La vie sous couvre-feu mode d'emploi

"Commerces", "services" et "lieux recevant du public" fermés de 21h à 6h en Île-de-France et dans huit métropoles, attestation ou justificatif à produire pour tout déplacement durant cette tranche horaire, fêtes privées interdites dans les établissements recevant du public partout en France… Jean Castex a détaillé jeudi les nouvelles mesures pour lutter contre l'épidémie résultant à la fois des annonces présidentielles de la veille et du décret prolongeant l'état d'urgence publié le matin même.

Comme on le savait depuis l'allocution d'Emmanuel Macron (lire notre article), à Paris et dans l'ensemble des départements franciliens, ainsi que dans les huit métropoles en niveau d'alerte maximale (Lyon, Lille, Toulouse, Montpellier, Saint-Etienne, Aix-Marseille, Rouen et Grenoble), "à 21h, chacun devra être chez soi", a résumé le Premier ministre ce jeudi 15 octobre en début d'après-midi lors d'une conférence de presse, entouré de quatre de ses ministres. Par conséquent, "tous les lieux, commerces ou services recevant du public, seront fermés" à cette heure-là, a-t-il précisé. Tout en donnant d'emblée des exemples d'exemptions : "les établissements de santé, médico-sociaux", les hôtels… mais aussi "les restaurants pratiquant la livraison à domicile" (de quoi inciter les restaurateurs privés de service du soir à faire basculer toute leur activité vers de la livraison ?). Toutes les activités impactées bénéficieront de nouvelles mesures de soutien que Bruno Le Maire a détaillées (voir notre article de ce jour).

Pour l'interdiction de sortir de chez soi, là aussi, des exceptions. Celles liées à la santé tout d'abord – se rendre aux urgences, "aller acheter des médicaments dans une pharmacie de garde"… Les exceptions liées à l'activité professionnelle aussi bien-sûr. Et puis, a énuméré le chef du gouvernement, "sortir son animal de compagnie près de chez soi", aller prendre un avion ou un train… En fait, les choses ne semblaient pas encore tout à fait calées ce jeudi après-midi. Ainsi, répondant aux questions des journalistes, Jean Castex a précisé que même un départ de train ou d'avion après 21h serait possible, le billet servant alors de justificatif. La SNCF indiquait toutefois peu après attendre "une confirmation formelle du gouvernement de ce que le billet de train pourra servir d'autorisation pour se déplacer vers la gare ou en revenir". Sera-t-il possible d'accompagner quelqu'un à la gare ou à l'aéroport le soir ? "La question devra être clarifiée très vite" et de façon "pragmatique", a estimé Jean Castex.

Autre question, et non des moindres, restée en suspens : un billet de spectacle pourrait-il valoir justificatif ? "Il faut qu'on l'étudie, je ne m'attendais pas à cette question…", a reconnu le Premier ministre. Or la réponse qui y sera donnée pourrait évidemment tout changer pour le secteur culturel. Dès mercredi soir, plusieurs voix, dont celle d'Anne Hidalgo, avaient effectivement suggéré que les billets servent d'attestation pour rentrer chez soi après un spectacle se terminant au-delà de 21h. "Je vais discuter avec Roselyne Bachelot pour voir comment on peut, sur le spectacle vivant notamment, trouver des solutions qui permettent aux artistes de continuer à exercer leur vocation et assurer leurs représentations", déclarait la maire de Paris jeudi matin. La logique exposée par l'exécutif pourrait logiquement plaider en ce sens : l'objectif est de limiter toutes les occasions où l'on ne porte pas de masque (cela a été dit pour justifier le fait que la promiscuité dans les transports ne posait pas vraiment de "difficultés" ou que l'on pouvait être plus de six personnes dans un même bureau sur le lieu de travail). Une conférence de presse commune d'Anne Hidalgo et Didier Lallement, préfet de police, est prévue ce vendredi en fin de matinée.

De façon générale, il faudra attendre de voir le contenu de l'attestation pour connaître la liste des motifs de sortie jugés légitimes. Car attestation il y aura. Comme pendant le confinement, elle sera téléchargeable sur le site du ministère de l'Intérieur, pourra être remplie sur smartphone (avec validité d'une heure) ou être recopiée sur papier libre, a précisé Gérald Darmanin. Le modèle devrait être mis en ligne ce vendredi. On saura alors si les motifs qui figurent depuis le mois de juin sur l'attestation en vigueur en Guyane, territoire soumis depuis de long mois au couvre-feu, seront également admis en métropole : "déplacements pour motif familial impérieux, pour l’assistance des personnes vulnérables et pour la garde d’enfants"… et "déplacements brefs, dans la limite d'une heure quotidienne et dans un rayon maximal d'un kilomètre autour du domicile". Ce qui, là encore, changerait pas mal les choses. Pour les motifs professionnels, un justificatif de l'employeur ou une carte professionnelle sera nécessaire en plus de l'attestation.

