Le Vexin normand réinvente la ruralité avec le CAUE27 (27)

Comment dessiner le territoire à l’horizon de dix ou vingt ans ? Un atelier de recherche- action, Vallées habitées, a été mené dans 7 villages de la communauté de communes du Vexin normand. Une réflexion participative et prospective qui a beaucoup enrichi les élus, habitants et professionnels.

À l’origine de cette réflexion sur l’avenir du territoire, se posent plusieurs constats : un territoire très rural mais relativement proche des grands pôles d’emplois… une population « historique » en déclin… et de nouveaux habitants, souvent des citadins qui viennent « s’installer à la campagne » sans toujours y trouver ce dont ils avaient rêvé… au point que certains en repartent. Et une communauté de communes composée de 39 villages et d’une ville-centre, Gisors, dont les élus sont préoccupés par ces manques.

« La fermeture d’écoles dans nos communes a amené les maires à s’inquiéter de la situation et à chercher des solutions », raconte François Letierce, maire d’Hébécourt et vice-président de la communauté de communes du Vexin normand, en charge des finances et du budget. Nous nous sommes dits : au lieu de trouver des solutions, cherchons plutôt quel est le problème. Et il s’est rapidement avéré que le problème c’était que le territoire perdait des habitants. Si les écoles fermaient, c’est qu’il n’y avait plus d’enfants… »

C’est ainsi que la réflexion a commencé localement. Fin 2018, le conseil d'architecture, d'urbanisme et de l'environnement (CAUE) de l’Eure lance un appel à projets pour expérimenter le programme de recherche-action Vallées habitées, construit dans le cadre de la démarche « Paysages, Territoires et Transitions », lancée par le ministère de l’Environnement. L’objectif est de « penser les conditions d’émergence de projets à même de régénérer une attractivité par la transition énergétique et écologique. » La méthode consiste à inviter élus, professionnels et habitants à réfléchir et à expérimenter pour reconquérir des territoires en déprise. La démarche est portée conjointement par le CAUE27, l’Etablissement public foncier de Normandie et les territoires d’expérimentation.

Un accompagnement professionnel et bienveillant

« Nous avons été lauréats de l’appel à projets ce qui a débloqué près de 100.000 € sur trois ans pour mener des actions avec des urbanistes, des paysagistes et des artistes », raconte Jean-Charles Quillet, habitant de Saint-Denis-le-Ferment, ex-élu de sa commune, et aujourd’hui président de l’association intercommunale l’Avenir de la Vallée de la Lévrière. Des collectifs d’artistes bien rodés à ces démarches participatives, PetitPoisPrincesse, et des professionnels de l’aménagement, la Fabrique du lieu, ont été mobilisés.

Deux autres territoires se sont aussi engagés dans l’aventure, avec d’autres équipes, pour des résultats cependant plus mitigés. Si l’expérience a bien pris dans le Vexin normand, c’est d’abord et avant tout parce que les élus ont accepté très volontairement de se plier à ce processus participatif de réflexion collective et de laisser parler les habitants. « C’est aussi parce qu’il a été habilement mené par un collectif de professionnels, impliqués, et à l’écoute », analyse a posteriori Sabine Guitel, la directrice du CAUE27.

Des comédiens chantent et dansent dans les villages

« Des comédiens sont allés à la rencontre de la population dans les villages en organisant des ateliers et entretiens pendant lesquels ils pouvaient s’exprimer librement, en dehors des élus », précise le président de l’association l’Avenir de la Vallée de la Lévrière, Jean-Charles Quillet. Une démarche iconoclaste qui a certes surpris, mais aussi séduit et fédéré les habitants… « Il y a eu des rencontres, des fêtes, des réunions, tout ceci dans l’idée que les habitants expriment leur vision du territoire à lhorizon de dix ou vingt ans, de faire remonter des projets et de faire en sorte que tous s’en emparent. Aujourd’hui, le rôle de l’association consiste à faciliter l’émergence de projets, à tester les besoins et les envies de la population et à faire remonter tout cela auprès des municipalités. Nous avons besoin des maires car ce sont eux qui détiennent les clés du financement. Alors qu’à une époque, chaque commune voulait son espace de coworking, ces réflexions avec les habitants ont montré qu’il fallait ici un coworking, là un lieu de santé, et là encore une structure pour accueillir les enfants. La réflexion doit être collective et pas individuelle, notre objectif c’est de construire un projet de territoire » poursuit l’homme, qui a joué un rôle très actif de trait d’union entre tous les participants, habitants, élus, artistes et CAUE27.

