Indre 2030 : un programme ambitieux pour redynamiser le département
Avec le programme Indre 2030, lancé fin 2025, élus, État et acteurs économiques veulent enrayer le déclin démographique et relancer l’attractivité du département. Datacenter de Google, école internationale de musique de films, mobilités innovantes ou développement du tourisme et des pèlerinages : 21 projets doivent servir de levier pour redynamiser le territoire.
© Département de l'Indre/ Thibault Lanxade et Marc Fleuret
Châteauroux accueille, depuis octobre 2025, l’École internationale de composition de musique à l’image (EICMI), première école internationale dédiée à la composition de musique de films. Dans le même temps, l’Indre se prépare à recevoir le premier datacenter de Google en France. Ces initiatives, ainsi que le développement de solutions de mobilité, l’usage de l’intelligence artificielle en santé ou l’organisation de pèlerinages vers des sanctuaires locaux, font partie du programme Indre 2030, lancé en décembre 2025 par l’État, le département, les communes et les acteurs socio-économiques, avec le soutien de la région Centre-Val de Loire. Objectif affiché : provoquer un électrochoc de redynamisation du territoire.
"Face au déclin démographique du département - l’Indre perd 0,5% de sa population chaque année depuis 2016 - et aux défis économiques, nous avions deux options : nous résigner, ou engager une action forte et collective pour inverser la courbe", explique Marc Fleuret, président du département. C’est la deuxième option qui a été choisie, sur la base d’une étude détaillée des forces et faiblesses du territoire.
Forces et faiblesses d’un territoire
L’Indre dispose d’atouts : un foncier abondant et compétitif et une industrie dynamique, notamment dans les secteurs aéronautique et pharmaceutique, représentant respectivement 16% et 12% des exportations du territoire. Mais le département doit aussi relever plusieurs défis. L’agriculture est en crise avec une baisse constante des rendements du blé et de l’orge depuis 2010 ; la pénurie de médecins est sévère (110 généralistes pour 100.000 habitants, contre 146 en moyenne au niveau national) ; l’enclavement géographique complique les trajets vers Paris, Tours ou Orléans ; et l’offre de formations adaptées aux besoins industriels locaux est limitée (1% des étudiants, contre 4,4% en France).
Pour autant, Marc Fleuret et le préfet de l’Indre, Thibault Lanxade, estiment que le département n’est pas en déclin mais constitue un "laboratoire d’innovation". "C’est ensemble, État, collectivités, entreprises et habitants, que nous construirons son avenir", déclarait Thibault Lanxade, au soir du lancement d’Indre 2030, le 16 décembre 2025.
21 projets identifiés…
Les travaux menés par l’ensemble des acteurs du département ont permis d’identifier 21 projets, répartis autour de huit thématiques : mobilité, santé, numérique, économie et agroalimentaire, réindustrialisation, formation supérieure, tourisme et gestion de l’eau. Ces projets bénéficieront d’une enveloppe globale de 100 millions d’euros sur cinq ans, financée par l’État, le département et la région. Le préfet s’est engagé à mobiliser les fonds d'État déjà disponibles auprès des collectivités, des fonds ministériels et interministériels, ainsi que la Banque des Territoires.
Certains élus locaux s’inquiètent néanmoins. François Avisseau, conseiller départemental d’opposition et nouveau maire d’Éguzon-Chantôme, une commune rurale associée de moins de 1.500 habitants, craint un effet de substitution : "Tout l’argent qui sera consacré à Indre 2030 ne financera pas les projets existants", explique-t-il à Localtis. Il estime également que certains projets, comme le datacenter de Google, auraient vu le jour sans le programme. Marc Fleuret se veut rassurant : "Il n’est pas question de remplacer les projets communaux déjà soutenus par le département." Une enveloppe supplémentaire d’au moins 3 millions d’euros par an jusqu’en 2030 est prévue par le département pour financer des actions nouvelles.
La mobilité au cœur du programme
La mobilité est l’une des thématiques les plus structurantes. La première action vise à rétablir une liaison ferroviaire Châteauroux-Tours pour laquelle la région Centre-Val de Loire a lancé une étude technique. La mise en place de solutions de mobilité solidaire pour aider les habitants isolés a également été plébiscitée. Dans le centre-ville de Châteauroux, une flotte de minibus électriques automatisés et gratuits devrait intégrer, dès septembre 2026, le réseau de transport public exploité par le groupe Keolis.
"Depuis 2019, nous expérimentons la mobilité autonome sur les 80 hectares du site du Centre national de tir sportif situé à Déols, à côté de Châteauroux. C’est ce qui nous a conduits à proposer à Châteauroux Métropole de participer à un projet de navettes 100% autonomes (Mach2)", décrit Alexandre Flon, directeur territorial Centre-Val de Loire au sein de Keolis. Au même moment, une étude était lancée dans le cadre d’Indre 2030 pour mesurer le potentiel de la mobilité autonome. Pour Marc Fleuret, également vice-président de Châteauroux Métropole chargé des transports, la conviction est déjà faite. Selon lui, ces technologies constituent "une solution d’avenir pour desservir les zones peu denses et répondre aux besoins des habitants".
Attirer les talents, les touristes…
L’attraction et la fidélisation des talents est une autre priorité du programme. C'est aussi celle des deux fondateurs de l'EICMI, Emmanuelle Gaume et Xavier Couture. Ces deux figures de l’audiovisuel français se sont installés il y a quelques années dans le sud de l’Indre. Tous deux mélomanes, ils ont eu envie de créer une école alliant musique et image. Installée à Châteauroux, l’EICMI accueille depuis octobre 2025 des étudiants à la composition musicale pour films, jeux vidéo, films d'animation et documentaires. "Mon obsession est de faire de Châteauroux et de l’Indre un centre d’attractivité", affirme Xavier Couture. À moyen terme, ils souhaitent créer un grand pôle économique autour de l’image et du son.
Le département mise également sur son patrimoine culturel. L’un des projets consiste à ouvrir un pôle d’hébergement et de restauration au sein du château de Valençay qui fut la propriété du prince de Talleyrand. Un autre a pour ambition de valoriser le patrimoine sandien du territoire, en mémoire à l’écrivaine George Sand, dont la propriété située à une trentaine de kilomètres de Châteauroux attire de nombreux touristes.
… et les pèlerins
Enfin, dans l’Indre, plusieurs sanctuaires mariaux et lieux de pèlerinage attirent déjà des fidèles. À Pellevoisin, petite commune de moins de 800 habitants, le sanctuaire Notre-Dame de Miséricorde pourrait bientôt voir sa fréquentation augmenter. En août 2024, le pape et l’archevêque ont officiellement reconnu les quinze apparitions de la Vierge à Estelle Faguette en 1876. Sa guérison miraculeuse, déjà reconnue par l’Église, attire des pèlerins depuis plus de 150 ans. Aujourd’hui, près de 20.000 fidèles visitent chaque année ce village. Le maire, Gérard Sauget, comme le département, s’attend à une affluence accrue : "Je veux transformer les pèlerins en touristes", affirme-t-il.
Pour préparer l’avenir, un plan baptisé "Pellevoisin 2050" a été lancé avec un cabinet d’études. L’objectif : anticiper les besoins des habitants et des commerçants en élargissant et sécurisant les routes, en construisant parkings et sanitaires, et en augmentant l’offre d’hébergement. "L’enjeu est de taille", souligne le maire, qui espère déjà des retombées économiques comparables à celles de la cité mariale de Lourdes.