Le moulin de Hures-la-Parade crée une filière "du blé au pain" (48)

Initié par des habitants et des paysans du causse Méjean (Lozère), le projet de création d’une filière meunière locale s’est concrétisé avec le soutien de la commune et de nombreux partenaires financiers et techniques. À la clé, deux emplois créés et de nouveaux habitants…

Sur le causse Méjean, grenier à grain de la Lozère au XVIIIe siècle, le moulin à vent de la Borie, à Hures-la-Parade (270 habitants – 88,9 km2) tourne à nouveau depuis 2017. Et il accueille des visiteurs qui viennent l’observer moudre le grain, accompagnés par un guide touristique. 
Alors que les productions de céréales et de farines s’effondrent après-guerre (il ne reste actuellement que cinq moulins en ruine dans la région), à partir de 2010 des habitants se mobilisent autour de ce patrimoine bâti dans l’idée de développer une micro-filière locale, "du blé au pain". "Le conseil municipal a considéré que ce projet était utile pour le territoire sur le plan du développement économique, du tourisme et de la valorisation du patrimoine. Il a donc décidé de s'impliquer. Ce n'était pas gagné car il fallait que la commune investisse, mais le pari est aujourd’hui réussi", précise le maire d'Hures-la-Parade, André Baret.

Projet subventionné à 80%

En plus des élus locaux, des habitants et des paysans, accompagnés par la Fédération des centres d'Initiatives pour valoriser l'agriculture et le milieu rural Languedoc-Roussillon (fédération régionale Civam), d’autres partenaires techniques et financiers s'impliquent à partir de 2012, notamment le département de la Lozère, la région Occitanie, le Parc national des Cévennes, la fondation Daniel et Nina Carasso, et la fondation du Patrimoine qui lance une souscription. À l'époque, la commune fait appel à l'association territoriale Causses Cévennes, aujourd'hui devenue pôle d'équilibre territorial rural Sud Lozère. "Ils avaient des contacts avec la région, ils ont donc monté les dossiers de demandes de subventions car nous n'avions pas les compétences ni les moyens en interne", se rappelle le maire d'Hures-la-Parade. 

En 2014, l’association la Farine du Méjean est créée pour rassembler les acteurs de la filière. Les éleveurs du territoire augmentent petit à petit les surfaces dédiées à l’agriculture céréalière : blé, seigle, sarrasin ou épeautre, des variétés "anciennes" ou modernes, en bio ou en conventionnel. Des essais de panification sont menés et les premiers produits sont vendus fin 2016 dans quatre boulangeries impliquées. Ils sont estampillés La Méjeannette, gamme de farines et de pains locaux (cf. encadré). En parallèle, la restauration du moulin portée par la commune s’achève fin 2017 et un meunier s’y installe aussitôt. Seule entorse au respect des traditions : le moulin est équipé d’un moteur afin de pouvoir maintenir la production en cas de manque de vent. 

Deux emplois créés et de nouveaux habitants

Dans cette zone rurale isolée, ce projet a entraîné une nouvelle dynamique sur le territoire, renforcé les liens entre les agriculteurs et les habitants et permis d’améliorer une biodiversité cultivée adaptée aux sols. Le projet a coûté 350.000 euros à la commune, grâce à 80 % de subventions. Cet investissement devrait toutefois être remboursé dans dix à douze ans par les loyers perçus de l'activité meunerie.  Deux emplois ont été créés : un meunier et un guide touristique, et de nouveaux habitants se sont installés. D'autres sont attendus à la suite de la deuxième partie du projet qui doit débuter en 2020 : la réfection et la transformation de l’ancienne maison du meunier en un lieu d'exposition sur la meunerie et le territoire et de stockage de la farine.

La filière meunière en chiffres

50 tonnes de farines produites par le moulin depuis 2017
100 tonnes de céréales récoltées
80 hectares semés
25 agriculteurs, 13 boulangeries et 11 boutiques

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