Immigration incontrôlée à Mayotte : l'exécutif planche sur une révision constitutionnelle

Le président de la République devait recevoir Gérald Darmanin et Marie Guévenoux, ce lundi 12 février, au lendemain de leurs annonces sur Mayotte. Le ministre de l'Intérieur a en particulier annoncé une révision constitutionnelle pour mettre fin au droit du sol sur le département français de l'océan Indien.

Paralysée depuis plusieurs semaines par des barrages de collectifs de citoyens réclamant des actions fortes contre l'insécurité et l'immigration incontrôlée, Mayotte va faire l'objet de mesures d'exception. Le président de la République Emmanuel Macron devait recevoir lundi le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin et la nouvelle ministre déléguée chargée des Outre-mer Marie Guévenoux, tout juste rentrés du 101e département français, pour arrêter les contours de la révision constitutionnelle qu'ils y ont annoncée la veille. "Nous allons prendre une décision radicale, qui est l'inscription de la fin du droit du sol à Mayotte dans une révision constitutionnelle que choisira le président de la République", a en effet déclaré Gérald Darmanin à la presse, dimanche, dès sa descente d'avion. "Il ne sera plus possible de devenir Français si on n'est pas soi-même enfant de parent français", a-t-il précisé, prenant soin d'ajouter : "C'est une mesure extrêmement forte, nette, radicale, qui évidemment sera circonscrite à l'archipel de Mayotte."

Située à moins de 70 km d'Anjouan (l'une des trois grandes îles composant l'Union des Comores), Mayotte est en proie à une importante immigration clandestine. Il s'agit le plus souvent d'immigrés comoriens ou africains qui débarquent à bord de petites embarcations appelées les "kwassa-kwassa". Selon l'Insee, près de la moitié de la population de Mayotte ne possède pas la nationalité française, mais un tiers des étrangers sont nés sur l'île. Officiellement, ce département le plus pauvre et le plus jeune de France compte 310.000 habitants, probablement beaucoup plus estime la Chambre régionale des comptes.

Fin des "visas territorialisés"

Attendu fermement par ces collectifs citoyens, dont le principal baptisé "Forces vives", le ministre a également annoncé le durcissement du regroupement familial qui figure dans la loi immigration votée en décembre.

Ces deux mesures permettront de mettre fin aux "visas territorialisés", un dispositif spécifique à Mayotte qui empêche les détenteurs de ces titres de séjour de se rendre dans les autres départements français. "Puisque nous aurons beaucoup moins de titres de séjour et que nous n'aurons plus la possibilité d'être Français lorsque l'on vient à Mayotte, les visas territorialisés n'auront plus lieu d'être", a justifié le ministre. La mesure devrait figurer dans le projet de loi Mayotte annoncé de longue date et confirmé par le Premier ministre dans son discours de politique générale devant le Sénat.

Enfin, Gérald Darmanin a annoncé une nouvelle action coup de poing pour lutter contre la délinquance et l'immigration illégale baptisée "Wuambushu 2".

Pluie de réactions

Outre les élus locaux, les associations nationales d'élus attendaient des annonces fortes. Deux jours avant le déplacement du ministre, le président de l'Association des maires de France David Lisnard avait apporté son soutien aux élus et aux habitants et appelé l'exécutif à mettre en oeuvre "les mesures appropriées à la gravité de la situation". "Au cours du printemps 2023, l'opération policière médiatisée engagée par le ministère de l’Intérieur visant à expulser les étrangers en situation irrégulière, à détruire les bidonvilles et à lutter contre la criminalité dans l'archipel a certes apporté un apaisement, mais l’effort s’est ensuite relâché", soulignait-il dans un communiqué.

Dans la foulée du discours de politique générale du Premier ministre, Départements de France avait également dit attendre "des mesures spécifiques" pour Mayotte, "qui doit faire de toute urgence, l’objet de l’attention du gouvernement et de la représentation nationale".

Les annonces de Gérald Darmanin ont entraîné une pluie de réactions, allant de la satisfaction à droite (le RN et Reconquête ! allant jusqu'à demander leur généralisation à l'ensemble du territoire) à l'indignation à gauche. "Est-ce qu'on n'est pas en train, en supprimant ces titres de séjour et ces visas territorialisés, d'ouvrir un nouveau Lampedusa dans l'océan Indien", a fait valoir Nicolas Pouvreau-Monti, directeur de l'Observatoire de l'immigration et de la démographie, sur BFMTV.