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Les Cent Jours de la Commission Von der Leyen

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Michel Tendil / Localtis
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Europe et international

Environnement

Cohésion des territoires

Après le délicat examen de passage devant le Parlement européen, la future Commission devra à partir du 1er novembre mettre en oeuvre, dans les "cent jours", la priorité du mandat d'Ursula von der Leyen : le Green Deal, avec, à la clé, la création d'un nouveau "fonds pour la transition juste".

Fumée blanche à Bruxelles : la nouvelle présidente de la Commission (élue en juillet) l’Allemande Ursula von der Leyen a dévoilé mardi les noms des 26 membres de sa future équipe (dont 8 étaient déjà dans la Commission Juncker). Une équipe qui devra être soudée : dans sa lettre de mission envoyée à chaque intéressé, elle insiste sur l’esprit de discipline qui doit régner au sein du collège. Les commissaires prendront officiellement leurs fonctions le 1er novembre. Encore leur faudra-t-il franchir l’obstacle des auditions périlleuses devant les commissions du Parlement européen entre le 30 septembre et le 8 octobre. Les candidats devront aussi remplir une déclaration d’intérêt (dans le but d’écarter tout risque de conflits d’intérêts) et répondre à un questionnaire. "Ce n’est pas du pipeau, affirme une source européenne. Il faut vraiment que les candidats soient très très bien préparés, très performants devant les parlementaires qui mettent vraiment les candidats sur la sellette." Dans le passé, il est arrivé en effet que des candidats soient stoppés. Ce fut le cas en 2004 du candidat italien Rocco Buttiglione, pour des propos homophobes, de la Bulgare Rumiana Jeleva cinq ans plus tard ou de la Slovène Alenka Bratusek, en 2014. Il arrive aussi que le portefeuille soit modifié pour répondre aux remarques des eurodéputés comme en 2014 avec le Hongrois Tibor Navracsis ou l'Espagnol Miguel Arias Cañete… Les regards se tournent cette fois-ci vers la candidate française Sylvie Goulard qui décroche un des portefeuilles les plus importants, celui du marché intérieur, qui inclut désormais une nouvelle direction générale de l’industrie de la défense et de l’espace, et le numérique. Sur le papier, celle-ci a le profil idéal. Elle est présentée comme une "Européenne passionnée et convaincue" par la Commission. Mais au moment-même de l’attribution des portefeuilles, elle était entendue par la police française dans l’affaire des soupçons d’emplois fictifs au Modem qui lui avait déjà valu son poste de ministre des Armées en juin 2017. Mais surtout, elle aura sûrement à s’expliquer sur les émoluments qu’elle a perçus d’un think-tank américain, l’institut Berggruen, d’octobre 2013 à janvier 2016, alors qu’elle était députée européenne, soit "plus de 10.000 euros bruts par mois", selon ses déclarations d’intérêts publiées par le site du Parlement, pour des contreparties qui restent obscures… La Commission joue ainsi sa crédibilité alors qu’elle porte au pinacle ses valeurs démocratiques, de transparence et de défense de l’État de droit.

Le vote d’approbation du Parlement qui vaut pour l’ensemble du collège aura lieu pendant la session plénière entre le 21 et le 24 octobre.

Un choix "équilibré"

Ursula von der Leyen a mis en avant, mardi "l’équilibre" trouvé, tout d’abord en termes de parité (13 femmes et 14 hommes) et de couleurs politiques avec 9 membres du Parti populaire européen (PPE) et 10 sociaux-démocrates (S&D), 6 libéraux-centristes (Renew Europe), deux souverainistes (CRE) et un écologiste (Verts-ALE).

Dans le lot, la future présidente s’est entourée de trois vice-présidents exécutifs aux intitulés un brin orwelliens, choisis parmi les trois grandes formations politiques : le Letton Vadis Dombrovskis (une économie qui travaille pour les gens), le Néerlandais Frans Timmermans (le Pacte vert européen) et la Danoise Margrethe Vestager (une Europe prête pour l’âge digital), qui retrouve dans le même temps son portefeuille de commissaire à la Concurrence. S’ajoutent six autres vice-présidents (non exécutifs) : l’Espagnol Josep Borrell (une Europe plus forte dans le monde), également haut-représentant pour les Affaires étrangères, le Slovaque Maros Sefcovic (Relations interinstitutionnelles), Vera Jourova (Valeurs et Transparence), la Croate Dubravka Suica (Démocratie et Démographie) et le Grec Margaritis Schinas (Protection de notre mode de vie européen).

Green Deal

Dans la période des "cent jours" qui suivront l’investiture, Frans Timmermans aura donc la lourde tâche de mettre sur pied le grand projet d’Ursula von der Leyen : le Green Deal, ou Pacte vert, dont elle a fait la priorité de son mandat, avec ce slogan : "le premier continent climatiquement neutre au monde" à horizon 2050. "Je veux que le Green Deal européen devienne le signe distinctif de l’Europe", a-t-elle déclaré mardi. Dans son programme présenté devant le Parlement en juillet, elle avait annoncé "la première loi européenne sur le climat", proposé la création d’un "fonds pour une transition juste" afin de soutenir "les personnes et les régions les plus affectées" par les changements de leurs économies. Elle souhaite aussi présenter "une stratégie en faveur de la finance verte et un plan d’investissement pour une Europe durable", qui soutiendra des investissements "à hauteur de 1.000 milliards d’euros sur les dix prochaines années". La présidente élue entend aussi convertir une partie de la Banque européenne d’investissement en Banque européenne pour le climat.

La deuxième priorité de ces "cent jours", c’est "l'âge digital", compétence partagée entre Margrethe Vestager et Sylvie Goulard (numérique). "Nous devons tirer le meilleur parti de l’intelligence artificielle et des mégadonnées, nous devons améliorer la cybersécurité et nous devons lutter âprement pour notre souveraineté technologique", a insisté Ursula von der Leyen.

Parmi les postes clés, l’Autrichien Johannes Hahn hérite du budget de l’administration. Il aura un rôle essentiel à jouer pour l’achèvement des négociations sur le cadre financier pluriannuel 2021-2027. Son nom est connu des collectivités puisqu’il était le commissaire à la politique régionale de la Commission Barroso.

Cohésion et réformes

La politique de cohésion, elle, est confiée à la Portugaise Elisa Ferreira avec l’intitulé "Cohésion et réformes"… Une façon de souligner le rapprochement entre politique de cohésion et semestre européen (les recommandations économiques de la Commission à chaque État membre). "Nous devons accompagner une transition juste à travers un investissement ciblé et un soutien aux réformes structurelles pour accélérer la croissance inclusive", souligne la lettre de mission adressée à la future commissaire.

Elisa Ferreira aura ainsi la responsabilité des fonds structurels et d’investissement, du nouveau programme de soutien aux réformes structurelles, du futur fonds de compensation pour la zone euro et aussi du nouveau fonds pour la transition juste. Elle devra aussi s’atteler à la révision en cours de l’Agenda urbain. À noter au passage que l’initiative des maires de trois métropoles européennes (Barcelone, Stockholm et Cologne), demandant la semaine dernière un poste de vice-président à la politique urbaine, n’aura pas abouti.

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