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Valérie Liquet pour Localtis, avec AFP

Incendie de Notre-Dame de Paris : les collectivités mobilisées pour la reconstruction de la cathédrale

Finances et fiscalité

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L'incendie qui a ravagé la cathédrale Notre-Dame de Paris, dans la nuit du 15 au 16 avril 2019, a soulevé une vague d'émotion et provoqué un afflux de dons pour financer sa reconstruction. Les collectivités locales participent à l'élan. Le secteur privé aussi, qui promet déjà près de 700 millions d'euros.

Lundi 15 avril au soir, la cathédrale Notre-Dame de Paris s'enflammait. L'incendie s'est déclaré à 18h50 et a mobilisé 400 pompiers pendant une quinzaine d'heures. "Nous rebâtirons" Notre-Dame, affirmait dès lundi soir Emmanuel Macron sur le parvis de la cathédrale sinistrée où il s'était rendu après avoir repoussé son allocution télévision post-Grand Débat. Le président de la République annonçait dans la foulée le lancement d'une souscription nationale, pour aider à la reconstruction de ce monument propriété de l'État. Un peu avant minuit, la Fondation du Patrimoine mettait en ligne une "collecte nationale", précisant qu'"aucun frais ne sera prélevé. Tous les dons donneront lieu à l'émission d'un reçu fiscal".
Les cloches des cathédrales de la centaine de diocèses en France sonneront toutes mercredi 17 avril à 18h50 en "solidarité avec le diocèse de Paris", a annoncé la Conférence des évêques de France sur Twitter.
Une réunion de ministres, dirigée par Édouard Philippe, s'est tenue en fin de matinée mardi à Matignon afin de préparer le "plan de reconstruction". Un exercice délicat au vu de l'afflux spontané de promesses de dons, petits et grands, en espèces et en nature, en France et à l'étranger, venant d'acteurs publics et d'acteurs privés (voir notre encadré).

Anne Hidalgo propose à Emmanuel Macron une conférence internationale des donateurs

La mairie de Paris a débloqué 50 millions d'euros et a déjà accueilli plusieurs œuvres sauvées des flammes. Mais surtout, la maire de Paris a signifié qu'elle ne souhaitait pas que la puissance publique perde la main, face à l'afflux sans commune mesure des dons privés. "Je vais proposer au président de la République que nous organisions tous ensemble, dans les prochaines semaines, une grande conférence internationale des donateurs, qui pourra se tenir à l'hôtel de ville", a déclaré Anne Hidalgo. Cette conférence réunira "des mécènes du monde entier afin de lever les fonds nécessaires à la restauration" mais aussi de partager "l'expertise sur ce qui est nécessaire de faire pour la reconstruction".
La directrice générale de l'Unesco et ex-ministre de la Culture, Audrey Azoulay, a assuré lundi soir à l'AFP que l'organisation internationale était "aux côtés de la France" confrontée à l'incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris, et qu'elle pourrait organiser la solidarité internationale.

La métropole du Grand Paris propose de centraliser les dons de ses 131 communes

Patrick Ollier, président de la métropole du Grand Paris, lance une mobilisation auprès des 131 maires de la MGP.  Il propose de "coordonner, dans le cadre d’une souscription, l’action des communes". Concrètement, les dons seraient centralisés par la métropole à partir des délibérations que prendraient les conseils municipaux.
Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, s'est engagée à allouer 10 millions d'euros d'"aide d'urgence pour aider l'archevêché à faire les premiers travaux". Stéphane Baudet, président de l’Association des maires d’Île-de-France (Amif), s'est également engagé à débloquer une subvention exceptionnelle de 10.000 euros. 
Dans le Val-d'Oise, Hugues Portelli, maire d’Ermont, proposera en juin à son conseil municipal de verser 1 euro par habitant, soit 30.000 euros, à la souscription nationale.

