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40e Rencontre des agences d'urbanisme : comment panser les plaies de l'"ultra-métropolisation"

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Morgan Boëdec / MCM Presse pour Localtis
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Aménagement et foncier

Ile-de-France

Grand Est

"Nous avons besoin d'un nouveau modèle urbain", a pressé le 8 novembre la ministre Élisabeth Borne en clôture de la 40e Rencontre des agences d’urbanisme. Un modèle qui saurait répondre au malaise généré par le "tout métropolitain" en le soignant par plus de solidarités territoriales. Douce utopie ? Florilège d'analyses d'élus et d'urbanistes recueillies lors de ce colloque qui a réuni une centaine d’élus et d'urbanistes trois jours durant en Île-de-France.

Plus d'interdépendance, moins d'indifférence. Ou plus de coopération et moins de confrontation. Derrière ces beaux slogans, une réflexion fait florès dans le champ de l'urbanisme et de ces agences qui se présentent comme les bras droits des collectivités : assumer la diversité des territoires pour mieux les relier, en maximisant leurs synergies. "Par exemple entre des quartiers que tout oppose, le défi pour un élu consiste à forger des récits partagés, quels que soient les moyens. Dans ma ville, cela se joue notamment à travers l'art mural ou les jardins partagés", a témoigné François de Mazières, maire de Versailles (Yvelines), lors de cette 40e Rencontre des agences d’urbanisme (AU) qui s'est tenue du 6 au 8 novembre en Île-de-France. 

Deux dirigeants d'établissement public et entreprise de service bien connus des élus locaux, l'agence de l'eau Seine-Normandie et Réseau de transport d'électricité (RTE), ont aussi illustré cette réflexion par leur application à "faire vivre ces solidarités territoriales", qu'elle soit amont-aval pour prévenir les inondations à l'échelle d'un bassin versant ou qu'il s'agisse d'une "solidarité électrique" pour orienter les excédents d’électricité produite, par exemple en Centre-Val de Loire ou Normandie, vers des zones déficitaires (Bretagne, Île-de-France). "C'est bien sauf qu'on a beau chasser des périmètres de politiques publiques, souvent ils reviennent aussitôt au galop", ose cavalièrement Jean-Marc Offner, à la tête de l'AU de la métropole bordelaise (a'urba) et de la plateforme Popsu. S'il manque des méthodes, ce serait donc dans ce vaste champ de l'interterritorialité, un concept revenant sur le devant de la scène à l'heure de la défiance des élus locaux à l'égard du couple région-métropole. 

Un couple facteur d'équilibre, a nuancé la présidente de région Valérie Pécresse, pour qui cet échelon régional sert justement à "rétablir les solidarités et agir comme un antidote à l’ultra-métropolisation". Si la métropolisation génère des contradictions, elle ne divise pas forcément l'espace national. Des exemples de "territoires intermédiaires" - villes petites et moyennes, espaces ruraux et périurbanisés - "agissant en complémentarité des espaces métropolisés, parfois en concurrence mais aussi en autonomie", ont ainsi été mis en avant et explorés au fil d'ateliers et de visites rythmant ces trois journées. 

Prenant l'exemple de sa communauté urbaine, la présidente du Grand Reims, Catherine Vautrin, invite pour sa part à inverser le regard sur les campagnes et cite un outil de gouvernance : "Betterave et champagne se portant bien, des communes rurales y sont plus aisées qu'en centre urbain et ne regardent pas la ville avec envie. L'enjeu étant de construire un projet commun à l'échelle de ce bassin de vie, nous avons misé sur un mode de gouvernance impliquant les maires mais sans les contraindre à des projets, grâce à un droit de veto original instauré dans notre charte à leur profit."

Sensibles à la notion de "biorégion", qui correspond à un territoire dont les limites ne sont pas définies par des frontières politiques mais par des limites géographiques tenant compte des communautés humaines et des écosystèmes, les urbanistes ont aussi entendu la bonne parole de Jean Rottner, président de la Fédération nationale des AU (Fnau) qui coorganisait cette rencontre. La région Grand Est qu'il préside a scellé l'an dernier un "bio-pacte" avec ses voisines Hauts-de-France et Île-de-France pour mettre en commun leurs politiques et leurs efforts d’expérimentation sur ce vaste espace agricole. "Nous avançons et d'autres domaines que celui de la bioéconomie, par exemple l'intelligence artificielle, gagneraient en force à travers ces synergies entre exécutifs régionaux", glisse-t-il. "Tout cela est bien la preuve que c'est la complémentarité entre territoires qui doit guider nos actions et irriguer nos méthodes. C'est un objectif à ne plus perdre de vue", a résumé un second ministre, Julien Denormandie, pour clôturer ce colloque anniversaire.

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