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Transports - Frédéric Cuvillier veut remettre sur rail le fret ferroviaire

Malgré un léger et récent rétablissement, le fret ferroviaire s'enfonce inexorablement dans la crise. Le 12 février, le ministre des Transports Frédéric Cuvillier a réuni des acteurs du secteur, dont des collectivités, pour relancer l'activité.

Le 12 février, une conférence sur la relance du fret ferroviaire a donné la parole aux entreprises et acteurs publics, répartis en cinq groupes de travail thématiques. Son fil conducteur avait le mérite d’être clair : ce mode de transport de marchandises a-t-il encore de l’avenir ? En perte de vitesse depuis des d’années - entre 2000 et 2012, sa part modale est passée de 16,6% à 10% et l’objectif affiché lors du Grenelle de l’environnement de porter à 25% la part modale du fret ferroviaire et fluvial cumulé à l’horizon 2022 paraît aujourd’hui inatteignable - le fret suscite des initiatives bien souvent isolées et manque d’une politique publique cohérente avec les attentes et besoins des acteurs du terrain. "Il est temps de lui redonner du souffle, de changer de méthode", martèle Frédéric Cuvillier. La méthode du ministre est simple : éviter de prendre des décisions verticales, privilégier les solutions pragmatiques. "Pas d’annonce de grands chiffres irréalistes mais des mesures pour aider l'offre et la demande à se rencontrer. De l’accompagnement donc, c'est-à-dire tout ce qui a manqué lors de l’ouverture à la concurrence du secteur", précise-t-il.
La bonne idée est d’avoir mis dans la boucle les chambres de commerce et d'industrie (CCI). "Nous avons pu nous exprimer librement. Mais si nous en sommes venus à parler du fret, c’est parce que les entreprises de nos territoires demandent qu’on agisse. L’abandon du trafic du wagon isolé (transport de marchandises sur mesure sur une partie d'un train, ndlr) a eu un temps du sens, mais plus maintenant. Les chargeurs ont des besoins, sans wagons en face pour y répondre. Dans des secteurs comme la chimie, cela commence à poser de sérieux problèmes", raconte André Marcon, président de CCI France, qui poursuit en interne sa réforme et régionalise sa gestion. Ce réseau des CCI élabore et étoffe donc progressivement un observatoire national de la demande de transport de fret ferroviaire dans les territoires. Et s’engage à promouvoir un peu plus et à ce même niveau régional le fret ferroviaire.

Repenser le modèle

Le ministre invite à repenser et faire émerger un modèle économique de fret ferroviaire adapté aux besoins de l’économie locale. C’est l’émergence, ces cinq dernières années, d’entreprises ferroviaires locales qui ouvre clairement cette voie et sert de pivot à la réflexion. Avec ces nouveaux opérateurs ferroviaires de proximité (OFP), un salut semble en effet avoir été trouvé. "Ce sont des petites entreprises nées grâce à la mobilisation d’énergies locales", décrit le ministre. Capables de rassembler à l’échelle d’un territoire des wagons de différentes provenances et destinés à des points de chute distincts (wagons isolés), ces OFP semblent en mesure de redynamiser un secteur délaissé par la SNCF, qui s’est recentré sur des trains plus rentables composés d’une seule marchandise pour un client unique (trains complets).
Or ce fret de proximité a des atouts, qui intéressent autant les collectivités que les sociétés de transports routiers. "Car rien ne sert d’opposer les modes. Aux transporteurs routiers revient la logistique des chargeurs. Pour monter un OFP, les routiers sont donc un interlocuteur indispensable", insiste André Marcon. Dans leur prolongement, l’idée, qui sera rediscutée en juin lors de la prochaine conférence périodique sur le fret ferroviaire, consisterait à imaginer et expérimenter par bassin industriel des "clusters" dédiés au fret ferroviaire. Ils regrouperaient divers acteurs et prendraient pied sur les réseaux capillaires de fret, dont la nécessité de maintien fait consensus. Un diagnostic de ces réseaux est donc en cours. "Ce qui alimentera ce projet de clusters", dit le ministre.
Le secteur devant aussi mieux communiquer, il est aussi question de monter, à l’instar de ce qui existe côté fluvial avec le Riverdating, rendez-vous de fin d’année des professionnels du transport fluvial, "un événement annuel autour du fret ferroviaire". Autre mesure immédiate : faire des grands ports maritimes des acteurs centraux du fret ferroviaire, en intégrant au plus vite des objectifs qui vont dans ce sens dans leurs projets stratégiques. Et créer au sein de chaque port "une instance de coordination du fret ferroviaire, avec Réseau ferré de France (RFF) et les régions, autour des enjeux de desserte". Enfin, des mesures de simplification réglementaire et normative sont prévues "sous six mois".