La stratégie nationale de prévention de la délinquance sort enfin du bois

Ballotée de gouvernement en gouvernement depuis deux ans, la nouvelle stratégie nationale de prévention de la délinquance a enfin été dévoilée par la ministre déléguée chargée de la Citoyenneté Marie-Pierre Vedrenne, vendredi 24 avril, lors d'un déplacement dans le Finistère. Constatant un durcissement de la violence chez les jeunes, avec l'apparition de nouvelles formes de délinquance (armes blanches, narcotrafics, cyberviolence...), la stratégie cherche à éviter le "basculement" dès les premiers signaux et à améliorer le suivi à travers un "continuum de prévention".

Deux ans. C’est le temps qu’il aura fallu au gouvernement pour accoucher d’une nouvelle stratégie nationale de prévention de la délinquance portant sur la période 2026-2030. L’instabilité gouvernementale, qui avait eu raison du "Beauvau de la prévention de la délinquance", n’est pas étrangère à ce retard.

Lors d’un déplacement à Brest, vendredi 24 avril, la ministre déléguée chargée de la Citoyenneté a enfin levé le voile sur ce document qui comporte 50 mesures "pour anticiper les basculements" dans la délinquance. "Agir tôt, avant que les trajectoires ne basculent. Agir fort, quand la loi est transgressée", telle est l’ambition que s’assigne la ministre. La stratégie est le "fruit d’une large concertation pilotée par le Secrétariat général de prévention de la délinquance et de la radicalisation, associant ministères, collectivités territoriales, associations et professionnels de terrain", rappelle le ministère, dans un communiqué.

Nouvelles formes de délinquance

L’objectif est d’abord de s’adapter aux "nouvelles formes de délinquance" qui se sont exacerbées ces derniers temps : banalisation des armes blanches, narcotrafics, violences numériques, exploitation des mineurs…

Sans parler "d'ensauvagement" de la société comme le faisait l'ancien ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau, la stratégie dresse le constat d'un durcissement de la délinquance juvénile. Les mineurs sont en effet surreprésentés dans l’ensemble des infractions suivies. Ils représentent par exemple 32% des mis en cause pour vols avec armes ou 29% des vols de véhicules. Leur implication dans des faits de "gravité extrême" augmente (avec 121 homicides en 2025 contre 34 en 2016). Par ailleurs, entre le 1er mars 2025 et le 15 février 2026, 829 armes ont été saisies, dont 709 armes blanches, à l’occasion des opérations de contrôle dans les collèges, lycées, et établissements d’enseignement supérieur. Mais les mineurs sont aussi les victimes. Victimes des violences sexuelles (58% du total, avec 19% de moins de 10 ans), victimes de la cyberdélinquance… 

Continuum de prévention

Alors le gouvernement veut renforcer le ciblage et la détection des signaux faibles, et le suivi à travers ce qu’il appelle un "continuum de prévention", corollaire du continuum de la sécurité, de l’enfance jusqu’à l’âge adulte. Ce qui passe d’abord par l’accompagnement des parents, en "allant vers les familles en difficulté, la mobilisation du conseil des droits et devoirs des familles (CDDF), le développement de projets dits de "parentalité numérique"… La stratégie entend aussi renforcer l’accompagnement des personnes vulnérables (âgées, isolées, en situation de handicap…) et la formation des professionnels aux compétences psychosociales (apprendre à gérer les conflits), avec une action spécifique pour les agents des collectivités locales.

Constatant une "érosion du rapport aux institutions et aux forces de l’ordre", le gouvernement prend de nouvelles mesures comme la création d’un stage "parcours de découverte des institutions" pour  les élèves de 3e et de seconde. Il entend aussi s’appuyer sur les vertus du sport et de la culture.

Le troisième axe de cette stratégie vise à "mieux coordonner et mieux outillers la politique de prévention", en réaffirmant le "rôle central" du maire et en s’appuyant sur le conseil local ou intercommunal de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD ou CISPD). La stratégie arrive d'ailleurs quelques jours avant le début de l'examen à l'Assemblée du projet de loi renforçant les compétences des polices municipales.

Académie numérique de la prévention

Un groupe de travail associant les maires d’une douzaine de villes, les préfectures et les acteurs associatifs va être installé afin d’"établir un diagnostic des différentes instances locales de suivi de la délinquance", "renforcer le suivi individualisé des délinquants", et renforcer la "réponse 360°", en mobilisant l’écosystème local, via des conventions de partenariats avec les jeunes sapeurs-pompiers par exemple.

Autre nouveauté de cette stratégie : la création d’une "Académie numérique de la prévention", sorte de centre de ressources en ligne qui pourra être utile aux nouveaux maires.

Reste la question centrale du financement. Le Fonds interministériel de la prévention de la délinquance (FIPD) censé cofinancer les actions des collectivités devrait encore voir ses crédits rognés cette année, a indiqué Marie-Pierre Vedrenne, dans un entretien à La Gazette des communes paru ce vendredi. La part hors vidéoprotection devrait ainsi tomber à 46 millions d’euros dans la fameuse circulaire adressée aux préfets chaque année. Elle était déjà passée de 62,4 millions d’euros à 52,7 millions d’euros entre 2024 et 2025.

 

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