Le règlement intérieur du conseil municipal peut-il interdire aux élus de porter une tenue manifestant leur appartenance à une religion ?
Contexte : Le principe de neutralité du service public justifie que des limitations soient apportées à la liberté d’expression religieuse des agents publics dans l’exercice de leurs fonctions, sans pour autant autoriser des discriminations fondées sur leurs convictions. À ce titre, le Conseil d’État a précisé que le principe de laïcité fait obstacle à ce que les agents publics manifestent leurs croyances religieuses dans le cadre du service (CE, avis, 3 mai 2000, Demoiselle Marteaux, n° 217017).
Toutefois, la question se pose différemment s’agissant des élus locaux : un règlement intérieur du conseil municipal peut-il interdire le port de tenues manifestant une appartenance religieuse ? Si la neutralité constitue un principe fondamental du service public, la liberté religieuse demeure, quant à elle, garantie, notamment par la loi du 9 décembre 1905. Celle-ci ne se limite pas à la liberté de croire ou de ne pas croire, mais implique également la possibilité d’exprimer ses convictions, individuellement ou collectivement.
Il convient dès lors d’opérer une conciliation entre, d’une part, les exigences de l’intérêt général et de l’ordre public, et, d’autre part, la liberté de religion et ses modalités d’expression.
Réponse :
Jusqu’en 2025, le silence législatif prévalait : aucune disposition n’imposait explicitement le respect de la laïcité aux élus locaux. En effet, l’article L1111-1-1 du Code général des collectivités territoriales (CGCT), dans sa rédaction antérieure, ne mentionnait pas cette exigence. Cette absence d'obligation permettait alors une certaine liberté de manifestation des convictions personnelles au sein des instances délibérantes.
Cette lecture était d'ailleurs confortée par une jurisprudence établie. Le tribunal administratif de Grenoble avait ainsi jugé, le 7 juin 2024, que les conseillers municipaux demeuraient libres d'exprimer leurs appartenances religieuses lors des séances du conseil. Cette position s’inscrivait dans la lignée directe de la chambre criminelle de la Cour de cassation qui, dès 2010, avait retenu une solution analogue.
Le cadre a toutefois radicalement changé avec la loi du 22 décembre 2025 portant création d’un statut de l’élu local. Désormais, la laïcité s'impose aux élus par le biais de la Charte de l’élu local, laquelle revêt une valeur législative contraignante. Aux termes du nouvel article L1111-13 du CGCT, l’élu s’engage, dans l’exercice de ses fonctions, à respecter les principes de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité. En rendant ce principe pleinement opposable, le législateur rend obsolètes les solutions jurisprudentielles passées ; il est donc fort probable d’assister prochainement à des revirements de jurisprudence majeurs.
A ce titre, certains maires ont d’ores et déjà proposé à leur conseil municipal de modifier le règlement intérieur de l’assemblée afin d’interdire le port de tout signe religieux ostensible en séance ; tel est notamment le cas du maire de Chalon-sur-Saône, à travers une proposition formulée le 14 janvier 2026. Par une ordonnance du 18 mars 2026, le tribunal administratif de Dijon a considéré que le règlement intérieur du conseil municipal pouvait bien prévoir une disposition selon laquelle il était interdit aux élus de porter une tenue vestimentaire manifestant leur appartenance à une religion.
Références : Loi n° 2025-1249 du 22 décembre 2025 portant création d'un statut de l'élu local (1) ; “Le juge administratif et l’application du principe de laïcité” Conseil d’Etat ; article L1111-1-1 CGCT ; TA Grenoble, 7 juin 2024, n°2100262 ; Cass. Crim. 1er septembre 2010, n°10-80.854 ; TA Dijon, 18 mars 2026, n°2601086
Rural Consult : le service de renseignements juridiques et financiers
Un service gratuit destiné aux communes de moins de 5 000 habitants et aux intercommunalités de moins de 50 000 habitants.
- 0970 808 809
-
Du lundi au vendredi de 9h à 19h (prix d'un appel local)
- Vous avez une question ?
-
Ecrivez-nous