La Rochefoucauld-Porte du Périgord : reconvertir une friche industrielle en cœur de ville (16)

La communauté de communes de La Rochefoucauld-Porte du Périgord a entamé la réhabilitation-reconversion d'un site industriel situé dans l’hypercentre urbain. Objectif : reconstruire la ville sur la ville. Mais il faut assurer la dépollution du site et travailler étape par étape.

La communauté de communes de La Rochefoucauld-Porte du Périgord (27 communes, 21.900 habitants) travaille sur le devenir d'un espace industriel en partie en friche mais dont certains secteurs sont toujours en activité : le site "Saint-Florent/Taracole". Localisé sur la commune de La Rochefoucauld-en-Angoumois, le site fait l’objet d’une zone d'aménagement concerté (ZAC), les Terrasses de Tardoire. Les opérations de démolition et de dépollution de ce site industriel de 9 hectares et 150.000 m2 de bâtiments ne sont pas terminées, mais le devenir du site se dessine. Les élus communautaires souhaitent y conserver une activité industrielle, mais aussi y construire d'ici une vingtaine d'année entre 80 et 100 logements, une pépinière d'activités économiques de 20.000 m2, une esplanade et un parcours piéton. Cependant, la complexité des opérations et leur coût nécessitent de penser un aménagement parcelle par parcelle.

Retrouver un accès public aux berges de la Tardoire

Voilà plus de dix ans qu'élus et habitants s'interrogent sur le devenir de cette zone située à proximité d'un monument historique, le château de La Rochefoucauld, et bordée par la Tardoire. "On ne pouvait pas garder une friche industrielle en plein cœur de ville, précise le maire de La Rochefoucauld-en-Angoumois (4.000 habitants), Jean-Louis Marsaud, qui est également vice-président de la communauté de communes. Une des idées de départ était de se réapproprier les berges de la rivière en y proposant un accès avec des promenades, des jeux, des bancs..."
En 2008, la préfecture de la Charente constate la dégradation rapide des bâtiments et s'associe à la création d'un comité de pilotage sur le devenir du site regroupant différents acteurs autour de l'intercommunalité : Agence de la maîtrise de l'environnement et de l'énergie (Ademe), direction départementale des territoires, Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE). Le site est en effet à la croisée de différents enjeux : patrimoniaux, industriels, environnementaux…

Concertation pour la création de la ZAC

La procédure de concertation pour la création d'une ZAC est initiée en 2010. En 2012, l'intercommunalité signe avec l'établissement public foncier (EPF) de Nouvelle-Aquitaine une convention pour le portage du foncier et les travaux. Après les premières acquisitions de terrain et études, une concertation avec les élus et acteurs du territoire - anciens salariés des usines, habitants, usagers de l'accueil de loisir - est organisée en 2014-2015 : réunions publiques, balades urbaines, boîtes à idée... "Cela a notamment permis de faire émerger la volonté de retrouver un accès aux berges et de proposer une trame verte jusqu'au château", note la responsable du pôle aménagement de la communauté de communes de La Rochefoucauld-Porte du Périgord, Émilie Galland. 
La création de la ZAC est actée en 2015 avec un projet qui répond aux différents objectifs identifiés : préserver l’activité industrielle, proposer une mixité des fonctions, restituer une continuité végétale des rives de la Tardoire, remettre en scène l’extrémité sud du parc du château…

Dépollution à la charge des pouvoirs publics et collectivités 

Depuis 2019, les travaux de désamiantage et de déconstruction des superstructures sont terminés sur un des six lots de la ZAC. Pour cette première phase, dont la maîtrise d'ouvrage est assurée par l'EPF, le budget est de 760.000 euros, dont 500.000 pris en charge par l'État via le fonds d'aide à l'investissement local, environ 80.000 par l'Ademe et 180.000 par l'intercommunalité. La deuxième phase, la dépollution des sols et la démolition des bâtiments, devrait commencer d'ici 2021 et le réaménagement les berges pourra alors être entrepris. Mais la communauté de communes cherche encore des subventions pour cette opération dont le budget est fixé à 850.000 euros ; à ce jour, seulement 130.000 euros sont acquis via la dotation d'équipement des territoires ruraux et le fonds national d'aménagement et de développement du territoire.
Sur la ZAC, les usines textiles créées au début du 20e siècle ont employé jusqu'à 1.600 ouvriers dans les années 1980. Mais après différentes restructurations et délocalisations, ne subsiste aujourd'hui que la société Silac Industrie (cardage et aiguilletage de fibres synthétiques) et Borflex (caoutchouc) avec une soixantaine d’emplois. Les autres sociétés ayant fait faillite, c’est l’intercommunalité et les pouvoirs publics qui doivent prendre en charge les coûts de dépollution.

De multiples contraintes et un aménagement bloc par bloc

"Compte tenu de la superficie et des contraintes, avec des zones situées dans le plan de prévention des inondations, les vestiges archéologiques, la pollution des sols, la multitude de propriétaires et les deux entreprises encore en activité, nous travaillons bloc par bloc", précise la responsable du pôle aménagement du territoire. Les "aides de l'État ont été essentielles mais le financement est le principal frein sur ce type d'opération", remarque le maire de La Rochefoucauld. La convention passée avec l'EPF permet d'étaler sur plusieurs années les remboursements pour l'acquisition de foncier (4,6 ha en 2019) et les travaux. Mais le budget de l'intercommunalité, avec une capacité d'autofinancement de moins de 500.000 euros, reste limité. En attendant, l'intercommunalité réfléchit avec l'entreprise Silac sur le réaménagement des locaux qu'elle loue sur un autre lot de la ZAC avant leur réhabilitation et a initié une demande de subvention pour construire une gendarmerie et des habitations dédiées. "Nous avons un projet ambitieux, mais sur vingt ans. Il faut donc s'adapter aux opportunités", précise le maire de La Rochefoucauld-en-Angoumois. Dans la présentation initiale de la ZAC, qui mentionnait un budget total de 20 millions d'euros, certains aménagements prévus tels qu'une ferme urbaine pourraient ainsi être abandonnés.

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