrètement, quand le chômage baisse, les entreprises se tournent davantage vers nous. Nous avons enregistré ces dernières années beaucoup d’offres d’emplois émanant des entreprises lorsqu’il devenait difficile de trouver des candidats sur certains postes ; quand le chômage remonte, c’est le contraire ! Aujourd’hui, nous sommes dans un entre-deux, même si l’on ne constate pas d’effondrement de l’activité. Ce que l’on ressent, c’est la fragilité, l’attentisme des entreprises. Dans ce contexte, nous sommes là pour les aider à préparer l’avenir et se projeter sur le moyen terme.
Comment le réseau des Geiq interagit-il avec le réseau pour l’emploi ?
Avant la loi Plein emploi, nous travaillions déjà avec l’ensemble des prescripteurs, au premier rang desquels France Travail, les missions locales ou encore les écoles de la deuxième chance. Vis-à-vis du réseau pour l’emploi, nous sommes présents au niveau national mais cela reste assez hétérogène en région. Il y a des territoires où nous participons activement et d’autres dans lesquels nous sommes moins présents. En région Centre Val-de-Loire, par exemple, nous organisons un séminaire de travail conjoint entre les Geiq et France Travail afin de réfléchir à nos coopérations, nos complémentarités. Ce qu’il faut rappeler c’est qu’il existe des Geiq dans toutes les régions mais ils ne couvrent pas l’ensemble des secteurs d’activités dans les régions où ils sont présents, sauf peut-être s’agissant du BTP. Nous portons néanmoins depuis une dizaine d’années une stratégie d’organisation à l’échelle régionale et jusque-là nous avons toujours été soutenus par les régions comme par l’Etat, et aujourd’hui nous avons des inquiétudes à ce sujet.
Que-ce qui fait, finalement, la spécificité des Geiq ?
C’est un dispositif unique qui repose sur un certain nombre d’engagements : pour commencer, c’est un dispositif au service des entreprises, piloté par des entreprises qui définissent les orientations, la politique et le contenu des parcours afin de répondre à leurs propres besoins de recrutement ; ensuite, l’insertion professionnelle et la qualification sont deux objectifs conjoints. Il s’agit bien d’un parcours d’insertion mais avec l’idée que c’est par la qualification que cette insertion sera pérenne ; ce parcours s’appuie également sur un contrat en alternance qui fait que les personnes en parcours sont salariés et pas stagiaires, ce qui constitue un cadre responsabilisant ; enfin, il y a la dimension d’accompagnement, social d’une part (mais là nous ne sommes pas seuls), et professionnel d’autre part, qui vise à assurer la montée en compétences et l’intégration des personnes dans les entreprises adhérentes. Quand nos alternants quittent le Geiq, ils sont la plupart du temps recrutés dans l’entreprise où ils évoluaient et sur le même poste.