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Jacqueline Gourault prépare un "agenda rural"

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Michel Tendil / Localtis
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Cohésion des territoires

Aménagement et foncier

Développement économique

Santé, médico-social, vieillissement

Revitalisation des centres-bourgs, désertification médicale, maisons de services au public, agenda rural, ANCT … La ministre de la Cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales a détaillé devant la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale  ses grandes priorités, à l’aune du grand débat national qui vient de s’ouvrir.

"Super, j’ai eu plein de messages, ils sont très contents." Ce sont les mots lâchés par Roland Lescure, le président LREM de la commission des affaires économiques de l’Assemblée, pour féliciter la ministre de la Cohésion des territoires Jacqueline Gourault, à la toute fin de son audition, mercredi 16 janvier. Entre deux interventions du président de la République - devant les maires à Grand Bourgtheroulde (Eure) mardi et à Souillac (Lot) vendredi -, l’occasion était donnée à la ministre d’exposer sa feuille de route pour les territoires, en particulier la ruralité avec, en toile de fond, le débat national et la crise des gilets jaunes. Répondant à une demande de l’Association des maires ruraux de France (AMRF), elle a indiqué qu’elle souhaitait décliner en France un "agenda rural", comme la Commission européenne invite chaque Etat membre à le faire. "On est en train de réfléchir à un agenda rural (…) Le grand débat nous aidera à avoir des idées nouvelles", a-t-elle déclaré. "La démocratie participative est une bonne chose, mais elle ne doit pas s’opposer à la démocratie représentative. Les députés ont le droit d’avoir des d'idées et de les soumettre", leur a-t-elle lancé. L’agenda rural doit notamment être l’occasion de souffler de nouvelles idées sur l'amélioration des relations villes-campagnes, ce que d’aucuns appellent notamment "l’alliance des territoire".

Un plan pour les petites villes

Pour le reste, la ministre a confirmé, comme elle venait de le faire un peu plus lors des questions au gouvernement qu’un programme similaire au plan Action cœur de ville – qui vise les centres de 222 villes moyennes - ciblerait les centres-bourgs et les petites villes. "Nous allons effectivement mettre en place un plan pour les petites villes, prévoyant notamment des restructurations pour l’habitat et le commerce", a-t-elle en effet annoncé devant l’hémicycle. Voilà qui répond à une des revendications fortes des maires de petites villes dans le cadre de ce grand débat,  à l’instar de Pierre Jarlier, le maire de Saint-Flour (Cantal), dont la commune s'est vue recalée par le plan Action cœur de ville. Comme lui, 56 maires avaient été retenus lors d’un Appel à manifestation d’intérêt (AMI) pour la revitalisation des centres-bourgs lancé par le précédent gouvernement mais le programme a été stoppé net après le changement de majorité, au moment où il aurait dû entrer en phase d’investissement.  "Le programme n’a pas pu être finalisé", a reconnu Jacqueline Gourault devant la commission. L’opération de revitalisation de territoire (outil phare du projet de loi Elan en matière d’urbanisme commercial) "va permettre de finaliser cette politique de bourg-centre et de se tourner vers d’autres bourgs-centres, des villes plus petites comme Sancerre ou Pont-à-Mousson…" L’APVF estime de son côté à 500 le nombre de petites villes qui souffrent d’une dévitalisation de leur centre.

Une "réserve technique" au côté de l'agence des territoires

Jacqueline Gourault a aussi apporté quelques précisions sur la future Agence nationale de cohésion des territoires (ANCT) qui suscite encore bien des interrogations chez les élus. Lors de l’examen à l’Assemblée mi-février de la proposition de loi instituant cette agence, la ministre souhaite intervenir pour redonner aux représentants de l’Etat la majorité au conseil d’administration, alors que les sénateurs  avaient donné un poids prépondérant aux élus territoriaux.  "C’est une agence nationale", a-t-elle martelé. Elle souhaite aussi que l’agence puisse s’appuyer sur une "réserve technique" qui reposerait sur des citoyens qualifiés ou des écoles d’ingénieurs. "Il s’agit de rassembler toutes les richesses locales", a-t-elle précisé. Jacqueline Gourault souhaite aussi que l’agence soit mise au service de la "présence médicale sur le territoire", un "sujet prioritaire" pour elle et pour de nombreux élus, comme l’a encore montré l’échange de Grand Bourgtheroulde. "C’est un axe majeur de l’action que j’entends mener au ministère de la Cohésion des territoires en lien avec le ministère de la Santé", a-t-elle appuyé. Au-delà des maisons de santé plurisciplinaires dont la fréquentation a augmenté selon elle de 27% en 2018, avec 3 millions de patients, la ministre a rappelé les mesures déjà entreprises par sa collègue Agnès Buzyn (fin du numerus clausus, déploiement de 400 médecins salariés en zones fragiles, primes pour les stages en zones sous-denses, télémedecine…). Mais elle a aussi dénoncé l’attitude "un peu mercantile" de certains médecins "itinérants".  "On ferme de petits hôpitaux et de petites maternités parce qu’on ne trouve plus d’anesthésistes ou de gynécologues. Il y a des médecins qui tournent et qui sont payés grassement, ça coûte très cher à l’hôpital, mais si on ne les prend pas, il n’y a plus personne pour faire tourner les services (…) Il y a un vrai problème d’organisation de l’ensemble de la santé dans notre pays", a-t-elle reconnu, rappelant que la moyenne d’âge d’installation des médecins en France est de 41 ans. Alors que l’Association des petites villes de France revendique clairement des mesures de régulation fortes pour l’installation de jeunes médecins, Jacqueline Gourault est restée sur la ligne défendue par le président de la République, celle de la liberté d’installation, avec des mesures incitatives comme l’action entreprise par le département de Saône-et-Loire qui salarie de jeunes médecins pendant trois ans avec le "ferme espoir" qu’ils restent ensuite.
Jacqueline Gourault a aussi défendu les maisons de services au public (MSAP) et souhaité l'instauration d'un véritable service public pour l'accompagnement des 20% de la population éloignés des outils numériques (voir aussi notre article de ce jour : "Maisons de services au public : un manque d'évaluation et de formation ?"). Elle préconise notamment une sorte de service provisoire au moment des déclarations d'impôts...

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