Le ministre de l'Intérieur a en tout cas insisté sur les amendes encourues, ainsi que sur les forces de l'ordre qui seront déployées pour faire respecter le dispositif. Soit "12.000 policiers et gendarmes chaque nuit", en plus des équipes déjà présentes sur le terrain en temps normal… et en plus des policiers municipaux "si les maires le souhaitent". Des policiers municipaux qui, comme au printemps dernier, seront habilités à verbaliser les contrevenants.

En journée, les dernières règles en date continueront de s'appliquer : débits de boissons fermés, salles de sport ouvertes seulement pour les mineurs, jauge de 50% dans les universités…

Le Premier ministre a par ailleurs précisé un certain nombre de "règles générales" qui, en vertu de l'état d'urgence, prévaudront, elles, pour l'ensemble du territoire (donc pas uniquement en Ile-de-France et dans les huit métropoles concernées par le couvre-feu) :
- Pas de fêtes privées (mariage, soirée étudiante...) dans les salles polyvalentes.
- Tous les restaurants, dans tout le pays, devront instaurer un protocole sanitaire renforcé, notamment en limitant leur accueil à 6 clients par table maximum et en conservant leurs coordonnées pour les recontacter.
- Au cinéma ou dans les salles de spectacle, un siège devra être laissé libre entre deux personnes, deux familles ou deux groupes d'amis de six maximum, et les jauges de spectateurs seront limitées à entre 1.000 et 5.000 personnes sur décision préfectorale.
- Dans les centres commerciaux, musées, foires et autres "lieux où l'on circule debout", jauge limitée à 4 m2 par personne, dans les limites fixées par le préfet.
- Une règle de 6 personnes s'applique aux restaurants et aux rassemblements dans l'espace public. Le gouvernement le recommande aussi dans le cadre privé, mais ne peut pas l'imposer. "La règle des 6 est incitative, les forces de l'ordre feront de la pédagogie", a indiqué Gérald Darmanin.

En matière de transports et d'établissements scolaires, rien ne change, le gouvernement jugeant que les choses se passent bien. S'agissant des lieux de travail, Elisabeth Borne a déclaré que "le protocole est très bien respecté" dans les entreprises (seulement 300 mises en demeure). Un nouveau protocole va toutefois être mis en place afin, notamment, d'inciter à un nombre minimal de jours de télétravail et à un étalement des heures d'arrivée et de départ. Pour la fonction publique, Jean Castex a indiqué que "les administrations définiront une organisation" permettant "deux à trois jours de télétravail" par semaine tout en tenant compte des "nécessités de service". Quelques heures plus tard, la ministre en charge de la fonction publique, Amélie de Montchalin, a confirmé dans un communiqué cet "impératif" de deux à trois jours de télétravail pour les administrations de l'Etat et a invité "les autres employeurs publics à mettre en place des mesures analogues en tenant compte de leurs spécificités". Elle recevra les organisations syndicales le 19 octobre pour "un nouveau point d’étape sur la situation".

L'ensemble des mesures seront "précisées et adaptées d'ici samedi" après dialogue avec les partenaires sociaux, "les élus locaux avec lesquels je suis en lien constant" et les partis politiques, a déclaré le chef du gouvernement, qui avait en préambule assuré avoir "fait le pari de la confiance avec les élus locaux, sans lesquels nous n'y arriverions pas".

Les nouvelles règles du jeu sont-elles susceptibles d'évoluer ? "Il faut plusieurs semaines pour qu'une mesure montre son efficacité", a expliqué Olivier Véran, le ministre de la santé. Toutefois, en fonction de l'évolution de la situation sanitaire, "certains territoires" pourraient rejoindre la liste des territoires soumis au couvre-feu. Et l'inverse n'est pas exclu non plus.

Pourquoi les partis politiques ? Parce qu'une nouvelle question vient d'émerger. Celle des élections départementales et régionales de mars prochain. Déjà soulevée par quelques élus (voir notre article), la question se pose quant à "l'organisation des scrutins eux-mêmes" mais aussi, avant cela, sur le déroulement de la campagne, a dit Jean Castex, évoquant "l'abstention record" des municipales. Emmanuel Macron l'aurait chargé de se pencher sur le sujet "avec transparence et méthode". Un "groupe de travail comprenant tous les partis politiques" va être constitué. "Il faut que la décision soit prise avant que la campagne officielle commence, donc à la fin de l'année, début d'année 2021", avait souligné quelques heures plus tôt Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement, listant plusieurs points à étudier : "Comment est-ce qu'on tient une campagne dans ce contexte sanitaire ? Est-ce qu'on peut la tenir ? Si ce n'est pas le cas, est-ce que ça met en doute la sincérité du scrutin ? Si on considère qu'on ne peut pas, quand est-ce qu'on peut tenir ces élections ?"

 

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