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avec AFP

Grand Débat à l'Assemblée : plus de services publics, de proximité et de décentralisation...

Cohésion des territoires

Organisation territoriale, élus et institutions

Consacrant plusieurs séances à débattre des enseignements à tirer du Grand Débat, les députés ont interpellé mercredi le gouvernement sur la thématique de  l'"organisation de l'État et des services publics". Un sujet naturellement abordé aussi plus tôt dans la journée par les maires de Bretagne accueillant Emmanuel Macron pour son avant-dernier déplacement.

Face au "sentiment d'abandon" vécu dans certains territoires et au "besoin de proximité" des services publics, les députés ont avancé jusque tard dans la soirée du mercredi 3 avril des propositions diverses dans le cadre du Grand Débat. Dans un hémicycle clairsemé, les orateurs se sont succédé pendant plus de trois heures à la tribune pour aborder l'"organisation de l'État et des services publics", dernier des quatre thèmes à leur menu.
Pour répondre au "besoin de proximité" et à l'"exigence d'efficacité" des citoyens, les députés LREM ont notamment proposé "des guichets sociaux uniques" dans les mairies en zone rurale, ou défendu l'idée du retour du conseiller territorial. Beaucoup ont appelé à "poursuivre le processus de décentralisation".
Pour LR, Damien Abad a estimé que "la fracture territoriale est la mère de toutes les fractures". Il a appelé à un "acte III de la décentralisation" avec un "grand plan Marshall en faveur des territoires" sur des sujets comme le numérique ou la santé. Laure de La Raudière (UDI-Agir) a préconisé entre autres que "chaque citoyen dispose des coordonnées d'un agent administratif" polyvalent pour l'aider dans ses démarches.
Les trois groupes de gauche ont invoqué l'"urgence à construire un bouclier de services publics" (PS), les défendant comme le "patrimoine de ceux qui n'ont rien" (LFI) et un "outil majeur de l'égalité des droits" (PCF), tandis que Sylvia Pinel (Libertés et Territoires) a réclamé un "moratoire" sur leur fermeture et appelé à "plus de déconcentration" et un "choc de décentralisation".
Prenant la parole dans la foulée, le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, accompagné de trois autres membres du gouvernement, s'est étonné que certains orateurs soient partis avant même d'avoir entendu la réponse donnée à leurs interpellations.
"Nous devons améliorer le service public dans nos territoires", sans aggraver la dépense publique, "un paradoxe difficile à résoudre", a-t-il affirmé. Sur le rôle de l'État et l'organisation territoriale, il a plaidé qu'"il ne faut pas jeter le bébé État-nation avec l'eau du bain de la colère ou de la modernisation", jugeant notamment l'idée du conseiller territorial "intéressante".
Le ministre coanimateur du Grand Débat Sébastien Lecornu a souligné que le chef de l'État avait donné "le go" pour l'ouverture d'un chantier de décentralisation, regrettant d'avoir "peu entendu" de propositions sur le sujet.
Gérald Darmanin a aussi reconnu, après de nouvelles critiques d'élus, que l'exercice pouvait "apparaître un peu frustrant" sans "propositions concrètes". Mais a-t-il ajouté, "la symbolique est forte, les parlementaires se sont exprimés avant le gouvernement".
Après deux jours de débats au palais Bourbon, la séquence se poursuivra à l'Assemblée mardi 9 avril par une déclaration du Premier ministre, suivie d'un débat sans vote. La veille, le gouvernement aura livré la synthèse des contributions des Français.

En Bretagne, Macron promet de répondre "sans reniement" ni "entêtement"

Plus tôt dans la journée de mercredi, Emmanuel Macron a promis en Bretagne de répondre sans "reniement" ni "entêtement" aux souhaits des Français exprimés lors du Grand Débat national qu'il devait clore ce jeudi en Corse.

Au centre des Congrès de Saint-Brieuc, le président de la République a échangé durant trois heures avec plus de 600 élus ceints de l'écharpe tricolore, réunis pour les "Premières Assises des maires de Bretagne". Il s'est dit "fier" de leur engagement et, au delà, de celui des "1,5 million" de Français ayant participé au Grand Débat, "une expérience démocratique totalement inédite".
Deux mois et demi après l'avoir lancé et alors que l'opposition exprime fortement son impatience, le président devra décider des suites à donner, après une synthèse des souhaits des Français qui sera présentée lundi au gouvernement. Il devrait intervenir vers la mi-avril pour de premières annonces mais pourrait aussi égrener des décisions jusqu'à l'été, selon son entourage. "Le temps dans lequel nous entrons est pour moi celui de la redéfinition du projet national et européen", a-t-il estimé.
Les élus de Bretagne ont surtout réclamé une réforme de l'État et de ses relations avec les collectivités. Dominique Cap, président des maires de Bretagne, a appelé Emmanuel Macron à initier "un acte III de la décentralisation", lui proposant de faire de la Bretagne "un laboratoire" pour "simplifier le fonctionnement" du pays.
De nombreux élus ont vivement dénoncé l'action de l'administration. "Vos services, monsieur le président, qu'on ne peut plus supporter!", a lancé une maire. "Ce n'est pas mon administration mais la nôtre", lui a répondu le président, regrettant que l'État soit souvent pris comme bouc-émissaire. Il s'est dit ouvert à "aller plus loin sur beaucoup de simplifications" et à une nouvelle "déconcentration" des services de l'État. Mais, a-t-il averti, cette décentralisation "ira avec des transferts de responsabilité", en particulier "la responsabilité démocratique qui va avec".
En concluant son intervention, Il s'est dit "surpris" de l'absence dans le Grand Débat des thèmes du chômage, de l'international et du terrorisme. "Je vois un risque, c'est l'individualisme", a-t-il ajouté, en précisant qu'il n'y aurait pas "66 millions de réponses".
Dans l'assistance, certains sont restés sur leur faim. "C'est un peu le risque du bon élève: comme il sait répondre à toutes les questions il ne répond pas aux questions les plus fondamentales", a regretté le député LR Marc Le Fur, citant "la présence médicale" ou "la crise agricole". D'autres se sont dits satisfaits, comme Dominique Cap, qui assure avoir obtenu "un accord de principe" pour travailler sur la décentralisation.

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