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Les cloches et le meuglement des vaches inscrits au patrimoine immatériel ?

Le maire de Gajac, village de 400 habitants en Gironde, veut faire inscrire le son des cloches, le meuglement des vaches et le chant du coq à l'inventaire national du patrimoine culturel immatériel (PCI) de la France. La candidature a peu de chance d'aboutir, mais elle pose la question, déjà évoquée par la jurisprudence, des tensions entre les ruraux et certains "néo-ruraux" qui veulent vivre à la campagne... sans la campagne.

La petite ville de Gajac (Gironde, 400 habitants) vient d'acquérir une soudaine notoriété grâce à une initiative originale de son maire. Bruno Dionis du Séjour (à ne pas confondre avec le maire d'Agen Jean Dionis du Séjour). Celui-ci vient en effet d'annoncer, dans une tribune à un journal local, puis dans une lettre ouverte aux parlementaires français, son intention de demander l'inscription des "bruits ruraux" à l'inventaire national du patrimoine culturel immatériel (PCI) de la France.

Des tensions croissantes

Ancien agriculteur, le maire de Gajac explique à France Bleu Gironde : "Laissez-nous vivre à la campagne ! Quand les gens se plaignent du meuglement des vaches ou du chant des coqs, ça m'est insupportable, je dis stop !" Maire depuis douze ans, il estime qu'"aujourd'hui des agriculteurs sont mis en cause parce que leurs vaches meuglent, les voisins ou les vacanciers se plaignent de l'odeur et des bruits des animaux !..."

Même si l'inscription au PCI de la France peut être parfois l'antichambre d'une candidature à l'inscription au patrimoine immatériel de l'Unesco, le maire de Gajac affirme ne pas envisager une telle évolution. Celle-ci n'aurait d'ailleurs aucune chance d'aboutir : le meuglement des vaches ou le chant du coq peuvent difficilement passer pour un patrimoine spécifiquement français et, si des candidatures transnationales existent, aucune candidature mondiale n'a encore vu le jour !...

En revanche, l'initiative met le doigt sur les tensions croissantes - même si elles ne sont pas vraiment nouvelles - entre les habitants des zones rurales et les néo-ruraux ou résidents secondaires, qui n'entendent pas s'accommoder des réalités de la vie à la campagne. On ne compte plus les affaires de sonneries de cloches qui dérangent (voir notre article ci-dessous du 9 novembre 2015), de chiens qui aboient, de mares à assécher pour faire taire les grenouilles, de vaches qui meuglent trop près des maisons…

"Quand on va en ville, on ne fait pas un procès contre les citadins !"

Or, pour Bruno Dionis du Séjour, "les gens qui viennent à la campagne doivent respecter les gens de la campagne. Nous quand on va en ville on ne fait pas un procès contre les citadins ! Souvent les personnes qui font des procès ont les moyens de faire venir des avocats et la justice leur donne raison". Or, pour le maire de Gajac - comme pour l'ensemble des élus ruraux - "ici, personne ne s'est encore plaint des cloches de l'église, mais combien de villages ont eu des problèmes par rapport à ça ? Les gens qui viennent de l'extérieur ne se rendent pas compte que l'église représente beaucoup dans une campagne : c'est là où l'on se marie, où l'on fait des réunions de familles, où l'on enterre nos proches."

Il est vrai que plusieurs décisions de justice ont plutôt donné raison aux néoruraux - notamment à travers une interprétation assez restrictive de "l'usage local" -, avant un probable retournement de jurisprudence, comme souvent dans ce type d'affaires. En attendant, une trentaine d'élus auraient déjà apporté leur soutien au maire de Gajac. Et, selon des propos tenus au Figaro, Pierre Morel-A-L’Huissier, député (UDI) de la Lozère, entend déposer à l'Assemblée nationale, "d'ici à une dizaine de jours", une proposition de résolution en faveur de la reconnaissance et du respect du mode de vie rural.

 

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