La stratégie nationale pour un numérique inclusif s'appuiera sur les départements

Quand Mounir Mahjoubi a annoncé à Bordeaux, le 12 décembre, le déploiement d'une stratégie nationale pour l'inclusion numérique, il n'oubliait pas que la Conférence nationale des territoires tiendrait sa seconde session à Cahors deux jours plus tard. Le secrétaire d'Etat appelle de ses vœux une organisation territoriale de l'inclusion, où les départements vont jouer un rôle clé.

Parmi les 6,7 millions de français de plus de 18 ans ne se connectant jamais à internet, 50% résident dans des communes de moins de 20.000 habitants. Ou encore, 34% des personnes résidant dans les villes moyennes disent ne pas du tout profiter des opportunités offertes par le numérique. Autant de chiffres cités par l'Agence du numérique, qui démontrent que Mounir Mahjoubi, secrétaire d'Etat au Numérique, ne pouvait négliger cette dimension territoriale en présentant, le 12 décembre, sa stratégie nationale pour un numérique inclusif. Finalement, cet aspect constitue même le pilier essentiel du futur dispositif. Après une phase de concertation destinée à durer jusqu'à mars prochain, qui consistera en trois groupes de travail sur les publics cibles de la médiation numérique, la structuration de l'offre et enfin son financement, les départements auront un trimestre supplémentaire pour élaborer, en compagnie des acteurs locaux et des services de l'Etat, des schémas permettant de coordonner une stratégie locale en matière de numérique inclusif. "Notre objectif est qu’à l’été 2018, chaque territoire soit en mesure de déployer des parcours d’accompagnement et de formation au numérique en phase avec les besoins locaux, partout et pour tous", déclare Mounir Mahjoubi. Il s'agit donc de développement une approche résolument territorialisée : à chaque lieu ses problématiques, à chaque lieu ses ressources et ses solutions. Le secrétaire d'Etat l'avait déjà évoqué lors de son déplacement à Lyon, à l'occasion du forum des Interconnectés du 6 décembre dernier. A ses annonces, l'association organisatrice du forum avait répondu par un "manifeste des territoires interconnectés", élaboré de façon collaborative avec les collectivités, qui fait la part belle à la promotion de la méthode partenariale et à la valorisation des nouveaux "communs". Des pistes que l'on retrouve au cœur de la nouvelle stratégie du numérique inclusif.

La médiation numérique s'invite déjà dans les départements

Le parti pris territorial de Mounir Mahjoubi s'appuie en fait sur un héritage déjà consistant. Outre les réflexions des réseaux spécialisés tels que les Interconnectés ou encore la MedNum, les schémas départementaux des usages numériques (Sdun), déjà menés dans certains territoires à partir d'initiatives locales, abordent largement la question de la médiation numérique. L'Agence du numérique avait également préparé le terrain, en mettant au point un document-cadre méthodologique pour aider les territoires dans l'élaboration de ces documents. Ce travail, fourni début 2017 dans le sillage de la loi pour une République numérique, insistait déjà très lourdement sur l'importance de centrer les Sdun sur la médiation numérique et l'inclusion. Or, pour certains départements, le document faisait auparavant office de stratégie de déploiement des services numériques standard (numérique éducatif, téléservices, télémédecine, etc.). Ainsi, le "tournant des usages" a été enclenché, au niveau national, par l'ancienne secrétaire d'Etat Axelle Lemaire. L'arrivée de Mounir Mahjoubi, qui a toujours été sensible à cet aspect, n'a fait que renforcer cette dynamique en cours.

Les finances du numérique inclusif ne sont plus un tabou

Aux dires des acteurs de terrain, c'est une parole claire sur le financement de la médiation numérique qui manquait le plus à cet écosystème. Si, au sein de l'Agence du numérique, la mission Société numérique se révèle active et reconnue depuis plusieurs mois, un sentiment de disette budgétaire hante parfois les esprits. En mettant en avant une étude conjointe de WeTechCare et CapGemini Consulting sur le modèle économique du numérique inclusif, le gouvernement a démystifié l'enjeu et esquissé quelques orientations. Le rapport relate que, sur six ans, c'est près de un milliard d'euros qui seraient nécessaires pour faire reculer substantiellement la fracture numérique. Mais WeTechCare et CapGemini veulent aussi montrer que l'investissement n'est pas sans avantages. Une proportion accrue des usagers recourant aux services dématérialisés, cela signifierait une amélioration salutaire de la productivité des opérateurs et ministères. Dans cette lignée, le secrétariat d’Etat a confié une étude au Conseil économique, social et environnemental afin d’évaluer plus largement ces retombées économiques par l’analyse des effets de l’inclusion numérique sur l’employabilité, la compétitivité et les dépenses de loisirs. Le budget de l'Etat sera, lui, connu à la mi-2018, selon Mounir Mahjoubi. Une chose est sûre : l'Etat fera preuve d'astuce pour répartir les coûts. Les organismes qui bénéficient de la transition numérique, y compris les entreprises, pourraient être mis à contribution.

 

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