Les pôles de compétitivité performent et veulent placer leur sixième phase au coeur des enjeux de souveraineté
Les pôles de compétitivité ont un "impact massif" sur l'emploi, d'après une étude publiée par l'Association française des pôles de compétitivité (AFPC). Leurs entreprises lèvent plus de fonds et se montrent plus résilientes que les autres. Elles sont en outre davantage présentes dans les régions.
© Francois HENRY-REA/ Minatec
S'ils sont un peu sortis des radars, les pôles de compétitivité n'en agissent pas moins pour autant. Une étude publiée par l'Association française des pôles de compétitivité (AFPC) le 29 janvier 2026 montre à quel point leur rôle est déterminant pour les start-up et PME : les entreprises innovantes liées aux 53 pôles existants sur le territoire affichent des performances économiques supérieures à la moyenne française. Elles "ont créé plus d'emplois, levé plus de fonds, affiché une plus forte dynamique de croissance, assuré une présence géographique plus équilibrée et sont davantage connectées aux donneurs d'ordre", indique cette étude réalisée fin 2025 par le cabinet Motherbase sur les 15.000 entreprises rattachées aux pôles de compétitivité, dont 8.361 start-up et PME. Ces dernières totalisent quelque 510.000 emplois en 2025 et créent 1,3 fois plus d'emplois que la moyenne. Elles ont un "impact massif" sur l’emploi, se félicite l’AFPC : leurs effectifs ont crû de 25% en 2025, contre 20% pour les start-up françaises. "Elles ont créé plus d'emplois en trois ans que la moyenne des start-up en France", précise l'étude.
La force des pôles : la mise en relation
Les entreprises des pôles lèvent en outre 2,4 fois plus de fonds que la moyenne. Le ticket moyen levé est de 6,5 millions d'euros contre 2,7 millions pour l'ensemble des entreprises. Elles sont aussi plus résilientes : seules 15% montrent des signes d'inquiétude ou un risque réel de défaillance contre 21% des entreprises prises globalement. Elles sont davantage présentes en région : seules 31% sont basées en Île-de-France contre 41% des start-up et PME. Parmi les atouts des pôles qui expliquent ces résultats : "la mise en relation, explique Christian Deleuze, président de l'AFPC. On met à disposition des équipes jeunes et dynamiques, on les aide à construire leur business plan et à aller chercher de l'argent et trouver des partenaires industriels de plus grosse taille. Je ne suis pas surpris de ces résultats mais plutôt content. Nous sommes des tiers-lieux de confiance".
Se battre pour préserver l'enveloppe consacrée par l'État
Et pourtant, malgré ces résultats, les pôles ont du mal à faire connaître leurs réussites. "On ne pensait pas que la question du soutien aux pôles de compétitivité se posait !", s'exclame le président de l'AFPC. Il est vrai que cette politique, instaurée en 2004, a été fortement portée par l'État à son démarrage, puis au fur et à mesure, celui-ci s'est désengagé du portage politique mais aussi financier, au profit des régions. Son investissement est passé de 200 millions d'euros en 2015 à 50 millions d'euros en 2019 dans le cadre de l'ancien fonds unique interministériel (FUI), devenu, dans une version régionale, le PSPC-Projets structurants pour la compétitivité Régions. Et l'enveloppe consacrée par l'État au fonctionnement des pôles est quant à elle passée de 18 millions d'euros à 9 millions en 2022. Il a fallu à l'AFPC se battre pour préserver en 2025 cette enveloppe de 9 millions qui devait être supprimée. "Nous avons été très heureux de voir le soutien des élus et des parlementaires. Clairement, dans leur territoire et leur circonscription, ils voient que les pôles continuent à créer des emplois et de la valeur, souligne Christian Deleuze. Nous sommes des acteurs publics privés concentrés sur l'efficacité." L'AFPC travaille en proximité avec les exécutifs régionaux. "Nous coconstruisons avec eux les politiques territoriales", détaille le président de l'AFPC.
Près de 1,1 milliard d'euros en moins pour France 2030
Les régions investissent 18 millions d'euros pour le fonctionnement des pôles. Et les agglomérations s'investissent aussi de plus en plus dans le dispositif, notamment sur les sujets de mobilité. Pour 2026, l'AFPC attend encore les directives de la direction générale des entreprises. Une chose est sûre, le contexte sera plus compliqué, le projet de loi de finances pour 2026 qui vient d'être adopté prévoit une coupe de près de 1,1 milliard d'euros sur les crédits de France 2030, qui alimentent les pôles à travers des appels à projets. Selon nos confrères de La Gazette des communes, le ministre délégué chargé de l'industrie, Sébastien Martin, chercherait en ce moment même à dégager des marges de manœuvre pour permettre aux régions de poursuivre leur soutien aux PME et TPE, probablement via un dispositif s'appuyant sur les fonds territorialisés de France 2030.
Une sixième phase centrée sur la souveraineté
Des réflexions sont aussi en cours pour la phase 6 des 53 pôles de compétitivité, la cinquième phase devant se terminer à la fin de l'année (voir notre article du 29 mars 2023). La prochaine devrait être axée sur les questions de souveraineté, que ce soit dans le domaine de la défense, de l'énergie ou de la santé.
D'après les données de l'AFPC, les pôles ont mobilisé 55 milliards d'euros de fonds publics et privés en vingt ans. En 2024, 1.510 projets ont été labellisés, soit 23 projets en moyenne par pôle. 1.099 projets "France 2030" ont été accompagnés ou labellisés pour un budget total de près de 4,4 millions d'euros. Le budget moyen par pôle est de 2,2 millions d'euros, dont 40% est issu du public et 38% du privé. 50% des ressources privées proviennent des cotisations des membres.