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La région Poitou-Charentes met en oeuvre le budget participatif des lycées

Organisation territoriale, élus et institutions

Tourisme, culture, loisirs

C'est une nouvelle façon d'affecter des fonds publics aux lycées que vient d'inaugurer la région Poitou-Charentes. Le budget participatif, doté de 10 millions d'euros, permet aux personnes fréquentant les lycées de décider quelles seront les améliorations pour leur vie quotidienne.
Image Mairie conseils

Depuis début novembre, des réunions d'un genre nouveau se tiennent dans les lycées et établissements d'enseignement adapté de Poitou-Charentes. Elèves, enseignants, personnels techniques et parents sont réunis, chose rare, pour débattre des projets qu'ils souhaitent pour l'amélioration de la vie quotidienne de l'établissement. Les échanges ont lieu en petits groupes de dix à douze personnes, facilitant la prise de parole. Des idées naissent et sont discutées : "Pourquoi ne pas acheter une télévision pour la maison des lycées ? Ou encore, planter des arbres dans la cour ? Ou bien pourquoi ne pas organiser des voyages à l'étranger ?"
Jusqu'à la mi-janvier, les 96 établissements publics de l'enseignement secondaire vont se transformer en laboratoires d'idées, à l'invitation du conseil régional, dont la présidente, Ségolène Royal, est déterminée depuis le début de son mandat à associer les citoyens à la prise de décision. "Avec les lycées, le conseil régional a commencé par le coeur de ses compétences", fait remarquer, au cabinet de Ségolène Royal, Sophie Bouchet-Petersen. La démarche s'intitule sobrement "budget participatif des lycées" (BPL). Les initiés reconnaîtront bien sûr les origines brésiliennes de cette notion importée directement de Porto Alegre, la ville qui l'a inventée. Faisant preuve de volontarisme, la région a dégagé 10 millions d'euros sur 2005-2006 pour cette expérience encore unique en France, soit près de 10% du budget annuel des lycées.

Vote sur les projets

Dès janvier 2005, une cinquantaine de lycées ont expérimenté le budget participatif. Les premières réunions ont permis à la communauté éducative de s'informer sur ce nouveau dispositif et de formuler des propositions, chiffrées par le conseil régional durant le reste de l'hiver. "Les projets d'aménagement des locaux ou de construction nécessitant des investissements de plusieurs millions d'euros sont évidemment exclus du budget participatif", précise Sophie Bouchet-Petersen, qui a piloté l'expérimentation.
A partir de la fin avril 2005, les membres de la communauté éducative se sont de nouveau réunis dans chaque lycée pour, cette fois, exprimer au moyen d'un vote leurs préférences parmi les propositions qu'ils ont émises. Ne pouvant les financer toutes, la région a sélectionné les trois premiers projets de l'ensemble des lycées, plus quelques autres, soit au total 227 projets. "Les demandes ont été très fortes dans le domaine de la culture, avec des projets comme une radio inter-lycées, une salle de musique, des journaux lycéens, analyse Sophie Bouchet-Petersen. Beaucoup de demandes ont concerné aussi l'écologie, avec par exemple, un audit énergétique, le recyclage des déchets. C'est une bonne surprise, puisque l'environnement est une des priorités politiques de la région." Les élus régionaux ont souhaité financer le plus vite possible les projets retenus, afin que les personnes fréquentant les lycées voient sans tarder la réalisation de leur vote.

Remises en cause

La fin de l'expérimentation permet de dresser un premier bilan. Le budget participatif conduit d'abord à quelques surprises. Comme celles de ce proviseur, qui pensant bien connaître les attentes des lycéens, imaginait qu'il faudrait en priorité rénover le gymnase. Au cours de la réunion, il s'est aperçu que les élèves attendaient des améliorations du côté de la cantine. Le BPL conduit aussi à des remises en cause, notamment pour le personnel de l'administration régionale, amené à participer à des réunions tardives.
La nouveauté est aussi pour les jeunes, les parents et le personnel du lycée, placés en situation de décider pour leur avenir. En juin dernier, Ségolène Royal soulignait cependant les limites éventuelles de cet exercice : "Les familles populaires qui subissent le plus de difficultés ont plus de mal à venir aux réunions et à s'y exprimer ; elles ne se sentent pas suffisamment légitimes ou doutent que, pour une fois, leur parole compte et pèse." Pour pallier ces inconvénients, la région a justement choisi d'appliquer le BPL à toutes les filières de l'enseignement secondaire : générale, technique et adaptée.
Sur cette lancée, la présidente de région souhaite, d'ici la fin de son mandat, étendre le budget participatif à d'autres secteurs de l'action régionale et à 10% du budget (495 millions d'euros en 1995).

