La région Auvergne-Rhône-Alpes face à l’arrivée continue de frontaliers travaillant en Suisse

Dans une étude parue en mai, l’Insee propose une photographie des "navetteurs", ces actifs vivant en Auvergne-Rhône-Alpes et travaillant en Suisse. Cette région est la deuxième après le Grand Est à devoir gérer ce phénomène qui ne cesse de s’amplifier et impacte tant les déplacements transfrontaliers que le marché du logement dans les communes rhônalpines les plus proches de la frontière.

En France métropolitaine, en 2018, 424.400 personnes travaillaient dans l’un des huit pays frontaliers, soit 1,6% des actifs occupés. "En Europe, la France est le pays qui compte le plus de travailleurs frontaliers (résidents travaillant dans un pays limitrophe)", révèle une récente étude de l’Insee d’Auvergne-Rhône-Alpes. Près de la moitié (43%) de ces "navetteurs" résident dans le Grand Est (182.900 personnes) et le tiers en Auvergne-Rhône-Alpes (126.400 personnes). La quasi-totalité de ces derniers (125.100) travaillent en Suisse, dont six sur dix (75.200) dans la commune de Genève qui associe un marché du travail attractif et des salaires élevés. "Le nombre de navettes domicile-travail entre la région et la Suisse augmente au rythme de 4,7% par an en moyenne depuis 1999, soit respectivement 4 et 5 fois plus que le nombre de personnes en emploi en Suisse et en Auvergne-Rhône-Alpes", indique également l’Insee. Cette croissance ralentit, mais resterait supérieure à celle de l’ensemble des frontaliers de France métropolitaine vers les huit pays frontaliers. En 2018, 6.800 nouveaux frontaliers, actifs en Suisse, sont venus s’installer en Haute-Savoie ou dans l’Ain, dont près de la moitié (3.900) proviennent de l’étranger et une grande part (2.700) de Suisse. Mais il s’agit autant de Français que de Suisses.

Une majorité d’employés et d’ouvriers qualifiés mais peu diplômés

Avec 35.100 navetteurs, les employés, peu diplômés, occupant par exemple des postes d’employé administratif d’entreprise, sont les plus nombreux parmi les travailleurs frontaliers de la région Auvergne-Rhône-Alpes exerçant en Suisse. Près des trois quarts (76%) travaillent à Genève, plus de la moitié (61%) sont des femmes et plus du tiers (36%) sont de nationalité étrangère, essentiellement des Suisses suivis des Portugais et les Italiens. Travaillant en majorité dans la construction ou le secteur "industrie manufacturière, industries extractives et autres" (haute horlogerie et mécatronique par exemple), les ouvriers assez qualifiés, mais peu diplômés (CAP, BEP ou équivalent) forment le deuxième contingent le plus représenté parmi les navetteurs de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Ces 30.800 travailleurs frontaliers résident le plus loin de la frontière et exercent pour près de la moitié d’entre eux (48%) à Genève, ce qui les contraint à "emprunter massivement leur voiture" (90%). "Les déplacements domicile-travail constituent une problématique capitale pour les acteurs publics locaux", souligne l’étude. En effet, "les frontaliers d’Auvergne-Rhône-Alpes utilisent davantage leur véhicule que les actifs en emploi de la région (79% contre 74% en 2018), participant ainsi à une concentration en CO₂ particulièrement forte dans l'Ain et la Haute-Savoie" (lire ci-dessous).

Un quart des navetteurs sont infirmiers ou assimilés

Près du quart de ces actifs travaillant en Suisse (26.000) exercent des professions intermédiaires. Ce sont plutôt des femmes (à 80%, plus fort taux de l’ensemble des profils), de nationalité française. Ils travaillent, pour plus d’un sur deux, dans le secteur de l’administration publique, de l’enseignement, de la santé humaine et de l’action sociale. Alors que le secteur de la santé et de l’action sociale est l’un de ceux qui offre le plus d’emplois dans le canton de Genève, près d’un quart des navetteurs de cette catégorie socioprofessionnelle sont infirmiers ou assimilés. Avec 18% des travailleurs frontaliers (22.400), les cadres et professions intellectuelles supérieures sont surreprésentés dans la communauté d’agglomération du Grand Annecy. Il s’agit essentiellement d’hommes, français, de moins de 40 ans, dont les trois quarts utilisent leur voiture pour se rendre en Suisse. Ils ont un emploi sans limite de durée, par exemple comme ingénieurs et cadres d’étude, recherche et développement en informatique.

  • Développer les alternatives à la voiture individuelle

Plus de la moitié (62%) des frontaliers de l’Auvergne-Rhône-Alpes résident dans les quatre EPCI limitrophes du canton de Genève. "Dans ces territoires à proximité de la frontière helvétique, les problématiques de transport et les tensions sur le marché du logement sont particulièrement importantes." Ainsi, les déplacements domicile-travail s’effectuent en majorité avec des véhicules, contribuant à engorger les voies d’accès à la Suisse et à augmenter la concentration en CO₂ "particulièrement forte dans l'Ain et la Haute-Savoie". Les auteurs de l’étude de l’Insee préconisent de "proposer à ces frontaliers une alternative à la voiture individuelle, adaptée à leurs besoins" en poursuivant le développement outre des mobilités douces (voie verte du Grand Genève), de l’offre de transports en commun qui a déjà été étoffée avec le Léman Express et le tramway Annemasse-Genève fin 2019. L’arrivée prochaine de deux nouveaux bateaux de passagers sur le lac Léman et la mise en service en 2025 du tramway du Genevois doivent également compléter l’offre.

 

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