Le taux de chômage augmente... et le taux d’emploi aussi

Thibaut Guilluy, directeur général de France Travail, était auditionné mercredi 11 février par la commission des Affaires sociales du Sénat au lendemain de la publication par l’Insee des derniers chiffres du chômage. L’occasion de poser un diagnostic et de rappeler les chantiers engagés dans le cadre de la mise en œuvre de la loi Plein emploi.

L’Insee a publié mardi 10 février les chiffres de l’emploi au 4e trimestre 2025 avec un taux de chômage qui s’établit à 7,9% de la population active. Soit une progression de +0,2 point sur un trimestre et de +0,6 point sur un an. Il s’agit du plus haut niveau enregistré depuis le 3e trimestre 2021, même si, souligne l’Insee, il demeure inférieur de 2,5 points au pic de mi-2015. Dans le détail, le taux de chômage des 15-24 ans augmente de +2,4 points par rapport au trimestre précédent et de 2,8 points sur un an pour s’établir à 21,5%. Le taux de chômage des 25-49 ans reste stable à 6,9%, tout comme celui des 50+ (5,1%).

C’est dans ce contexte que le directeur général de France Travail, Thibaut Guilluy, s’est présenté mercredi 11 février devant la commissions des Affaires sociales du Sénat afin de livrer son diagnostic sur l’évolution du taux de chômage et répondre aux interrogations des sénateurs sur la mise en œuvre de la loi Plein emploi. Dans le prolongement de la publication des chiffres de l’Insee, l’entourage du ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, avait relativisé le phénomène devant la presse, préférant insister sur un niveau "historiquement bas sur une longue période" du taux de chômage. Une hausse qui doit beaucoup, toujours selon le cabinet du ministre, à la conjonction d’un double effet conjoncturel et statistique "en trompe-l’œil", marqué par l’activation dans le cadre de la mise en œuvre de la loi Plein emploi "des individus particulièrement éloignés de l’emploi" qui avant la réforme "auraient été statistiquement invisibilisés".

Des "gisements" d’emplois à pourvoir

Lors de son audition, Thibaut Guilluy a pour sa part invité les sénateurs à considérer le taux d’emploi plutôt que le taux de chômage comme indicateur de référence. Un taux, là encore, "historiquement élevé" à 69,4% et pour lequel le directeur général de France Travail estime qu’il reste encore "une très grosse marge de manœuvre", sachant que l’on dénombre entre 300.000 et 500.000 emplois non pourvus en France. L’autre levier sur lequel France travail joue son rôle, c’est l’amélioration des services aux entreprises, notamment les TPE-PME qui constituent selon lui "un gisement" d’emplois. En 2025, a expliqué Thibaut Guilluy, les quelque 400.000 prospections effectuées par les agents de France travail ont débouché sur près de 40.000 embauches. A Dunkerque dans le département du Nord, France Travail a accompagné l’industriel Verkor dans le développement de sa gigafactory de batteries électriques avec plus de 500 recrutements en 2025 et près de 600 en perspective en 2026 ; dans la filière nucléaire, par exemple à Gravelines ou en Normandie sur le chantier de l’EPR2 de Penly, ce sont près de 100.000 emplois qui sont fléchés, a rappelé Thibaut Guilluy qui a insisté sur la capacité de France Travail à "accompagner les projets structurants dans les territoires".

Globalement, s’agissant de l’accompagnement des entreprises, le directeur général de France Travail se félicite d’une prospection qui a été "multipliée par quatre" grâce au déploiement d’outils partagés avec l’ensemble des acteurs du réseau pour l’emploi : "on travaille main dans la main au sein des 340 comités pour l’emploi pour identifier les besoins des PME" et "dans 90% des cas on arrive à trouver des candidats". Même si, regrette Thibaut Guilluy, "seules 23% des entreprises utilisent nos services !"

Généralisation attendue en 2026 de dispositifs expérimentés en 2025

Sur l’accompagnement personnalisé des demandeurs d’emplois, France Travail comptabilise "660.000 accompagnements intensifs" en 2025 avec un renforcement du contrôle de la recherche d’emploi "qui n’est pas simple", a d’ailleurs souligné son directeur général qui dit privilégier la qualité au volume : "C’est la noblesse de l’accompagnement." Le projet de loi sur la fraude sociale et fiscale qui doit être débattu prochainement devra renforcer l’arsenal mis à la disposition de France Travail, car, estime son directeur général, "on sait très bien qu’il y a encore des abus sur lesquels nous ne sommes pas outillés pour répondre". 2026 sera l’année de la généralisation des expérimentations menées en 2025 dans près de 70 agences France Travail, a confirmé Thibaut Guilluy. Dans sa revue d’effectif, il a également évoqué le dispositif Avenir Pro qui concerne l’accompagnement des lycéens vers l’emploi et qui doit en 2026 se décliner dans l’ensemble des lycées professionnels ; un dispositif "qui produit des résultats" avec un taux d’insertion professionnelle de 28% et dont l’évaluation en cours associe les missions locales. En 2025, toujours, France Travail a doublé le nombre de bénéficiaires du RSA en accompagnement intensif avec, là encore, des résultats positifs en matière de retour à l’emploi dont se félicite Thibaut Guilluy dans les départements pilotes.

Interrogé également sur le récent rapport de la Cour des comptes relatif à la mise en œuvre de la loi Plein emploi (lire notre article), Thibaut Guilluy a dit partager pleinement la recommandation de la Cour visant à rationnaliser la gouvernance du service public de l’emploi dans les territoires.

 

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