Le comité interministériel pour la prévention de la délinquance et de la radicalisation a retrouvé sa tête

Frédéric Rose vient d’être nommé secrétaire général du comité interministériel pour la prévention de la délinquance et de la radicalisation. Une nomination saluée par le Sénat, dans un domaine "qui implique au premier chef les collectivités territoriales".

Hasard ou coïncidence ? Alors que la nomination du secrétaire général du comité interministériel pour la prévention de la délinquance et de la radicalisation (SG-CIPDR) était attendue depuis plusieurs mois, elle vient d’intervenir quelques jours seulement après le communiqué de presse de la délégation aux collectivités territoriales du Sénat du 15 octobre qui jugeait "incompréhensible" ce retard
C’est bien Frédéric Rose – son nom circulait depuis plusieurs semaines - qui prendra la tête de cette entité, au centre de toutes les attentions depuis l’attentat de la préfecture de police de Paris, où l’homme a d’ailleurs brièvement exercé (v. infra). Le décret de nomination est paru au Journal officiel, le 23 octobre. "Une bonne nouvelle", nous a indiqué le président de la délégation sénatoriale, Jean-Marie Bockel, pour qui "le parcours de M. Rose est un atout dans ses nouvelles fonctions : il connaît le terrain mais aussi les structures centrales de l’État, et son expérience variée lui sera utile". 

Un parcours varié, véritable atout pour le poste

L’expertise et l’expérience concrète de la matière de l’impétrant ne sont en effet plus à démontrer. Chargé depuis juillet 2018 de la déclinaison territoriale du plan national de prévention de la radicalisation auprès du secrétariat général du ministère de l’Intérieur, ce breton d’origine s’est également beaucoup investi sur la question comme directeur de cabinet du préfet de région de la région Occitanie, préfet de la Haute-Garonne entre 2015 et 2018. Le préfet de l’époque, Pascal Mailhos, ancien directeur central des renseignements généraux – avec lequel il avait déjà collaboré dans le Finistère (v. infra) – avait notamment mis en place en 2015 une cellule de prévention de la radicalisation chez les jeunes, réunissant représentants de la police, de la gendarmerie, de la justice, de l’éducation nationale, de l’aide à l’enfance et des renseignements généraux, dans laquelle il était impliqué (1). 
Son parcours très éclectique – Frédéric Rose a débuté sa carrière au SGDN, avant de devenir magistrat, puis préfet – peut également se révéler précieux dans un domaine où, selon un fonctionnaire travaillant sur ces questions, "l’interministériel est toujours très compliqué, chaque ministère campant sur ses prérogatives". Le fait qu’un homme "de l’Intérieur" succède à la diplomate Muriel Domenach (intérim de Michel Hurlin mis à part) n’a d’ailleurs pas manqué d’être lu par certains – à  tort ou à raison – comme un retour de la place Beauvau au cœur du dispositif.
Enfin, Frédéric Rose compte de fervents adeptes. Interrogé par nos soins, Pascal Mailhos n’a pas eu besoin de se faire prier pour louer son ancien collaborateur : "Un homme de grandes qualités, professionnelles et personnelles, dont le profil correspond parfaitement aux exigences du poste".

Intégration de l'ancienne Miviludes

Et les exigences sont nombreuses ! La nouvelle stratégie nationale de prévention de la délinquance, attendue depuis 2017, constitue le morceau de choix. En cours de validation, elle devait être publiée avant la fin de l’année. Au menu également, la circulaire relative au fonds interministériel de prévention de la délinquance (67,3 millions d’euros en 2019), qui doit fixer les nouvelles orientations en matière de politiques publiques de prévention pour 2020. Le nouveau secrétaire devra en outre gérer l’intégration des services de l’ancienne mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), comme l’a confirmé récemment le secrétaire d’État Laurent Nunez au Sénat (v. JO Sénat 3 oct. 2019, p. 12754). 
Pour l’aider dans cette tâche, il pourra compter sur l’aide – et la surveillance… – du Sénat. Jean-Marie Bockel nous a indiqué que "la délégation est disponible pour travailler avec lui, compte tenu du fait que la prévention de la délinquance et de la radicalisation implique au premier chef les collectivités territoriales". Frédéric Rose sera d’ailleurs prochainement entendu par la délégation dans le cadre de son travail de suivi de son rapport sur les collectivités et la prévention de la radicalisation et de son cycle d'auditions sur l'ancrage territorial de la sécurité intérieure. 

[1] La Haute-Garonne est considérée comme le département de province le plus touché par le phénomène. Lors de la présentation en février 2018 du bilan de la délinquance, le préfet Pascal Mailhos avait indiqué que "350 personnes sont suivies pour des faits de radicalisation" en Haute-Garonne. "Nous sommes en deuxième position avec Marseille derrière l’Île-de-France."


 

Bio express

Titulaire d’une maîtrise de droit et d’un DESS "de défense", Frédéric Rose a débuté sa carrière au secrétariat général de la défense nationale (SGDN) comme chargé de mission, avant d’intégrer l’école nationale de la magistrature en 2003. Sa carrière de magistrat sera toutefois fort brève et limitée au TGI de Senlis, où il exercera d’abord comme auditeur de justice, puis comme substitut du procureur de la République. Après un passage, non officiel, au cabinet de Rachida Dati place Vendôme, il rejoint la préfectorale, d’abord en détachement. Il occupe successivement les fonctions de directeur de cabinet du préfet de la Vendée (décret du 16 sept. 2009) où, de permanence le soir de la tempête Xynthia, il a géré les premiers secours, puis de celui du Finistère (décret du 24 nov. 2010), de chef de cabinet du préfet de police (décret 28 avr. 2012) et de sous-préfet de Dreux (décret du 3 sept. 2013). Intégré dans le corps des sous-préfets en mars 2015, il est nommé directeur de cabinet du préfet de région de la région Occitanie, préfet de la Haute-Garonne (décret du 27 août 2015), avant de rejoindre en 2018 le secrétaire général du ministère de l’Intérieur, d’abord comme directeur de projet, puis comme préfet chargé d’une mission de service public relevant du gouvernement.

 

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