Thomas Beurey / EVS Conseil pour Localtis

"Les priorités du budget participatif sont en phase avec le projet de l'établissement"

Le lycée Bernard-Palissy de Saintes (Charente-Maritime) a expérimenté au début de l'année le budget participatif. Son proviseur, Yves Geslin, dresse le bilan.

La création d'un budget participatif par le conseil régional a-t-elle modifié la façon de décider dans le lycée ?

Le conseil régional a manifesté une attitude volontariste en décidant d'instituer des pratiques de démocratie directe. C'est bien sûr nouveau, puisque nos modes de fonctionnement sont fondés sur la démocratie représentative. Au lycée Bernard-Palissy, nous avions cependant déjà mis en oeuvre la démocratie directe lors de la définition en 2003-2004 du projet d'établissement. On avait alors organisé des réunions avec l'ensemble de la communauté éducative et diffusé des questionnaires auprès des usagers et des personnels. Dans le cadre du budget participatif, une première réunion a eu lieu en début d'année avec assez peu d'élèves, il faut bien le reconnaître. Mais ceux-ci ont été plus présents la seconde fois. A la réunion de novembre, je m'attends à y voir une cinquantaine d'élèves sur les 1.700 que compte le lycée. J'ai réuni les délégués de classe pour qu'ils participent et incitent leurs camarades à en faire autant.

A l'issue d'un vote, la communauté éducative du lycée a défini des propositions. Quelles sont celles qui seront finalement financées par le conseil régional ?

D'abord l'aménagement d'une partie de notre atrium en espaces de rencontres. Après travaux, on y trouvera des permanences des enseignants, des tuteurs ou encore du conseiller d'orientation. Le coût des aménagements n'a pas encore été évalué. La seconde proposition retenue par la région consiste à créer une salle multimédia pour l'apprentissage des langues (24 postes) pour un coût de 70.000 euros. La troisième priorité est la réparation de la piste d'athlétisme, pour un coût de 150.000 euros. Le conseil régional a, en plus, choisi de subventionner trois autres propositions de la liste : l'agrandissement et l'équipement de la maison des lycéens (un coût de plus de 40.000 euros), la diffusion d'un bulletin d'information aux familles (environ 2.000 euros) et l'aménagement de vestiaires et de douches pour le personnel. Avec ces trois derniers choix, la région s'est montrée, on peut dire, "politiquement correcte" en n'oubliant aucune des catégories de la communauté éducative.

Trouvez-vous positif de faire confiance à la communauté éducative pour déterminer les projets du lycée ?

Le budget participatif est intéressant du point de vue éducatif. Il contribue à la formation du citoyen, à sa participation à la vie démocratique. Mais il faut, je pense, veiller à bien articuler la démocratie directe et les organes de décision de la démocratie représentative. J'observe, d'une manière générale, que les priorités retenues dans le cadre du budget participatif correspondent réellement à des besoins prioritaires de l'établissement. Certes, la priorité des priorités serait la construction d'un amphithéâtre doté d'un espace scénique. Mais étant donné son coût, cet équipement ne peut rentrer dans le budget participatif. J'émets quand même une interrogation à ce stade : les deux priorités d'un lycée, la sécurité et la pédagogie, trouveront-elles leur place dans les priorités du budget participatif ? Par exemple, si le renouvellement du parc d'ordinateurs, indispensable à la transmission des savoirs, passait après l'extension de la maison des lycéens, il y aurait un problème.

Aller plus loin sur le web :
 
Le site internet de la région Poitou-Charentes
http://www.poitou-charentes.fr
 
Le site internet du budget participatif des lycées en Poitou-Charentes
http://www.democratie-participative.fr/bpl/index.dml
 
La démarche participative en Poitou-Charentes
http://www.poitou-charentes.fr/fr/exergue/forums-participatifs/index.dml

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