« Les artistes ont fait ressortir les qualités du territoire »

Si les élus ont été un peu interloqués au départ par la méthode utilisée, ils ont rapidement réalisé que cette dimension culturelle offrait à tous « un regard extérieur qui faisait naître des idées de faire ensemble, raconte Michel Dupuy, maire de Sancourt, 156 habitants. Les artistes ont pris des photos dans chaque village, ils sont sortis des sentiers battus pour nous faire regarder le territoire autrement. Puis une exposition a présenté ce qui plaisait. » Le maire d’Hébécourt, 576 habitants, renchérit : « Les artistes ont fait ressortir les qualités du territoire, ils nous ont montré ce qu’on ne voyait plus… »

De ces deux années et demi de recherche-action ont surgi beaucoup d’idées, d’envies, et de projets. « Cette méthode, le fait d’être accompagnés par un regard différent, c’est la chose la plus importante, analyse le maire de Sancourt. Cela incitait les élus à être à l’écoute des habitants ».

Quel rôle pour les élus ?

Certes. Mais à quel moment ces projets peuvent-ils réintégrer les conseils municipaux ? Et quel peut-être le rôle des élus dans ce processus ? « Certains d’entre eux étaient surpris, voire bousculés par ce processus. Et on a failli retomber dans le piège du “Ce sont les maires qui décident” », reconnaît le maire de Sancourt.

« Heureusement, certains maires de la vallée qui avaient un peu de bouteille ont accepté avec humilité d’écouter. Il faut faire un effort d’humilité pour réfléchir ensemble », analyse le maire d’Hébécourt. « Il ne faut surtout pas que les maires veuillent reprendre le pouvoir de façon autoritaire, mais qu’ils continuent à travailler ensemble en filigrane. Car il n’y a rien de pire pour les habitants que d’aller à des réunions où tout est déjà décidé d’avance… »

Un territoire impliqué et engagé

Ici comme ailleurs, la crise du Covid a quelque peu ralenti la dynamique engagée. « Mais au cours de ces deux années, des germes sont apparus, il faut maintenant les faire pousser », remarque le maire de Sancourt. Plusieurs projets sont nés de ces réflexions collectives : la création d’une maison d’assistantes maternelles par exemple, et même le lieu où elle sera située (ce qui a fait l’objet de controverse, chaque commune souhaitant l’avoir sur son territoire…) ; la mise en place de L’Outil en Main, une structure qui propose d’initier les enfants aux métiers manuels et du patrimoine au moyen de démonstrations de savoir-faire. Des habitants se sont attelés bénévolement à la restauration de haies, et de chemins. Enfin et surtout « après que notre réflexion est partie de l’école, nous y revenons à partir de nouvelles analyses : faut-il les rénover ? Les reconstruire ? Les réinventer ? Et là, les parents, les enseignants, les élus et tous les habitants sont impliqués dans la réflexion, » conclut le vice-président de la communauté de communes.

Les collectivités impliquées et le budget

Budget : 93.400 € HT

Partenaires : Communes d’Amécourt, Bézu-la-Forêt, Hébécourt, Mainneville, Martagny, Mesnil-sous-Vienne, Sancourt et Communauté de communes du Vexin normand

Communauté de communes du Vexin Normand

Nombre d'habitants :

32342

Nombre de communes :

39
3 rue Maison de Vatimesnil
27150 Etrépagny

François Letierce

Vice-président de la communauté de communes, en charge des finances et du budget

Association l’Avenir de la vallée de la Lévrière

2 rue Saint Clair
27150 Sancourt

Jean-Charles Quillet,

Président