Des collectivités de toute la France expriment leur soutien

Hors Île-de-France, plusieurs villes - comme Chalon, Rennes, Nantes, Bordeaux, Toulouse...  ne cherchons pas l'exhaustivité, de nouvelles se signalent chaque minute - ont exprimé leur soutien. Roland Ries, maire de Strasbourg, a proposé à Paris l'expertise de la fondation de l'Œuvre Notre-Dame, qui assure l'entretien de sa cathédrale depuis le XIIIe siècle. "Nous proposons notre expertise, nos savoir-faire pour les reconstructions nécessaires. C'est évidemment une mise à disposition gratuite", a-t-il précisé.
Jean Rottner, président de la région Grand Est, a déclaré qu’il demanderait à son assemblée de participer à la souscription nationale en faveur de la reconstruction. Carole Delga, présidente de la région Occitanie, proposera une aide de 1,5 million d'euros. Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, s'est d'ores engagé sur la somme de deux millions d’euros et a annoncé son intention de "prendre l'attache de l’ensemble des collectivités de notre territoire, pour qu'elles puissent contribuer à la hauteur de leurs possibilités à cet effort".
Jacky Favret, président de l'Union régionale des communes forestières de Bourgogne-Franche-Comté, a demandé aux 3.000 communes forestières du secteur de "jouer la solidarité" en "donnant un chêne (...) pour Notre-Dame de Paris". 
À noter, la ville hongroise de Szeged a annoncé faire un don de 10.000 euros, s'estimant redevable à Paris. En 1879, la capitale française avait aidé à la reconstruction de cette ville du sud du pays, dévastée par une inondation. 

Les associations nationales d'élus mobilisent leurs adhérents

La Fédération nationale des collectivités pour la culture a rédigé un communiqué dans lequel elle entend "dire l’espoir que nourrit l’énergie de reconstruction qui déjà anime le pays", souhaitant "que toutes et tous puissent y contribuer". Car "la culture dit notre citoyenneté même. La solidarité nationale va s’exprimer. Elle incarne notre appartenance culturelle commune".
François Baroin, président de l'Association des maires de France (AMF), a exprimé dans la nuit son "immense tristesse" et assuré de "la solidarité des maires de France". L'association appelle ses adhérents à participer à la collecte nationale ouverte par la Fondation du Patrimoine. Elle fournit même un modèle de délibération motivant en conseil municipal le vote d'une subvention exceptionnelle à la Fondation du Patrimoine.
Les élus de France urbaine ont tweeté leur "profonde tristesse" et exprimé leur "plein soutien aux sapeurs-pompiers et forces de sécurité mobilisés".
Caroline Cayeux, maire de Beauvais, et Denis Thuriot, maire de Nevers, co-présidents du Réseau des Villes Cathédrales, porté par l’association d’élus Villes de France, ont salué le lancement de la grande souscription nationale de la Fondation du Patrimoine. 
Les maires des petites villes de France ont exprimé leur "émotion" ainsi que "leur entière solidarité envers les parisiens, les élus de Paris et la maire de Paris, Anne Hildago". Pour eux, "le temps de la renaissance et de la reconstruction est maintenant venu pour ce monument, symbole de la France et de son Histoire".
Les Éco Maires ont fait part de leur "tristesse" et de leur "solidarité", en appelant leurs adhérents à "soutenir la souscription de solidarité des communes.
S'exprimant le soir-même du drame, Vanik Berberian, président de l’Association des maires ruraux (AMRF), a considéré que "ce soir, Notre-Dame de Paris devient Notre-Dame de France".

Dans le secteur du tourisme, "on n'avait pas besoin de ça"

De manière moins poétique, des professionnels du tourisme craignaient lundi soir des conséquences pour le secteur de ce monument visité chaque année par 12 à 14 millions de personnes, soit une moyenne de plus de 30.000 par jour. "Pour l'image de Paris, après l'Arc de Triomphe saccagé par des casseurs pendant les manifestations des gilets jaunes, ce n'est pas une bonne nouvelle... cela ne donne pas une image d'un pays qui maîtrise", se désole Didier Arino directeur du cabinet spécialisé Protourisme. "On n'avait pas besoin de ça. Cela aura forcément une incidence sur l'hébergement hôtelier", a estimé de son côté Jean-Virgile Crance, président du groupement national des chaînes hôtelières (Mercure, Ibis, Sofitel, Balladins, Kyriad, etc.). "Nous étions déjà victimes des violences liées au mouvement des gilets jaunes, en particulier dans l'hôtellerie haut de gamme", a-t-il rappelé.
"Je me trouve ce soir sur un bateau sur la Seine : Notre-Dame est une étape de la visite... il va falloir la retirer du programme", a indiqué René-Marc Chikli, président du syndicat des tour-opérateurs Seto. "On n'avait pas besoin de ça", a-t-il ajouté lui aussi.

