La Commission réagit à la hause du blé en suspendant la jachère
© © Stocklib / Yana Tatevosian
La crise sanitaire avait déjà pointé la dépendance de l’UE en matière de semi-conducteurs et autres biens manufacturés, la crise ukrainienne vient, quant à elle, démontrer sa vulnérabilité en matière d’approvisionnement alimentaire et énergétique.
Fortement dépendante de l’Ukraine, l’UE subit des variations de marché hors de contrôle
L’Ukraine représente 52% des importations de maïs, 19% de blé et 20 % d’oléagineux de l’UE. Les marchés sont sensibles au cours des événements puisque sur un an le blé tendre meunier habituellement à 200 €/t a rapidement franchi les 400 €/t sur le marché à terme.
Bien évidemment, les conditions de productions sont fortement impactées par les bombardements, et les infrastructures de transport sont quasiment bloquées, ce qui s’est rapidement traduit à la hausse sur les marchés. Les sites de production de volaille sont également la cible des bombardements. La guerre sur ce territoire auparavant discret cause des dommages alimentaires sur notre territoire et conduit la Commission à réagir.
La Commission a tiré les leçons de la crise Covid et agit en prévision
C’est cette volatilité qui conduit la Commission à proposer, le 23 mars prochain, une série de trois mesures visant à intervenir sur la viande de porc, au déblocage du fonds de crise de 450 M€ pour les agriculteurs en difficultés et à une dérogation à l’obligation de jachère pour produire des protéines. La Commission étend ainsi son rôle de régulateur du marché à la protection des populations européennes.
Pour ne prendre que l’exemple de la jachère, cette mesure déjà impopulaire à son entrée en vigueur est pourtant à long terme compromise. On peut s’interroger sur son maintien théorique.
D’un correctif de marché à un outil de pilotage environnemental
Le système de la jachère a été intégré à la PAC en 1992 afin de corriger les tensions de marché, visant à limiter une surproduction. En échange du gel d’une partie des terres arables, les exploitants concernés se voient compensés par un payement vert, dont le calcul a évolué vers un forfait. Les élus locaux savent à quel point ce sujet est important pour les agriculteurs qui doivent appliquer et suivre les évolutions d’une règlementation complexe.
Utilisé plusieurs fois pour alléger les tensions sur le marché, la dérogation à la jachère a fait ses preuves et la Commission a saisi l’occasion pour intégrer la jachère à sa stratégie environnementale. Mais la situation actuelle dépasse largement la tension de marché et place au second plan la préservation de la biodiversité.
La jachère a -t-elle été un jour adaptée au système productif européen ?
Le sujet de la jachère a, depuis l’origine, fait l’objet de contestations et d’un atterrissage corrélatif de son taux. De 15% en 1993, il est à 4% en 2022, avec une option à 0% pour sa fonction de correction en cas de crise majeure.
Déjà mal perçu par les agriculteurs, qui souffraient d’une application trop rigide de la règlementation, la jachère interdisant jusqu’à toute exploitation même non lucrative ou occasionnelle (y compris une fête de village), cet outil de la PAC apparaît, au vu de la situation, caduc pour ne pas dire contre-productif à l’heure où on craint une pénurie alimentaire.
La mesure de dérogation se traduisant par l’application d’un taux de 0% est une suppression qui n’ose pas dire son nom, ce qui est regrettable. En effet, le plan « From Farm To Fork » n’avait pas encore convaincu le monde agricole en prévoyant des changements de production utiles mais radicaux notamment une diminution de 50% de l’usage de pesticides.
Le monde agricole doit donc, en théorie, s’attendre à devoir planifier un nouveau gel des cultures lorsque la Commission rétablira un taux non nul, alors même que l’approvisionnement alimentaire est incertain.
- Type : Publication