La filière bois au taquet 

Du côté de l'industrie du bois, Groupe Charlois, premier producteur français de bois de chêne, a annoncé qu'il fera un don en nature pour la reconstruction de la charpente incendiée.  Son dirigeant, Sylvain Charlois, jugeant qu'il "n'y a pas en France des stocks de bois déjà sciés disponibles pour un tel chantier", lance un appel à "toutes les bonnes volontés" de la filière pour constituer ce stock. L'exploitant a proposé d'être "le réceptacle", notamment sur son site historique de Murlin, dans la Nièvre, aussi siège du groupe.
Abritée par la Fondation du Patrimoine, la fondation Fransylva, qui assure la promotion des forêts privées de France, demande quant à elle aux "3,5 millions de propriétaires privées de forêts en France de donner un chêne pour la reconstruction de Notre-Dame".
La Caisse des Dépôts a de son côté annoncé qu'elle offrira des chênes issus de ses forêts gérées par la Société forestière.

Le secteur privé promet déjà près de 700 millions d'euros pour reconstruire Notre-Dame 

  Mardi après-midi, les dons promis par plusieurs grandes fortunes et entreprises pour la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame, dévastée la veille par le feu, approchaient les 700 millions d'euros, auxquels doivent s'ajouter plusieurs engagements en nature. 
À elles seules, les trois plus grandes fortunes françaises ont donné un demi-milliard d'euros. La première place du podium est partagée entre la famille Arnault et la famille Bettencourt. Avec le numéro un mondial du luxe LVMH, la première a annoncé un "don" de 200 millions d'euros et a proposé que l'entreprise mette à disposition ses "équipes créatives, architecturales, financières" pour aider au travail de reconstruction et de collecte de fonds. Les Bettencourt ont annoncé quant à eux deux dons de 100 millions d'euros, l'un via l'Oréal et l'autre via leur fondation.
À la troisième place, la famille d'industriels Pinault, qui possède le groupe Kering, a annoncé débloquer 100 millions d'euros via sa société d'investissement Artemis.  
"Très touchés" par l'incendie, Martin et Olivier Bouygues ont annoncé se mobiliser "à titre personnel" avec un don de 10 millions d'euros via leur holding familiale, SCDM.
Le milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière, qui contrôle la société d'investissement Fimalac, a quant à lui aussi débloqué 10 millions d'euros, "pour la restauration de la flèche, symbole de la cathédrale", tombée dans l'incendie de lundi. 
Les entreprises françaises donnent à diverses échelles. Le PDG du groupe Total Patrick Pouyanné a annoncé sur son compte Twitter, que le groupe, qui se présente comme le "premier mécène de la Fondation du patrimoine", allait faire un "don spécial" de 100 millions d'euros. 
Le géant français de l'affichage publicitaire JCDecaux a lui promis 20 millions d'euros ainsi qu'une "visibilité nationale et internationale" aux appels à la souscription grâce à ses emplacements publicitaires. 
Crédit agricole, via sa fondation, est pour l'heure la seule banque française à avoir annoncé un chiffre (5 millions d'euros). Les banques Société générale, BNP Paribas, Crédit mutuel et CIC ont toutes promis de participer à l'effort de reconstruction, sans préciser pour l'heure de montant. 
Le géant informatique français Capgemini a annoncé verser un million d'euros. 
Le géant français du BTP Vinci n'a pas annoncé de montant mais souhaite apporter "une partie du financement" de la reconstruction et propose à tous les constructeurs de France "d'unir leurs forces" dans un "mécénat de compétences". 
Le groupe Michelin participera à la reconstruction via sa fondation dont le conseil d'administration décidera du montant.  
Le Medef a appelé les entrepreneurs à participer à la collecte lancée par la Fondation du Patrimoine tandis que la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) "se tient à la disposition des pouvoirs publics pour mobiliser son réseau national d'artisans".  
Des dons en nature sont également annoncés. Groupama offrira 1.300 chênes qu'il prélèvera dans ses forêts normandes. Saint-Gobain mettra "à disposition son expertise en matière de rénovation et de matériaux, notamment en matière de restauration de vitraux". La compagnie Air France assurera "le transport gratuit de tous les acteurs officiels qui participeront à la reconstruction". Elle mettra également en place un système de collecte auprès de ses clients. 
Quelques dons viennent de l'étranger. Tim Cook, le patron d'Apple, a assuré que la firme à la pomme allait "donner pour les efforts de reconstruction afin d'aider à restaurer le précieux héritage de Notre-Dame", sans préciser de somme. Henry Kravis, co-fondateur du fonds d'investissement américain KKR, et son épouse Marie-Josée Kravis, "attristés par l'incendie", ont annoncé contribuer "dès à présent" à hauteur de 10 millions de dollars (8,85 millions d'euros). 
AFP   

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